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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Oh la vache, il y a quelque chose qui cloche

La pétition foireuse

Oh la vache, il y a quelque chose qui cloche

Ils nous fichent le bourdon

 

Ils sont néo-ruraux, terme somme toute assez imprécis pour qualifier des urbains qui se rendent chez les bouseux, afin de profiter du calme, de l’air pur et d’un terrain de grande taille qu’ils vont s’empresser de clôturer avec des hauts murs ou des palissades. Ils équiperont leur nid d’un système de vidéo surveillance, d’un portail électrique et de tout ce qu’il faut pour garder à distance les autochtones et les fâcheux.

Ils sont capables cependant d’adapter leur mode d’existence à leur nouvelle vie. Ils se font un devoir de s’équiper d’un somptueux 4x4 pour bien montrer à tous que les chemins escarpés, la boue et les nids de poule ne les effraient pas le moins du monde. Parfois, les plus audacieux, se vêtent comme les habitants du bourg pour se rendre au marché ou bien au bistrot du coin. Cependant, dès qu’ils sont à l’abri de leur petite gentilhommière : une bâtisse du cru rénovée à grands coups de billets de banque ou bien une demeure qui dépareille et tranche dans l’habitat local, ils se hâtent de se retrouver entre soi, entre gens de leur monde, faisant venir, depuis que le GPS permet de débusquer les amis y compris au fin fond de la cambrousse, des gens de leur monde pour se rassurer et dire du mal des pécores d’à côté.

Mais c’est là que tout bascule dans l’insupportable et l’intolérable, le scabreux et le honteux. Alors qu’ils sont attablés sur la terrasse, buvant l’apéritif agrémenté de canapés préparés avec amour par la femme à tout faire, embauchée dans le bourg voisin pour entretenir la maison quand ils ne sont pas là, tandis que les enfants font grand bruit dans la piscine qui pompe une bonne part des ressources locales en eau, nos nouveaux seigneurs de la ruralité ont soudain à se plaindre du vacarme assourdissant d’un troupeau de vaches paissant paisiblement dans le pré jouxtant leur propriété.

Les pauvres bêtes portent une cloche à la nuque, manière de faire couleur locale et d’avertir l’éleveur de leurs déplacements. Voilà qui choque les convives obligés d’élever la voix pour faire entendre leurs inepties par dessus les tintements mélodieux. Pire encore, alors que les ruminantes digèrent tranquillement, s’accordant une sieste méritée, les grenouilles prennent le relais, suivies des grillons et d’un concert d’étourneaux sansonnets.

La coupe est pleine alors que nos pauvres victimes des turbulences de la campagne s’apprêtent à passer à table. Mais là, c’est le pompon, les cloches de l’église sonnent à pleine volée la sortie de la messe dominicale, curieux rituel auquel s’adonnent à grand bruit les gueux du coin. Ne peuvent-ils donc pas se rassembler en paix, sans faire savoir à tout le territoire qu’ils s’adonnent encore à un rite totalement dépassé.

Le repas de midi est pourtant le grand moment de quiétude qui permet à chacun de se retrouver autour d’une table. Nos héros avaient simplement pris de l’avance, histoire sans doute de pouvoir mieux avaler tout ce qu’ils ont préparé d’autant qu’eux, aiment à déguster des vins supérieurs et bouchés qu’ils font venir spécialement de producteurs lointains. Il n’est pas question de se pervertir le palais avec les piquettes locales.

Ils en sont tout juste à déboucher le champagne quand résonne un coup de sifflet strident. Les culs terreux ont enfilé des shorts pour s’adonner aux joies du football dans un pré tout proche. Quelle vulgarité ! Et dire que nous voulions échapper aux hordes furieuses de supporters de la porte d’Auteuil ! Nous voilà avec leurs homologues de la campagne profonde.

La soirée tire à sa fin, nos malheureux naufragés de la cambrousse s’apprêtent à prendre le thé, manière de profiter de la quiétude de cette fin de soirée quand un énergumène se met à sonner du cor en lisière de forêt. C’est positivement exaspérant, s’exclame la maîtresse de maison qui se tourne vers son époux dont elle sait toutes les relations à la Capitale. « Mon ami, lui dit-elle, il conviendrait que vous agissiez au plus vite pour que votre ami du ministère intervienne auprès des autorités régionales afin d’enjoindre le maire de cette commune de mettre un terme à toutes ces nuisances sonores. »

Le mari en question se confond en excuses devant ses amis et prend en note toutes les nuisances auxquelles il a dû faire face durant ce repos dominical qui a tourné au fiasco. Il craint surtout la réaction de ses visiteurs, gens profondément attachés à la vie parisienne et qui découvrent, horrifiés, la sordide réalité de la vie en pleine nature.

Au loin, un agriculteur profite du beau temps pour épandre du lisier sur ses terres. C’en est trop. Les femmes sont indisposées, les enfants arrivent en s’interrogeant sur les motifs de cette puanteur, odieuse à leurs douces narines. Monsieur hausse les épaules, affirme à son épouse qu’il mettra en vente au plus vite ce nid qui finalement n’a rien de douillet et paisible.

Mais en attendant, il se promet de mettre à la raison tous ces délinquants qui se sont fait un malin plaisir à venir perturber son dimanche à la campagne. Veaux, vaches, cochons, pécores, coches, grenouilles, sportifs du dimanche, sonneur indélicat et fumiers de la pire espèce devront subir le courroux du bonhomme. Pétitions et procès, requêtes et procédures vont mener la vie dure à ces gens qui n’avaient rien demandé.

Ainsi va la vie dans nos campagnes quand des intrus malotrus se prennent pour les seigneurs d’antan. Que ces malappris n’oublient jamais que les ci-devants ont fini raccourcis, ce qui avouons-le favorise grandement la suppression des nuisances sonores et olfactives.

Pécorement leur.

Oh la vache, il y a quelque chose qui cloche

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