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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

À en perdre la tête.

Le rebond final.

À en perdre la tête.

À Marc.

 

 

Un appel en fin de soirée, une nouvelle brutale tombe et vous coupe le souffle. Un ami n’est plus, parti soudainement sans que rien ne puisse présager de la chose. La veille il était en pleine forme, heureux de vivre, fidèle à ce qu’il avait toujours été et là, vous vous rendez-compte qu’il vous faut désormais employer l’imparfait - ce temps radical du passé révolu - pour évoquer celui qui n’est plus !

Un AVC, fulgurant, irréversible et celui qui s'apprêtait à partir au travail, abandonna la partie, la mort cérébrale étant au bout du voyage en hélicoptère. Plus d’espoir pour un corps qui lui, n’a pas encore abandonné la partie, fonctionnant à l’état de larve et maintenant en état des organes qui peuvent sauver d’autres personnes.

Dans la douleur folle du choc, son épouse tient le cap de leurs principes communs, elle accepte les prélèvements d’organes, transformant son drame personnel en un magnifique cadeau d’espoir pour des inconnus. Je reconnais bien là l’esprit de ce couple et malgré la sidération, je souris à ce geste ultime qui ressemble si fort à celui qui vient de tirer sa révérence. Chapeau bas l’ami !

La mort n’est pourtant pas encore officielle et il convient d’en parler comme un défunt. C’est étrange la vie, celle qui sauve des vies par la disparition d’un être de générosité et de conviction. Il y a alors ce curieux mélange de fierté et de désolation pour cette fin qui se fait renaissance, pour ce départ qui n’en est pas tout à fait un. Il s’en va certes, mais il demeurera encore quelques temps ou bien plus longtemps ici ou là sans qu’on le sache vraiment.

Cadeau sublime, il n’est pourtant pas la pratique commune. Bien des familles viennent s’opposer à ce qu’elles vivent alors comme une amputation, un vol, un sacrilège. La religion, la douleur, la stupéfaction de l’instant, le désir de conserver intact le corps sont autant de raisons invoquées. Je ne puis rien en dire tant il est impossible d’établir des plans sur la comète avant que d’avoir été confronté à ce choix terrible.

Ce que je sais, c’est que pour lui, ce choix a été fait en conscience par les siens et qu’il doit en être fier. Je le vois souriant, ce visage toujours rieur restera ainsi la dernière image. Un clin d’œil à la destinée, l’apothéose d’un parcours tourné vers les autres, l’amitié, le partage, le don de soi pour des causes et des belles actions. Chapeau bas l’ami, tu en as perdu la tête mais certes pas ton âme, toi le vil mécréant qui part en un geste de grande humanité.

Puis ne peuvent que survenir ensuite les considérations personnelles, les regrets inévitables de n’avoir pas su le voir plus souvent, établir un lien plus fort avec celui qui passait ainsi, en pointillés. L’existence nous fait souvent manquer les êtres précieux, ce n’est que lorsque c’est trop tard que nous découvrons notre négligence, notre méprise. Il ne sert à rien de s’en lamenter, combien d’autres amis sont ainsi écartés de ce tourbillon absurde que sont nos existences ?

Je ne puis que l’honorer par ce texte qui a au moins le mérite d’évoquer un sujet que l’on n'aborde jamais ou bien trop rarement. S’il m’advenait pareille mésaventure, j’aimerais tout comme lui offrir ce qui peut encore servir dans cette vieille carcasse usée. Je n’ai jamais pris la peine de remplir le moindre papier, mon aversion des formalités sans doute ; voilà donc un écrit qui servira à lever toutes les interrogations quand la camarde viendra me quérir pour m’emporter sur l’autre rive.

Pour l’ami, je devine que c’est le Cher qu’il franchira ainsi, sur le bateau viking qu’il avait construit avec ses amis. Bon voyage dans l’au-delà. Si ton corps a laissé quelques éléments dans cette vallée de larmes, ton esprit en sort grandi. Je te salue où que tu sois, tu as toute mon affection et ma profonde admiration.

Greffement sien.

À en perdre la tête.

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Vivre est un village 06/10/2017 10:09

Je ne puis que l’honorer par ce texte qui a au moins le mérite d’évoquer un sujet que l’on n'aborde jamais ou bien trop rarement.

https://www.youtube.com/watch?v=qv2teyjXwmo et pleurer au loin...

A bientôt.
Amitié.

C'est Nabum 06/10/2017 10:14

Vivre au delà

Merci l'ami