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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le public recale le Sud

L’exil de l’autre rive.

Le public recale le Sud

Contre Bilan du Festival de Loire

 

L’histoire a bien du mal à changer le cours des choses quand celles-ci ont franchi la rivière à plusieurs reprises au fil des époques. Quand la ville se nommait Ceno et que les Celtes en étaient les maîtres, le port naturel était sur la rive nord. Les romains n’ont rien changé, les travaux devaient pour une fois les effrayer. Pourtant, petit à petit, les hommes de ce pays ont repoussé au Sud le cours de la dame Liger de quelques dizaines de mètres.

Il fallut sans doute des inversions de courbes pour qu’au Moyen-Âge, en une époque indéterminée, les ports franchissent le Rubicon et se retrouvent sur la rive qu’on nommait alors Berry. Port de la Bascule et des Augustins recevaient les chargements qui devaient ensuite traverser le pont et payer nouvel écot à l’appétit fiscal des puissants de l’époque.

Les premiers duits furent ainsi établis dans le souci de ramener vers la cité Aurélianis le flux des marchandises. Les ports devenaient alors ceux du Châtelet, de la Poterne et de Recouvrance. La ville avait retrouvé le chenal et tenait à le conserver. L’histoire lui donna raison, le percement du canal d’Orléans ne fit que placer tout le commerce et la navigation sur cette rive dite alors Gaule et que vous aimez à qualifier de droite.

Le public recale le Sud

Le Festival de Loire débuta timidement en 2003 au Nord. Dix-sept bateaux lors de la première édition : un ballon d’essai qui ne pensait jamais prendre une telle importance. Il trouva rapidement toute sa place et son importance entre les deux ponts ; le Royal et le Vierzon jusqu’à ce qu’il retrouve un débouché du canal qui fut à nouveau creusé pour l’occasion.

Une timide tentative d’investir le quai de Recouvrance fut vite abandonnée. Le Pont Royal semblant être une barrière naturelle pour le badaud en balade. Les orléanais ayant inscrit dans leur logiciel ligérien que la Loire ne coule que sur la rive nord. Il est vrai que le duit et les travaux des hommes trop empressés à se mêler des lois naturelles ont transformé la petite Loire en une peau de chagrin et une immense grève. Le Sud devenant le parent pauvre de la ville, le quartier qu’il convient de maintenir dissimulé à la vue des nantis d’en face.

Alors quand l’idée vint de lancer un ballon d’essai au Sud, pour ouvrir le Festival aux deux rives d’une même rivière, ceux qui se lancèrent dans l’aventure virent bien vite que l’insuccès était au rendez-vous. J’étais des volontaires, pensant alors que le Conte ne pouvait trouver sa place dans la cohue d’en face. J’étais servi, l’absence de public offrant ainsi une confidentialité parfaite.

Le public recale le Sud

La seconde tentative est non seulement du même tonneau mais plus encore, elle atteste que rien ne fera jamais s’arrêter une marée humaine qui est lancée dans un mouvement erratique. Pire encore, le nouvel emplacement choisi : la cale sud, plus en retrait encore du pont, ce passage obligé, repoussa la possibilité d’avoir des arrêts occasionnels. Ajoutons à cela les odeurs d’égouts, le bruit de la circulation et la zone invisible de l’autre rive et vous aurez une petite idée du fiasco programmé.

Les gens qui tinrent la guinguette firent contre mauvaise fortune bon cœur, les bénévoles du comité des fêtes de Saint Marceau ne cessèrent d’être accueillants, souriants, disponibles en dépit d’une farce indigne. Les caméras ne vinrent jamais filmer le satellite oublié du grand festival et moi qui ne fut programmé que de ce côté-là, je peux témoigner de l’immense difficulté d’y faire venir des spectateurs. Combien furent les amis, les mariniers ou bien des curieux qui m’affirmèrent ne pas avoir eu le temps ou le courage pour ce long chemin de croix.

Essayez donc de marcher à contre sens du mouvement naturel et incessant d’une foule ! Vous comprendrez ainsi que se rendre sur l’autre rive relevait de la partie de quilles. Comme il est commode de penser qu’il suffit de mettre une installation, quelques écriteaux et une programmation de complaisance pour artistes locaux écartés du grand Barnum pour se donner bonne conscience. Rien n’a été réellement fait pour que ce fut un début de frémissement. Seule, à ma connaissance l’adjointe à la Culture est venue par amitié, assister à une représentation.

Le public recale le Sud

J’obère naturellement le mouvement de foule provoqué par la pitoyable course de canards charitables, qui elle, sut amener au Sud, dindons à plumer, canards à larguer, grenouilles de bénitiers et en scaphandres, ânes bâtés, oies grasses et perdreaux de l’année. Le gratin des endroits où il convient d’être quand on veut s’y montrer, ceux qui se montent du col et tous les autres qui suivent comme des moutons de Panurge.

Une fois l’opération achevée, le troupeau revint à son exode naturel et le sud fut une nouvel fois abandonné. Il en sera toujours ainsi, soyez en certains et ne cherchez pas à nous inventer une zone réservée aux canoës, aux pédalos ou bien aux canards en plastique à propulsion solaire ; il n’y a pas assez d’eau de ce côté-ci de la Loire. La foule a besoin de continuité pour se sentir dans la fête, la rupture des stands, le passage des contrôles de sécurité, le franchissement du pont, démontraient à l’évidence que ce n’était plus tout à fait le Festival. Il en allait presque de même pour l’appendice Est après le pont de Vierzon.

Le public recale le Sud

Quant à moi, j’ai maintenant la preuve que je puis être écouté de l’autre côté, ayant provoqué à plusieurs reprises des scènes improvisées qui n’ont pas fait fuir le chaland. Un véritable récit autour de la Loire et son histoire s’impose pour atténuer les jolis propos à paillettes de quelques marchands d’illusions. Il conviendrait d’en faire profiter le plus grand nombre possible pour cesser d’inventer une marine de Loire idyllique qui n’a sans doute jamais existé. C’était un métier rude dans des conditions délicates et un environnement difficile, loin des récits enjolivés pour reportages complaisants.

S’il faut étendre le Festival c’est vers l’Est en suivant ce Canal qui mérite un meilleur sort. Les barques de Chécy, les gens de l’Anco et quelques mariniers exemplaires ont ouvert la voie. Il convient d’amplifier ce phénomène, d’élargir l’offre scénique de manière à ce que nul ne se monte sur les pieds et surtout les oreilles. C’est de ce côté-là qu’il convient de réduire la densité mais surtout pas en face, au risque de la perdre une nouvelle fois.

Explicitement vôtre.

Le public recale le Sud

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