Partager l'article ! Discours d'avant Match: Lettre d'un maçon, dos au mur. Ils se sont parlés. Ils se sont dit des vérités et des regrets, d ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
Lettre d'un maçon, dos au mur.
Ils se sont parlés. Ils se sont dit des vérités et des regrets, des lacunes et des défauts, des failles et des manquements. Chacun, au plus fond de lui-même savait qu'il avait abandonné une part de ce qu'il était depuis quelques temps.
Alors, les yeux dans le cœur, ils ont parlé de fierté, de courage, de volonté et d'abnégation. Ils se sont rappelés qu'individuellement, ils n'étaient rien sans leurs camarades, leurs copains, leurs partenaires. Ils se sont dit qu'à nouveau, unis comme les doigts de la main, ils retrouveront le chemin de la victoire.
Seul on ne peut rien. Seul, on s'isole, on s'enferme dans ses doutes et ses
erreurs.
A quinze sur le pré, à vingt-deux dans le vestiaire, on est plus fort, on est heureux.
Ce bonheur va passer par des souffrances et des sacrifices.
Il faudra plaquer, plaquer et plaquer encore des adversaires souvent plus lourds. Mais qu'importe l'écart de taille, au sol, tous les hommes sont au même niveau.
Il faudra pousser, se serrer, se lier face à une masse organisée et massive. Mais, quand 16 bras, quand 16 jambes, quand 8 têtes et 8 cœurs vont dans la même sens, rien ne résiste.
Il faudra avancer, agresser, percuter dans des duels sans merci. Mais, pour l'amour d'un maillot, pour l'honneur retrouvé, les coups reçus seront miel, les coups portés, seront bénédiction.
Il faudra courir, pousser, sauter, botter comme à chaque fois. Mais cette fois, ce sera pour retrouver ce plaisir simple d'être un parmi les siens, d'être betteravier au cœur de sa cité.
Il faudra marquer, franchir la ligne et envoyer le ballon entre les perches, retrouver ce goût de la concrétisation, cette jouissance du travail commun réussi.
Il faudra empêcher, entraver, barrer la route aux adversaires et se féliciter les uns les autres à chaque fois qu'un homme sera mis à terre, qu'une offensive sera renversée, qu'un ballon sera repris.
Il faudra serrer les dents et peut-être les poings. Il faudra oublier le passé et la douleur. Il faudra s'oublier soi-même et se fondre dans cette équipe, dans ce club tant aimé.
Et quand tout sera accompli, quand tous les obstacles seront balayés, quand tous les doutes seront effacés, quand les points s'accumuleront en votre faveur, vous retrouverez le bonheur simple de lever les bras au ciel.
Alors, un cercle se formera et de cette mêlée humaine montera un chant d'allégresse.
Les têtes seront levées, les yeux brilleront de joie,le cœur battra la chamade.
Et ce bonheur ne sera pas que le vôtre. Vous aurez donné à tous vos amis, vos dirigeants, un instant de fierté qu'il voudront partager avec vous.
Épistolairement vôtre.
BR
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