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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

À la découverte de l'altérité.

De la division au partage.


    Le stage fut un long périple sur la difficile voie de l'altérité. Tout débuta par un trajet à bicyclette, vent de trois quart face et vélos mal réglés …

    Les uns roulaient en tête à la force du mollet parce qu'il le fallait bien, les autres rechignaient en queue à la faiblesse du caractère parce qu'ils le valaient bien ! Petit à petit l'écart se creusa pour devenir un fossé.

    Les premiers attendaient fréquemment les derniers sans que ceux-ci ne se préoccupent vraiment de la nuit qui arrivait, de l'impatience de leurs compagnons, de l'insécurité d'un tel éclatement du petit peloton.

    Puis ce fut, à la chandelle ou à la frontale, l'arrivée en terre promise, ce terrain de camping au bout du chemin de croix. Il fallait monter les tentes, s'installer avant que de pouvoir se sustenter.
Les derniers du vélo furent les premiers de la canadienne.

    Pendant que certains se battaient avec des architectures de toile récalcitrantes, cherchant vainement à faire de ce puzzle de tissus et de baguettes, un édifice cohérent et accueillant, quelques autres ne se préoccupaient que de leur énorme estomac.

    Il en est qui eurent le temps de retourner 5 fois à la gamelle pendant que d'autres pointaient les dernières sardines. Le premier choc de l'égoïsme et du chacun pour soi. Ni remord ni mauvaise conscience pour ces ventres affamés qui n'avaient pas de conscience …

    Quelques remarques, les premières désillusions d'un président qui ne s'attendait pas à pareil comportement dans une équipe de Rugby censée célébrer les vertus du collectif.

    La nuit pouvait apaiser les appétits et permettre aux quelques déviants de revenir dans les rangs. Le petit déjeuner à l'aube, prouva hélas, que les goinfres n'ont pas de patrie.

    Ils se jetèrent sur les croissants comme les morpions sur la misère. Ce qui est symbole de paix et d'offrande en Orient, devient synonyme d'excès et d'abus en occident. Partager n'est pas de ce monde où l'on célèbre la réussite individuelle en méprisant les valeurs humanistes.

    Ils se mirent au service d'autres personnes, ils déplacèrent des planches, des mâts et des bateaux pour permettre aux mariniers de mettre à l'eau le «  Grand Mouflé ». Il fallut inciter, insister, imposer. Le don n'est pas aussi spontané que la requête.

    Puis beaucoup se mirent dans l'action, dans le moule de ce collectif qui se construit. Les sourires prirent la place des rictus. On hala, on tira, on mania la bourde et le cordage. Beaucoup se mirent à l'eau pour célébrer ce baptême de Loire et de futreau.

    Le rugby pouvait prendre place dans le programme, le chemin initiatique qui mène de la devise «  Moi, tout seul » au slogan «  Tous pour les autres ! » était entamé.

    Hélas, il y eut une rechute individuelle au moment d'un nouveau passage à table. La main qui pioche au lieu de se servir, la poignée à la place de l'unité, le vite pour moi tout seul au détriment du savoir vivre et du respect des hôtes était encore le crédo d'un seul !

    Ses camarades s'indignèrent, le président craqua. Il devra comprendre qu'on ne peut vivre de la sorte dans une bande qui se construit. Il changera ou sera exclu du groupe. Le lendemain attesta de son malaise, il fut le seul à sombrer lors du match de Rugby. Il n'avait pas joué le jeu du collectif, il ne pouvait se sublimer dans l'épreuve collective qui se présentait à lui.

    Parce que tous les autres ont grandi, celui-ci pourra se racheter. C'est ce qu'on espère tous !

    Partageusement vôtre.

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