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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Deux flots qui s'ignorent …

De l'amont vers l'étale !
    D'un côté, ce fleuve majestueux et sauvage, patrimoine mondial, s'écoule très lentement. Nous sommes en septembre, aux plus bas niveau d'un étiage fâcheux pour la gente municipale.

    De l'autre, c'est le flot tumultueux et 'pécunieux' des spectateurs, consommateurs avides. Nous sommes au pied du temple, et les marchands y tiennent encore la vedette !

    Sur les quais, la foule est moins dense. Il n'y a rien à manger, rien à acheter et les pavés sont inhospitaliers aux escarpins citadins. Des mariniers, parqués derrière des bandelettes de chantier, s'exposent au regard des curieux. Ils jouent à faire semblant, à faire « dans le temps » ! Ils remplissent une mission imposée par un précieux metteur en scène …

    Rive sud, on se désole. La petite Loire ensablée est privée d'animations. L'organisateur respecte l'oubli historique, illustré par ce Dhuy arrogant, détourneur des eaux au seul profit d'Orléans, la bourgeoise !

    Rue nord, une marée humaine s'agglutine aux échoppes. C'est le Festival de la Foire. Le bon fleuve n'est que prétexte à négoce et à spectacles, à publicités et à rencontres. Beaucoup se désintéressent totalement de la toile de fond. La foule attire la foule, le nombre suppose le nombre.

    Pour superviser cette masse mouvante, quelques officiels, juchés sur de curieuses trottinettes électriques, exaltent l'incontournable développement durable du haut de leurs miradors mobiles. C'est une mascarade de trop, une démonstration de nos élus qui, pour le symbole, affichent des gadgets onéreux et mal commodes.

    On embrigade à tour de bras. Des escouades de policiers se succèdent. Vagues inquiétantes et jamais rassurantes. La tenue martiale, l'arme ostentatoire, ils imposent le XXI ième siècle à ceux qui pouvaient rêver au temps passé. Pour l'occasion, on eût pu imaginer une tenue différente !

    Sur la Loire, quelques embarcations s'aventurent à quelques ronds dans l'eau. En grattant les bas-fonds, ils respectent le cahier des charges du grand ordonnanceur. La spontanéité n'a point sa place. Sur terre, l'inévitable speaker officiel, occupe l'espace sonore. Il commente, ratiocine, redonde à plaisir pour lutter contre ce fléau épouvantable : « le silence  ! » Il couvre même les efforts de rares chanteurs qui n'ont pas cédé à l'amplification.

    Quelques îlots associatifs redonnent de l'âme à la manifestation. Une belle équipe s'échine à offrir un espace préservé à la convivialité à visage humain. Une pause nécessaire dans ce tumulte oppressant.

    Un immense podium fait face au multiplexe. Les deux symboles d'une culture de masse se répondent en écho dans la même image de suffisance culturelle. Sur le côté, Polichinelle et Guignol sont tolérés pour satisfaire les enfants. Les autorités n'ont sans doute pas perçu le côté subversif de ces gentilles animations enfantines …

    Le succès est inévitablement au rendez-vous. Plus rien n'offusque la foule que l'on veut flatter. Pas même ces espaces intolérables dédiés à la moquette et aux VIP, placés au cœur même de la « fête ». L'élite n'a plus de scrupules à sabler le champagne devant le petit peuple.

    Un presque oubli pourtant, les lieux d'aisance sont dissimulés au regard et à l'accessibilité facile. Les fonctions naturelles sont presque mictions impossibles et la gente policière veille à ce que personne ne prenne  sa vessie pour une sirène !

    Trivialement vôtre.

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Circé 27/09/2009 13:29


J'ai essayé en vain de trouver la possibilité de laissser un commentaire sur un article plus ancien :
Le sévice public
Mais je n'y ai rien vu...
Les commentaires n'étaient pas ouverts ? Pourtant ce billet m'a ravi, je ne vais pas dire qu'il m'a réconcilié avec le rugby.
Histoire toute personnelle et familiale, et aussi les dérives et macisme ambiants - on se respecte entre hommes, mais les propos graveleux sur les femmes, bonjour...-
Une idée de billet où je m'expliquerai sans doute et bien évidemment un lien qui ne manquera pas vers vos billets.


Tryphon 27/09/2009 12:15


Superbe !

A chacun sa Loire...

De ce feu d'artifices, les hérons sont fatigués.

Mais qui regarde encore les hérons ?

A Orléans aujourd'hui, un chaland de Loire est un consommateur, potentiellement électeur.

A chacun sa Loire.


BR 27/09/2009 19:22


Merci à vous.

La Loire m'a bercé, le rugby a partagé ma vie d'homme.
Curieuse construction qui fait ce que vous lisez.

J'ai plus d'ennemis que d'amis à cause de cette plume qui n'aime rien tant  que le pamphlet.
C'est un genre sauvage tout comme ce fleuve qui m'est indispensable.

Venez flanner sur ces rives et sur celles de chroniques-ovales.com

À Bientôt


Circé 27/09/2009 11:20


Je découvre votre blog par l'intermédiaire de Libéorleans, et combien mérite-t-il le détour.
Merci.
Qu'en peu de mots et fort bien tournés cela est dit !


BR 27/09/2009 19:21


Merci à vous.

La Loire m'a bercé, le rugby a partagé ma vie d'homme.
Curieuse construction qui fait ce que vous lisez.

J'ai plus d'ennemis que d'amis à cause de cette plume qui n'aime rien tant  que le pamphlet.
C'est un genre sauvage tout comme ce fleuve qui m'est indispensable.

Venez flanner sur ces rives et sur celles de chroniques-ovales.com

À Bientôt