Partager l'article ! À L'AUBERGE DE LA MARINE: Entre Loire et Mémoire. Il y a parfois des petits coins de France ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
Il y a parfois des petits coins de France qui échappent à la folie des hommes, à leur désir de tout
enlaidir pour que l'environnement se plie à ce désir irréfragable de gagner toujours plus. Entre Loire et Canal d'Orléans, Combleux est de ceux-là.
La clairvoyance d'un maire qui a refusé d'aliéner la qualité de la vie en son village aux deniers des industriels et autres marchands de sommeil, a maintenu un espace préservé qui réjouit l'œil
et la quiétude du lieu..
Combleux se prélasse le long de son canal, de ses ponts piétons, et des ses écluses bourdonnantes. La Loire, majestueuse, encore sauvage, libre
encore coule le long du village. Leurs relations ne furent pas toujours paisibles, les colères de la fille Ligère ont laissé des traces sur les murs des maisons, des marques à l'encre rouge pour
rappeler ces années noires qui revenaient tous les dix ans : 1846 – 1856 – 1866 de sinistre mémoire.
Au bout du village, le Canal et la Loire s'unissent dans un abandon de grand large. Le fleuve se fait presque mer, il se gonfle et s'ouvre à
l'horizon. Qui aime notre Loire reconnaît que c'est l'un des endroits où elle est la plus belle, rebelle et tendre à la fois, sauvage et offerte aux hommes, mariniers cœurs infidèles et mœurs
légères.
Les futreaux de l'ami Pascal attendent paisiblement la prochaine expédition pour des fêtes sincères et de belles bordées entres gens simples. Sa
mère, quatre vingt sept ans et le pied ferme encore, si vous le méritez, vous entonnera son succès d'antan, celui qui la fit monter sur les planches pour venir en aide à des prisonniers d'une
guerre déjà si lointaine. « T'as qu'à Voire ! » vous séduit avec sa langue de chez nous, la peur d'une modernité d'alors dont on mesure sans sourire, les dégâts aujourd'hui.
Plus loin, vers Orléans la bourgeoise, un mur de pierre détourne les eaux du fleuve pour qu'il privilégie la rive droite, celle de la cité Johannique, des marchands de vin et des faiseurs de
vinaigre quand les eaux sont trop basses. Leurs petits enfants désirent maintenant lancer un pont sur ce paysage incomparable, ruiner la paix de cet espace miraculeux au profit de quelques-uns et
du dieu automobile.
Pour oublier cette perspective intolérable, l'Auberge de la Marine vous tend sa terrasse et sa salle authentique. Un décor anachronique, une atmosphère entre le cossu et le bon enfant, du rococo
et de l'improbable pour que vous vous sentiez immédiatement emportés par les flots de l'émotion et de la gourmandise.
Ne manquez pas la friture de Loire, un souvenir incertain qui vous revient immédiatement en plein palais. Les temps de votre enfance, des barbotes
endiablées, des patouilles dans l'eau troublée par ses nuages de sable qui piégeaient le frétillant goujon, l'ablette et le gardon. Arrosez la mise en bouche de ce petit Menetou du père Clément,
vigneron qui bine encore sa vigne et vous propose un sauvignon minéral et fruité à la fois.
Les sauces qui accompagnent viandes et poissons fleurent la douceur de notre région, les saveurs y sont pastel, les couleurs tendres, les goûts
exquis. Elles se parent de légumes qui deviennent fête, vous saucerez l'assiette jusqu'au dernier quignon de pain. Le merveilleux rouge de sancerre de Monsieur Crochet, libérera ses parfums de
cerise en vous mettant en joie.
N'oubliez pas la fromagée pour rester en terre d'ici, visitez la carte des desserts si l'aventure salée et poivrée vous effraie en fin de repas. Vous reviendrez, j'en suis certain pour une
promenade le long du canal et une nouvelle halte à la marine …
Combleusement vôtre
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