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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

À l'un parmi une multitude.

Le pèlerin du quotidien.


 



Cette fois, Jean l’Arpenteur du voisinage nous a fait son dernier Coucou.
Bienheureux celui qui croit en la vie éternelle. Jean est de ceux-là et je le devine sur le chemin de son dernier voyage à converser avec un autre défunt.
Il recueille son récit de vie et se garde bien de lui livrer le sien.

Il m’incombe de vous dévoiler une partie de son histoire, celle qu’il a divulguée au fil du temps, lui « Le Taiseux de lui-même ! »

Jean du Ségala est né en 1925 à Castanet. La terre de l’Aveyron est restée toute sa vie collée à ses chaussures, l’a défini … A Rodez, il passe son Bac philo en 43 et 44.  Puis il part à Toulouse pour débuter des études de droit, lui qui prendra ensuite les chemins de traverse. Baigné de culture classique, il pouvait réciter des poèmes de Victor Hugo ou de Lamartine  mais s’évertuait à passer pour un humble parmi les humbles.

Sa vie se résumera ainsi avec ce perpétuel écart entre sa réalité intérieure et l’apparence. De retour au pays, lui le Chétif va devoir quitter la ferme après la mort tragique de son père électrocuté sous les yeux de ses deux fils : Louis et Jean.
Jean va enfourcher sa bicyclette pour sillonner le canton vallonné dans l’exercice de différents métiers de la vente. Il trouva épouse dans sa paroisse. Simone accompagnera son irrésistible ascension.

Il aurait pu vendre n’importe quoi et passa sa vie à remplir cette mission.
Produits  vétérinaires, assurances, bières, café, tabac, journaux ! De la brasserie de Villefranche de Rouergue à la buvette de La Gare, il fit ses premières armes de commerçant dans son cher Aveyron qui vu naître sa première fille : Maryline.
Il le quitta en 1957 pour s’installer à Montauban au Petit Café faubourg Lacapelle qui résonne encore de ses « Bonjour Monsieur Le Directeur ! » lancés à tous les clients.
Toujours à bicyclette, Coucou, un béret vissé sur la tête, effectuait sa tournée matutinale pour distribuer La Dépèche du Midi.

Anne, la seconde fille vit le jour dans le Tarn et Garonne, le lien familial avec la terre des ancêtres fermiers généraux, sénateurs ou paysans, était rompu. La suite prouva hélas qu’il en serait ainsi ….

Il eut le bonheur d’être grand père à 6 reprises même si ses gendres n’étaient pas vraiment aveyronnais. L’un lui fit découvrir la passion du Rugby et l’autre exila sa fille dans une région septentrionale.  Il y a plus d’un an, il devint arrière grand père de la petite Axelle.

Auparavant, son exode vers l’Ouest se prolongea encore avec la construction d’une maison dans les Landes, sur la côte. Elle accueilli en vacances,  toute la parentèle et Jean toujours au volant d’une vieille Citroën, organisa une navette Rieupeyroux- Mimizan  qui laissa des souvenirs émus à tous ceux qui en bénéficièrent.

A Montauban, il se lança un défi à la cinquantaine : intégrer la fonction publique pour se constituer une petite retraite. On ne change jamais un aveyronnais !
C’est Le trésor Public qui hérita d’un vaguemestre incontournable. Il se fit indispensable par une multitude de petits services rendus à tout le personnel qui devaient sans aucun doute sortir du cadre de ses attributions. Toujours prêt à rendre service, des ailes sous ses semelles, il sillonnait la ville avec le sourire et sa mine à tirer la confidence !

Car c’est là le vrai talent public de cet Homme plein d’Empathie pour ses semblables.  Il a été le confesseur du quidam de rencontre, le pèlerin du quotidien. Dans les rues de Montauban ou sur la plage de Mimizan, des inconnus lui ont raconté leurs vies, leurs joies et leurs misères. Ce catholique convaincu trouva dans ces conversations de nulle part sa démarche évangélique.

Paradoxalement, au sein de sa cellule familiale, il était beaucoup moins disert !
Car il y aussi  le Jean dépressif qui s’enfermait alors dans de lourds silences douloureux … Il n’était pas épargné par les soucis de santé qui de sa naissance à son départ furent des compagnons pesants et encombrants. Et quand on l’interrogeait sur sa santé, il répondait :« Ca va mal et ça dure ! » Puis il ajoutait avec un ton espiègle : « On est foutu ! »

Cette fois hélas, il ne s’est pas trompé et la camarde l’a emporté.
Bonne route céleste à toi papy.

 

 

 

Épitaphe de Jean Valjean

Il dort. Quoique le sort fût pour lui bien étrange,
Il vivait. Il mourut quand il n'eut plus son ange ;
La chose simplement d'elle-même arriva,
Comme la nuit se fait lorsque le jour s'en va.


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