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Ma Fille Liger

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La Fille Ligère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

A sa naissance on lui fit

Un berceau d'une gerbe de joncs

Elle aurait grandi au Puy

Avant de rejoindre des garçons

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Ils étaient tous marins

Cœurs gros et mœurs légères

Ils suivirent son chemin

Jusqu'à sa tribu Liger

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

En été elle se prélasse

Alanguie, elle prend tout son temps

C'est sans fin qu'elle rêvasse

S'endormant le long de ses bancs

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Et en automne, elle forcit

Elle redevient fréquentable

Mais si elle reste dans son lit

C'est pour se faire plus aimable

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Et en hiver elle s'emporte

En roulant sa colère

Tout en se faisant plus accorte

À tous les marins en galère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

C'est au printemps elle se lâche

Débordant de toutes parts

C'est alors qu'elle se fâche

Et nous refuse le départ

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Elle n'est jamais aussi belle

Qu'en notre soleil levant

Lorsque la brume l'éveille

À ses petits matins naissants.

 

 

C'est une Loire volage

Qui roucoule dans son lit

C'est un fleuve visage

Qui coule sans soucis.

 

 

Ligèrement vôtre

IGP6422

Samedi 19 mars 2011 6 19 /03 /Mars /2011 07:22
- Publié dans : A la lumière d'une chandelle. - Communauté : Secrets d'école

La correctrice impitoyable.




Depuis plus de dix-huit mois, elle revisitait mes errements textuels. Censeuse impitoyable, elle chassait la faute d'usage, le désaccord grammatical, la lourdeur narrative, le propos douteux. Elle ne laissait rien passer, biffait l'erreur, suggérait une forme plus digeste, modulait une expression parfois trop abrupte.

Elle a montré persévérance et patience ne se rebutant pas à corriger éternellement les mêmes erreurs, ces  confusions qui ne parviennent pas à rentrer dans mon crâne si parfaitement hermétique à la chose orthographique. Combien de fois dut-elle me rappeler qu'il fallait mettre un « s » à nos sans-papiers si nombreux et malheureux ? Rien n'y fit pourtant et la marque du pluriel s'effaçait toujours devant cette réalité qui me parait encore bien singulière.

Elle est restée stoïque devant ces accents circonflexes qui refusaient obstinément de s'ancrer sur le i de nos verbes en 'aitre'. Il y a des élégances qui échapperont définitivement à ma graphie indépendante !  Elle ne s'offusqua point que son élève fut à ce point inattentif. Qu'il mette l'accent sur tout autre chose relevait après tout d'une indépendance forcenée.

Elle resta silencieuse sur cette incapacité chronique à ne point vouloir se préoccuper de la règle du participe passé dans les verbes pronominaux. Que le fautif fut lui-même enseignant devait exaspérer l'institutrice rigoureuse, elle n'en laissait rien paraître. Elle soulignait de vert les monstruosités orthographiques d'un individu plus soucieux du fond que de la forme.

On pardonne longtemps puis un jour on se lasse. Non pas que les mots ne se parent pas des règles d'usage, elle savait le cas désespéré mais d'un ton qui, lui sembla-t-il, sombrait de plus en plus dans une morosité noire, un pessimisme morbide, un rigorisme inquiétant. Elle se fit soucis pour lui et inquiétude pour elle. La prose affecte aussi le moral de celui qui la lit, elle voulait échapper à la contagion.

Elle le mit en garde contre un enfoncement progressif dans la douleur des choses, dans la part sombre de notre société. Elle lui recommandait un peu plus de légèreté, de sourire et de poésie. Il allait son chemin vers les tréfonds de l'homme. Sa fréquentation devenait pesante et inquiétante.

Elle fut blessée aussi qu'il n'ait pas toujours assez d'égard pour sa discrète collaboratrice. Toujours en tempête intérieure, il pouvait parfois lui manquer de respect, se montrer maladroit ou bien ne pas prendre en compte ses appels discrets. Elle en fut affligée bien plus qu'il ne l'avait imaginé et un jour, n'en pouvant plus de tenir à bout de correction, ce monstre d'inattention, elle posa ses plumes Sergent Major !

Elle avait besoin de souffler. De ne plus vivre au quotidien avec ce messager de nos travers communs, cet oiseau de mauvais augure, ce prophète de l'apocalypse, incapable de voir venir la rupture toute proche. Quand le mal est fait, il est trop tard pour rattraper les bévues, il faut battre sa coulpe et garder le chagrin convenable.

Ma correctrice a pris du recul, me voilà de nouveau avec mes fautes et mes défauts innombrables. Vais-je pouvoir continuer sans cette vigie pertinente ? Je lui dois au moins de poursuivre mon chemin, de veiller un peu mieux aux habits de mes mots et de ne pas toujours les laisser vêtir tous les maux de notre société.

Merci à toi, petite cousine de l'ami Couté, d'avoir accordé autant de temps à ce personnage si peu recommandable qui se cache à plaisir derrière un pseudonyme improbable. J'espère que vous resterez, lectrice discrète de cette aventure inutile que nous avons menée de concert. Il est temps que je vole de mes propres ailes ornées comme il se doit, de belles plumes Sergent-Major !

Redevablement sein.
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