Partager l'article ! À tous ceux qui furent retranchés: La soustraction effroyable … Ils sont bien loin nos o ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
La soustraction effroyable …
Ils sont bien loin nos onze novembre qui donnaient jadis lieu à belle exposition sinistre de corps amputés, de gueules cassées, de pauvres bougres aux visages si tristes. Derrière le drapeau
tricolore, bordé de lettres dorées, fièrement, ils honoraient ceux qui n'avaient pas survécu à l'effroyable hécatombe.
Les années passèrent, les poilus se firent de moins en moins nombreux jusqu'à disparaître totalement. Il fut grand temps, quand ils se firent poignée; de les honorer de grosses médailles
illusoires, de leur accorder la légion d'horreur pour ce carnage insupportable. Nous regardions ce spectacle étonnant et nous nous demandions toujours ce que nous eussions fait à leur place.
La question n'a que le mérite d'exister quelques temps dans nos consciences. Nous ne sommes ni à la même époque, ni dans le même contexte que ces hommes qui acceptèrent sous la menace et
l'alcool, la propagande et la gloriole de donner leurs poitrines aux balles de l'ennemi. Nous ne pourrons jamais comprendre ce qui leur fit accepter cette vie de vermine, cette déshumanisation
complète pour des chefs qui comme souvent, ne partageaient pas leur calvaire.
Ils furent les derniers à vivre l'enfer du champ de bataille dans sa spécificité militaire. Les chefs comprirent bien vite que même l'horreur la plus abjecte ne
trouvait pas assez d'écho lorsqu'elle se limitait à la soldatesque. Après eux, la bataille gagna d'autres champs de bataille auxquels furent conviés les civils. L'universalisation de la mort
armée, un beau progrès en somme.
Nos poilus avaient raison, c'était la der des der. La dernière saloperie immonde entre soi. Bientôt le partage serait complet, il n'y a aucune raison de mourir comme des rats sans en faire
profiter ceux de l'arrière. Les avions apportèrent la première expansion du conflit. Le bombardement des villes après celui des champs aux tranchées défoncées. Que c'est beau le progrès technique
quand il est au service de la mort !
Puis il fallut changer d'échelle, aller plus loin dans la négation de l'humanité. La Bombe, celle qui a droit à la majuscule de l'horreur absolue irradie encore les consciences et les corps. Ce
qui se fit ensuite passa alors pour un petit artisanat misérable. Il fallait absolument trouver mieux.
L'homme (car c'est essentiellement à lui que l'on doit ces monstruosités) comprit que le soldat avait fait son temps. Le massacre est quelque chose de trop sérieux pour le confier aux
professionnels de la mort. Le terrorisme fit cette révolution nécessaire, le conflit se déplaça partout sans qu'il fut maintenant possible de savoir où et quand frappera la menace insidieuse.
Les poilus ne connurent pas cette descente aux enfers. Ils étaient les derniers à se sacrifier pour la tranquillité des leurs. Ils avaient au moins cette certitude qu'à l'arrière, si ce n'était
pas drôle, les civils n'étaient pas en danger. C'est peut-être ce qui leur donna ce courage ou cette folie absurde de résister jusqu'au bout sans trop se révolter.
Au bout de cette histoire qui sera une fois encore célébrée par des défilés militaires, des marches martiales et des décorations grotesques, ce sont les uniformes et les élus qui vont se mettre
au premier plan. Les marchands d'armes pas très loin et roulent la commémoration et la foire aux hypocrisies. Roulements de tambour et sonnerie aux morts quand c'est la vie qu'il faudrait fêter
loin des drapeaux et des chefs militaires qui mèneront toujours les autres au massacre.
La seule célébration que nous devons à ces millions de poilus c'est celle de la vie, de la paix et d'un monde sans arme ni patrie. Nous leur devons un monde
meilleur, bien loin de celui que nous fabriquent les petits fils de ceux qui les menèrent à l'abattoir pendant qu'ils faisaient grands profits sur leurs dépouilles. Nous leur devons respect et
considération. Pourquoi faut-il que ce soit toujours la chanson de Craonne qui revienne en boucle dans ma mémoire lorsque je pense à eux et
non cette marseillaise sanguinolente dont les sillons ne seront jamais rassasiés.
Iconoclastement vôtre.
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