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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

À tous ceux qui furent retranchés

La soustraction effroyable …





Ils sont bien loin nos onze novembre qui donnaient jadis lieu à belle exposition sinistre de corps amputés, de gueules cassées, de pauvres bougres aux visages si tristes. Derrière le drapeau tricolore, bordé de lettres dorées, fièrement, ils honoraient ceux qui n'avaient pas survécu à l'effroyable hécatombe.

Les années passèrent, les poilus se firent de moins en moins nombreux jusqu'à disparaître totalement. Il fut grand temps, quand ils se firent poignée; de les honorer de grosses médailles illusoires, de leur accorder la légion d'horreur pour ce carnage insupportable. Nous regardions ce spectacle étonnant et nous nous demandions toujours ce que nous eussions fait à leur place.

La question n'a que le mérite d'exister quelques temps dans nos consciences. Nous ne sommes ni à la même époque, ni dans le même contexte que ces hommes qui acceptèrent sous la menace et l'alcool, la propagande et la gloriole de donner leurs poitrines aux balles de l'ennemi. Nous ne pourrons jamais comprendre ce qui leur fit accepter cette vie de vermine, cette déshumanisation complète pour des chefs qui comme souvent, ne partageaient pas leur calvaire.

 

 



Ils furent les derniers à vivre l'enfer du champ de bataille dans sa spécificité militaire. Les chefs comprirent bien vite que même l'horreur la plus abjecte ne trouvait pas assez d'écho lorsqu'elle se limitait à la soldatesque. Après eux, la bataille gagna d'autres champs de bataille auxquels furent conviés les civils. L'universalisation de la mort armée, un beau progrès en somme.

Nos poilus avaient raison, c'était la der des der. La dernière saloperie immonde entre soi. Bientôt le partage serait complet, il n'y a aucune raison de mourir comme des rats sans en faire profiter ceux de l'arrière. Les avions apportèrent la première expansion du conflit. Le bombardement des villes après celui des champs aux tranchées défoncées. Que c'est beau le progrès technique quand il est au service de la mort !

Puis il fallut changer d'échelle, aller plus loin dans la négation de l'humanité. La Bombe, celle qui a droit à la majuscule de l'horreur absolue irradie encore les consciences et les corps. Ce qui se fit ensuite passa alors pour un petit artisanat misérable. Il fallait absolument trouver mieux.

L'homme (car c'est essentiellement à lui que l'on doit ces monstruosités) comprit que le soldat avait fait son temps. Le massacre est quelque chose de trop sérieux pour le confier aux professionnels de la mort. Le terrorisme fit cette révolution nécessaire, le conflit se déplaça partout sans qu'il fut maintenant possible de savoir où et quand frappera la menace insidieuse.

Les poilus ne connurent pas cette descente aux enfers. Ils étaient les derniers à se sacrifier pour la tranquillité des leurs. Ils avaient au moins cette certitude qu'à l'arrière, si ce n'était pas drôle, les civils n'étaient pas en danger. C'est peut-être ce qui leur donna ce courage ou cette folie absurde de résister jusqu'au bout sans trop se révolter.

Au bout de cette histoire qui sera une fois encore célébrée par des défilés militaires, des marches martiales et des décorations grotesques, ce sont les uniformes et les élus qui vont se mettre au premier plan. Les marchands d'armes pas très loin et roulent la commémoration et la foire aux hypocrisies. Roulements de tambour et sonnerie aux morts quand c'est la vie qu'il faudrait fêter loin des drapeaux et des chefs militaires qui mèneront toujours les autres au massacre.



La seule célébration que nous devons à ces millions de poilus c'est celle de la vie, de la paix et d'un monde sans arme ni patrie. Nous leur devons un monde meilleur, bien loin de celui que nous fabriquent les petits fils de ceux qui les menèrent à l'abattoir pendant qu'ils faisaient grands profits sur leurs dépouilles. Nous leur devons respect et considération. Pourquoi faut-il que ce soit toujours la chanson de Craonne qui revienne en boucle dans ma mémoire lorsque je pense à eux et non cette marseillaise sanguinolente dont les sillons ne seront jamais rassasiés.

Iconoclastement vôtre.

 

 

 

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