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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

À TROP TIRER SUR LA CORDE ...

Une belle manifestation de force !




Un jour à Saint Palais, j'ai compris que jamais les gens de nord de la Loire et des autres fleuves français ne pourraient rivaliser avec les mêlées basques. Comme le poulet jaune élevé « En plein Gers », comme le veau sous la mère chéri en Aveyron, le pilier Basque tire sa force sur la corde sensible de ses traditions.

La force Basque, qui fait le bonheur des touristes en mal d'authenticité, a façonné les hommes de ce pays.  Ceux de fort tonnage n'ont pas besoin de soulever de la fonte dans des salles borgnes, c'est au grand soleil qu'ils exaltent leur musculature naturelle et saine.

Le Soka tira (tir à la corde) à dix comme à Saint Palais ou à 8 ailleurs, donne une leçon de posture, de courage et de pugnacité que beaucoup d'académies de piliers devraient copier. On y voit des dos parfaitement plat, des bassins rétroversés et bien calés, des liaisons à la corde parfaitement verrouillées et d'une extrême rigueur.

Hormis le bout de corde, l'homme le plus lourd qui sert de pied angulaire à l'édifice et qui n'a pas le même rôle ni la même posture, tous les autres sont en totale harmonie, dans un effort qui unit les bras, les jambes, les dos et les souffles.

Tout est pensé, travaillé, organisé, bien plus plus que pour beaucoup de nos mêlées qui s'esclaffent à la moindre anicroche. Il est vrai que beaucoup de clubs ne disposent pas de joug pour répéter cette phase primordiale de notre sport qu'un assureur a souhaité émasculer avec la complicité des nôtres.

Au tir à la corde, les Basques savent respirer d'un même ventre. Le souffle des tireurs est dirigé par un maître de cérémonie, chef des chœurs qui mène à la baguette ce pupitre des basses d'une chorale des chants Basques issus des champs de la même région. Il impose le tempo, donne une cadence, observe l'adversaire avant que d'augmenter le rythme. Et ces monstres physiques lui obéissent au doigt et à l'œil.

Une ondulation collective issue des reins du « bout de corde », donne à la force des reins de l'homme, ce pouvoir ancestral d'enfanter la puissance créatrice et de soulever des montagnes de muscles. C'est une somptueuse symphonie du muscle et de l'intelligence des corps en tension.

Les pieds ancrés dans la terre de  leur pays, le corps penché en arrière, l'œil aux aguets, épiant le maître de cérémonie, le directeur de la vague ondulante, l'entraîneur des Hercules du chanvre, nos gaillards d'avant ont la beauté des statues grecques d'un Olympe débonnaire.

Au début de la joute, nos chevaliers ruraux ont pris un soin considérable à placer leurs pieds et à tenir cette corde. Chacun a sa technique pour s'enchaîner à cette ligne de vie, ce lien qui les fait uns contre ceux d'en face. Puis, quand l'arbitre donne le signal de l'engagement, le choc est terrible.

L'entrée en cordée est ce moment crucial où tout peu être dit. Un avantage pris à cet instant est irrévocable. Un adversaire inattentif, déconcentré, pas assez prêt est balayé comme un fétu de paille. Puis l'équilibre se fait, la tension est palpable. L'air se charge de cette énergie extraordinaire qui s'exprime dans cette immobilité factice. La patience est de mise, l'effort ne se relâche pas.

La ventilation, la cadence rentrent dans la danse sensuelle de cette lascive chenille. L'ondulation précède la tempête dans ces quelques secondes d'équilibre qui semblent des heures. Soudain, les corps s'arcboutent, l'orage éclate. L'ordre a été transmis, la bagarre fait rage, une équipe trouve des ressources insoupçonnées pour tirer à elle, dans le zig ou dans le zag, ceux d'en face. La foule gronde, jouit d'un spectacle qui relève de l'orgasme collectif.

Des leaders apparaissent dans la cordée pour entraîner leurs camarades au-delà du possible, pour sublimer l'effort des hommes, pour coordonner ces dix qui ne sont plus d'un. Quand la décision se fait, quand la force opposée baisse pavillon, mord la poussière en se donnant à ses vainqueurs, il n'y a pas d'allégresse mais un respect sincère et une satisfaction discrète. On se serre les mains dans une haie d'honneur qui n'est pas l'apanage exclusif de l'Ovale.

Ici on tire, là on pousse. Eux la tête dans les étoiles, les uns derrière les autres, au Rugby le nez vers le gazon, enlacés et imbriqués. Dans les deux cas, la même magie de la force collective, de la ruse au service de la technique, de la force sublimée par la coordination pour de si humbles colosses.

 

À CH'TIMI un retour en randonnée à sa demande ...

 


Forcement leur.

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Le ch'timi 07/11/2010 15:01



Cher BR,


Grand merci de ce retour en arrière...et de la description des efforts vde cette SoKa ( c'est vous qui  avez appris l'existence de ce terme )


en attendant le LMR  vient de battre Lourdes...20-16


 


Bonne journée



BR 08/11/2010 07:02



Ch'timi


Lille encore vainqueur et nous encore perdant avec un net sentiment d'injustice qui nous permet de rester debout.


Mercredi je leur ferai une petite séance de tir à la corde, ça remet les choses en place et quel bel effort collectif. Nous avons besoin de ça !


 


J'ai quelques billets anciens que je réveillerai le dimanche pour vous faire voyager.


 


Randonnement vôtre