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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Au bal de nos nostalgies.

Les bals à Fernand

Trente ans après …

Revenir en son village d'antan un soir de printemps. Il fait bon, la nuit vient juste de tomber. J'ai pris prétexte d'un concert de Macadam Sunshine pour revenir sur les lieux de mon enfance, un samedi soir. Je suis venu un peu plus tôt pour faire le tour de la ville, sentir de nouveau son climat d'alors. Quelle déception ! Tous les vitrines sont déjà éteintes, les bars d'alors ne sont pas ouverts, il y a comme un vide qui se creuse entre mes souvenirs et ce spectacle désolant.

 

Je ne me sens pas très bien. Je me dépêche de trouver refuge dans cette salle de spectacle que je ne connais pas. Un vaste espace polyvalent qui se dresse derrière le parc du château en bord de Loire en un lieu qui constituait alors pour nous, notre bout du monde. Il n'y avait rien et voilà que je découvre une vaste aire pour camping-cars et un belle salle modulable.

 

Je découvre amusé que ce sont les parents d'élèves de l 'école privée « Jeanne d'Arc » qui organisent le spectacle pour trouver subsides. Moi, l'affreux hussard « laïcard », je n'oublie pas qu'il y a bien longtemps, c'est la sœur Vincent, directrice en ce temps là de cette école qui n'était pas la mienne, qui me donna le goût des aventures collectives dans des colonies de vacances qui jamais de nos jours ne seraient autorisées. Nostalgie, nostalgie !

 

Je cherche vainement dans le nombreux public quelques visages connus. Il y a encore moins de chance que je trouve personne connue compte tenu de la nature de l'organisation. Je fais le tour. Que des têtes inconnues quand, soudain, un crâne dégarni, une légère claudication, un dos vouté me rappelle quelqu'un. Fernand, l'homme incontournable du club de football local.

 

J'étais minot, déjà Fernand donnait de son temps pour l'association. Il a tenu tous les postes ou presque, éducateur, bénévole, animateur, président plus de quinze années. Je le revois encore, indissociable du ballon rond et du stade Lionel Jourdain. Lui aussi me reconnaît, preuve que l'outrage des ans n'a pas encore totalement fait son œuvre.

 

Nous évoquons le passé, les gens qui nous sont proches. Je lui donne ma triste impression en traversant le village, il me confirme que quelque chose a changé, qu'il ne fait pas aussi bon vivre en cette cité ligérienne. Il y a beaucoup de changements. Il me dit qu'il n'est plus au CSMS, son club de foot de toujours.

 

Il a lâché, il ne se retrouve plus dans ce qui se passe. Le public a changé, les jeunes ne pensent qu'à se battre, il y a toujours des problèmes. Il avoue à demi-mots que les joueurs sont tous d'origines diverses et lointaines. Il n'y a pas de pensée nauséeuse dans son propos, il déplore une incompréhension face à une diversité qui a tout bouleversé et qui le trouble...

 

Il garde l'amour du ballon rond. Depuis plusieurs années, Fernand s'est reconverti. Il a la retraite active, il organise des bals dans cette belle et grande salle. Ils sont connus dans toute la région. « Les Bals à Fernand », cinq fois dans l'année, accueillent plus de 800 danseurs sur des soirées à thème.

 

À chaque période de l'année son bal, ses animations, ses déguisements et ses traditions. La fête des mères, les vendanges, les vacances, la Saint Valentin, l'hiver. Il en parle avec passion. Il a les yeux qui pétillent comme du temps où il était le long de la rambarde. D'ailleurs, il a monté une association pour redistribuer les bénéfices à son cher club et aux associations caritatives.

 

Il complète ses animations par des lotos géants qui remplissent encore la salle Blareau. Il sait s'y prendre ce diable de Fernand. L'année passée, il a fait un chèque de cinquante mille euros au football local, ce n'est pas rien ! J'admire cette passion qui n'a pas failli, le travail d'une année entière pour apporter de l'argent aux siens. Il m'avoue qu'il donnera moins au foot maintenant et beaucoup plus au téléthon. Comment l'en blâmer ? Je le laisse. Fasse qu'il y ait encore longtemps beaucoup de Fernand dans notre pays !

 

Balafernadement sien

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