Partager l'article ! Au pied levé par dessus la jambe.: À moyens réduits … C à dire - Alai ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
À moyens réduits …
Monsieur, nous vous donnons dix minutes pour donner votre réponse ! Dix minutes pour bouleverser les six mois à venir, dix minutes pour donner son temps à l'indigence d'un
système qui déshabille Paul pour habiller Pierre en prenant la liquette de Maurice. Dans l'administration, le jeu des chaises musicales a toujours un perdant, le petit joueur de flutiau, celui
qui se préoccupe de la marge, qui n'est jamais évoquée dans les grandes partitions !
Je sais être parfaitement hermétique, mais il n'est pas simple d'être explicite dans ma posture. J'ai le cul entre deux chaises, un fauteuil capitonné à bascule qui ne sera
qu'un siège éjectable au bout du service rendu sans remerciement légitime et un strapontin sans importance, un poste d'enseignant spécialisé déjà si déplacé dans un collège.
La réponse qu'il fallait donner dans la matinée, alors que deux autres personnes, plus anciennes en la maison et plus légitimes aussi avaient refusé, consistait à accepter
l'inacceptable ou bien à fermer les yeux et tolérer qu'un quidam se voit refiler le fardeau. N'étant pas homme à reculer devant l'épreuve quand le service public est en jeu, je donnais mon aval à
l'inconciliable.
Prendre un service de direction, tenu jusqu'alors à plein temps par une personne compétente, formée et entièrement vouée à cette tâche en complément d'une classe que je n'aurai
plus qu'à mi-temps, quand l'administration, bonne mère, aura trouvé le temps de désigner un personnel pour assurer cette décharge hémichronique.
Faire le directeur tout en restant instituteur, la belle innovation que celle-ci. Nos collègues du primaire connaissent tous l'inextricable situation qui dévore le temps, ronge
l'énergie et dilue parfaitement les compétences réciproques. Mais, ce fut toujours ainsi dans les écoles primaires et rien ne laisse espérer des jours meilleurs.
Mais, dans un collège, le pilotage demande beaucoup plus de disponibilité. La confusion des rôles n'était jusqu'alors jamais envisagée. Ce petit ballon d'essai, pourrait donner
des idées à nos chercheurs d'économie. Les plus petits gisements ne peuvent échapper à leur sagacité, il faut bien remplir la mission et trouver de quoi compenser 16 000 pertes de poste.
Très modestement j'apporte un trente-deux millième de solution à cette épineuse ponction, je pourrai espérer les palmes si je ne les avais déjà refusées. Pour l'heure, je tiens
les deux rôles à bout de fatigue, de dispersion et d'inefficacité forcée. En classe lorsqu'il faut répondre au téléphone ou à l'urgence, au bureau lorsqu'il faudrait corriger mes copies ou
préparer le travail du lendemain, en réunion quand je pourrais me sustenter, en entretien lorsqu'il faudrait aller chercher mes élèves.
N'ayant pas le don d'ubiquité, je ne fais rien de bien et le reste de travers. Jamais sur la tête je ne porte la casquette qui sied, je m'éparpille et brûle ma future
crédibilité quand un peu plus de temps me sera consenti. Mes journées s'étirent comme une ballade à bicyclette en pleine hypoglycémie.
Je sais déjà que je ne pourrai rester l'année prochaine dans ce collège quand il faudra réintégrer mon poste originel. Mais jusque là je vais découvrir les joies de la journée
continue tout en gardant le plaisir des corrections et des préparations à la maison. L'inconciliable doit se concilier en supprimant toute autre activité et en se mettant à dos la terre entière.
L'éducation Nationale va à vau l'eau. Les moyens matériels viennent à manquer, les humains sont broyés par une moulinette irrespectueuse qui ne résonne plus qu'à travers le
prisme des économies à tous prix, des injonctions irréalistes, des obligations démentielles et de l'incongruité des directives ministérielles. Et c'est moi le dindon de la farce !
Confessionnellement vôtre
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