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La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
3 : Sur la belle Cosnoise
Il est un bateau de bois, immobile, sur les quais d'Orléans et à nul autre pareil. Si la voile est hissée, c'est pour servir de parasol. S'il a une cabane, c'est pour y faire la cuisine. Sur le
pont, deux grandes tables sont dressées, et à toutes heures, le temps est aux couverts !
Quant aux drôles de mariniers qui ont jeté l'ancre en ces lieux, ils sont bien plus souvent assis qu'à la barre et seul le maître queux s'aventure encore à user pour gouvernail d'une grande pelle
de bois. « La tambouille plutôt que la patouille ! » est la devise sur cette toue cuisinière qui ne risque jamais la cale sèche.
La vie est belle sur la Cosnoise tout autant que le vin bon et abondant, la chair succulente et la compagnie accueillante. Rien ne peut perturber l'équipage quand l'heure est venue de manger.
Point n'est besoin de définir de tour de quart, nul ne manque à bord quand la cloche a sonné.
4 : Si loin de la foule
Un soleil rasant annonce la fin de la soirée, la foule se presse déjà, elle se fera bientôt multitude pour assister, à la nuit, au clou du spectacle, une féérie d'artifices. Une petite bise
nous donne envie de hisser la voile, de prendre le large pour fuir le bruit de la foule.
Plus loin, à l'écart d'une petite plage, des gens attendent heureux et tranquilles. Nous venons poser le bateau tout près d'eux. Ils demandent si nous pouvons les monter à bord, le règlement est
formel, nous le contournons en leur leur proposant ballade immobile en chansons et en histoires de Loire. La lumière mordorée éclaire la scène, lui confère une merveilleuse magie.
La guitare de maître Jacques emporte les cœurs, les notes s'envolent au gré du courant. L'auditoire se fait silencieux, le murmure lointain ne nous concerne plus. La voix du marinier conteur
prend alors par la main ce si petit auditoire.
Au bord du fleuve, il n'est plus question de spectacle ou de marchands. Les yeux se ferment, la Loire emmène la troupe qui reste sur le sable. Un voyage immobile entre texte et chanson, entre
Loire et poésie, loin d'ici et pourtant si près, derrière le pont et le canal quand la ville laisse place à une nature sauvage et sublime.
C'est un moment magique, une parenthèse enchantée pour tous ceux qui profitèrent de cet entre-deux merveilleux. Puis il fallut remettre en route, retourner sur le quai. Nous voulions profiter
encore de la paix du moment passé. Nous ne mîmes pas le moteur et c'est à grand coups de bourdes qui nous restions accrochés à la magie de ce qui venait d'avoir lieu.
Éparpillement vôtre
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