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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Balade en train

En bonne société.




 

Que faire un onze novembre plombé par la grisaille, le froid et la pluie ? Nous n'avons plus le moindre ancien combattant à honorer devant le monument où furent couchés en pleine jeunesse ceux qui tombèrent pour la bestialité des hommes et de leurs élites. Les discours de nos politiques ne servent plus qu'eux-mêmes et leur noirs desseins.

Il est encore possible d'effectuer un passage à la brocante de Chateauneuf  pour retrouver le  Gers et l'accent chantant de l'ami Claude qui fait de la vente de ses produits régionaux un spectacle à nul autre pareil. Il réjouit les chalands et leurs papilles et apporte ce soleil qui manque tant ici.

La vent de Galerne nous pousse à la table de Jacques et Mado. Bien à l'abri, nous allons célébrer les légumes du jardin, le bon vin de Bourgogne mais aussi de Moselle et ce plaisir incomparable de médire un peu des amis qui ne sont pas là.

Les femmes s'éclipsent le temps d'une vaisselle masculine. L'inversion des rôles ou le bonheur des jours fériés, il reste encore beaucoup à faire pour atteindre l'égalité des charges domestiques. La table desservie, le venin déversé, l'alcool absorbé, il faut tuer ce temps gagné sur les contraintes quotidiennes ....

Le jeu de société vient trôner sur la grande table. Il remplace la faïence de Gien et les verres en cristal. Il nous propose un voyage en train à travers l'Europe. Les jours de pluie, tout est prétexte à écouter s'écouler le sable des jours où l'on vaque.


 

Un tapis bien complexe, des cartes, des pions , des gares. Tous les ingrédients de l'aventure par procuration. Il y a bien sûr le choix délicat de la couleur des pions :
«  Jamais les noirs ni les rouges pour moi. C'est une question de principe ! »

Sur le côté de la table, à l'écart de l'aventure ferroviaire, votre serviteur a trouvé stylo à sa main pour décrire ce monde qui taille sa route malgré tout. Les joueurs se sentent épiés, la crainte du trait de plume qui fera qu'ailleurs «  on nous reconnaîtra ! ».

Sur le tapis, les jaunes semblent prendre l'avantage. Ils forment une longue chaîne de wagons. La stratégie supplante les conversations digestives. Le jeu occupe entièrement les esprits tournés vers la possibilité d'un succès.  On soliloque, on se parle à soi-même plus qu'aux autres au moment de poser les pions. Chacun commente son action et parfois un petit propos taquin accompagne le jeu du partenaire.

Je pose ici , je pioche encore,  je me place par là, je rajoute deux cartes ! C'est ce discours ésotérique qui remonte à ma sagacité d'observateur non joueur. Je te donne deux wagons, je te place une gare, je te prends la locomotive, je te place un  tunnel ...J'écoute incrédule et je découvre des adultes qui se retrouvent à la frontière de l'enfance.

Le rythme des joueurs s'accélère. Chacun est au cœur de sa stratégie. Un joueur s'étonne : « Qu'est ce qu'on avance vite aujourd'hui ! » Le niveau sonore s'élève, la frénésie du jeu, la volonté de l'emporter. On s'invective ! On se tend des chausse-trappes.  On s'esclaffe ou l'on se gausse.

On ratiocine un peu  quant tout à coup, on jure, on grommelle : un coup tordu a rompu la quiétude. Chacun joue comme il est dans la vie. L'agressé se moque de l'agresseur. Où se trouve le plaisir de la vilénie ? Je note tout ce qu'ils se disent : une certaine façon de rester à distance. Mais de quoi ? Mais de qui ?

La tension monte, l'issue s'approche et son inévitable verdict. Il faut vérifier la règle, contrôler le moindre détail. Le jeu se fait plus lent, chaque coup compte vraiment. Celle qui a le moins parlé termine la partie. Les cartes sont rangées, c'est le moment des comptes !

On mesure la performance, on se réfère à un barème complexe. On avance le pion compteur. Quelques éclats pour un accord pas si simple. Les mécomptes font les amis. On se fait apothicaires !



 

Ceux qui ont perdu évoque le sort, la malchance ou le sort trop flatteur pour le vainqueur. Dieu en personne est même mis à contribution pour justifier le revers. Puis le calme revient,  on range les pions dans leurs petits sachets, on plie le tapis et les joueurs redeviennent des adultes fréquentables.

Ludiquement vôtre.

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