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Ma Fille Liger

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La Fille Ligère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

A sa naissance on lui fit

Un berceau d'une gerbe de joncs

Elle aurait grandi au Puy

Avant de rejoindre des garçons

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Ils étaient tous marins

Cœurs gros et mœurs légères

Ils suivirent son chemin

Jusqu'à sa tribu Liger

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

En été elle se prélasse

Alanguie, elle prend tout son temps

C'est sans fin qu'elle rêvasse

S'endormant le long de ses bancs

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Et en automne, elle forcit

Elle redevient fréquentable

Mais si elle reste dans son lit

C'est pour se faire plus aimable

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Et en hiver elle s'emporte

En roulant sa colère

Tout en se faisant plus accorte

À tous les marins en galère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

C'est au printemps elle se lâche

Débordant de toutes parts

C'est alors qu'elle se fâche

Et nous refuse le départ

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Elle n'est jamais aussi belle

Qu'en notre soleil levant

Lorsque la brume l'éveille

À ses petits matins naissants.

 

 

C'est une Loire volage

Qui roucoule dans son lit

C'est un fleuve visage

Qui coule sans soucis.

 

 

Ligèrement vôtre

IGP6422

Vendredi 25 mars 2011 5 25 /03 /Mars /2011 06:45
- Publié dans : Fable - Communauté : Secrets d'école


Dans les habits d'un autre.

 




     La fonction crée l'orgasme, j'en doute un peu. Depuis que j'ai endossé à mi-temps les habits d'un autre, il n'y avait pas eu jusqu'alors activité plus épouvantable que celle de saisir les bulletins trimestriels. La chose peut sembler anodine, mais c'est méconnaître la complexité de l'informatique lorsqu'elle s'évade d'un cadre domestique pour goûter aux joies merveilleuses de la compatibilité.


    L'éducation nationale pour des raisons qui ne sont certainement pas avouables a fait le choix du P. C. Puis, les restrictions allant, les logiciels gratuits se sont imposés par nécessité plus que par idéologie. L'absurdité du système a voulu que l'on ne se souciât jamais de l'entretien du parc et qu'une fois de plus, la grande maison s'appuyait sur la bonne volonté et les compétences fortuites.


    Dans ce contexte étriqué, mettre en branle une activité qui se joue des barrières techniques, des disparités d'équipement, des convictions immuables, de l'éparpillement des pratiques et des limites individuelles relève de la plus baroque espérance vaine. Je sais que pour l'heure je suis parfaitement hermétique, c'est simplement pour que vous ayez une vague idée de ce que fut ma position au moment du lancement de l'opération impossible.


    L'enseignant est un être si parfaitement débordé, qu'il n'est pas possible de lui demander de vaquer aux tâches logistiques sur son lieu de travail. C'est une donnée intangible, un axiome en acte, un principe en question. Alors, pour ne point m'aliéner la troupe, j'envoyai par mail une pièce jointe, une base de donnée libre de droits et de taxes, dégagée des exigences financières de monsieur Microsoft.


    Déjà il y eut levée de bouclier et contrariété de souris. Les uns ne parvenant pas à ouvrir l'usine à gaz, les autres usant des outils de la concurrence pour démontrer qu'ils n'étaient pas du genre à user de l'outil gratuit. De rares réfractaires se plaignaient qu'il fallait avoir mail à partie avec les opérateurs de la toile. Ceux-là jouèrent de la clef qui déchante et qui vient apporter son lot de contrariétés à l'aller ou au retour sous des formes virales aussi sournoises que désobligeantes.


    J'avais pourtant fait le plus simple, divulguer la bonne parole des compétences d'un socle commun qui n'a toujours pas creusé son sillon dans notre maison. J'ignorais alors que je n'avais pas convaincu quelques réfractaires de l'item, s'arcboutant à la note comme la vérole sur le bas clergé et la syphilis sur leurs supérieurs hiérarchiques. La suite me prouva que ces maladies étaient fort bénignes comparées à tout ce qui allait me tomber sur le râble.


    Les bouteilles qu'on envoie à la mer finissent le plus souvent par vous revenir au visage à la première vague venue. Mais faut-il mettre en cause la houle ou bien un vilain grain,, car le fringuant document initial avait essuyé quelques contrariétés qui allaient me chavirer le cœur. Chacun y allant de sa petite fantaisie, d'une modification anodine qui ne permettait plus un regroupement général.


    Créer une base de données de ce capharnaüm ne fut pas une mince affaire d'autant qu'il y avait plusieurs classes, des proses à la longueur fort différente, des références précises et d'autres plus souples et bien-sûr des formats qui ne sont pas toujours compatibles mais ne nous mêlons pas ici des arcanes de la science commerciale.


    Ajouter à ce mélimélo des sources, l'obscurité à mes yeux d'inconditionnel de la Pomme de la logique des Petits Computers obtus et je m'arrachais les cheveux que n'avait plus celui dont j'avais emprunté momentanément le bureau. Il vint souvent à mon secours pour finir par me faire admettre une procédure qu'il avait mise au point et que je découvrais comme un aveugle par une nuit sans Lune.


    N'étant pas non plus un expert, je commettais quelques erreurs absurdes que je n'évoquerais pas ici puisque c'est moi qui choisis de distribuer les rôles. Accordez-moi le droit de ne point sombrer ici dans le ridicule comme je le fis parfois durant ces trois jours de pure folie. Je faillis y perdre la tête, accordez moi le droit de ne pas perdre la face !


    De la base de données aux bulletins fusionnés, il y a un monde qui m'échappe, une énigme de voies mystérieuses en liens souterrains. Il faut définir des champs sans cultiver son jardin, encoder un document en un langage parfaitement abscons. Faire une confiance absolue à la machine quand viendra l'heure de la confusion.


    L'écriveur que je suis peine à troquer les mots qui me sont si chers contre des signes cabalistiques que le tenant de l'école laïque ne peut approuver. Mais, il est prouvé que la machine émancipe l'homme, lui facilite la tache et lui permet de se consacrer à ce qu'il juge essentiel. Ainsi durant trois jours pleins, je me suis attaché au superflu avec un acharnement qui confine à la maladie mentale.


    Puis quand tout semble acquis, il faut se coltiner une autre machine complexe, une photocopieuse férocement indépendante qui se paie ma face, qui s'émancipe du verso quand son recto doit lui être intimement lié. Elle s'est liée  d'amitié avec l'ordinateur, son voisin de bureau, elle lui obéit aveuglement sans compter le papier gaspillé. Elle se refuse à interrompre la série défectueuse, elle est l'alliée zélée du consumérisme délirant.

 

       C'est ainsi que je passe mes journées. La tâche est exaltante, un face à face permanent avec un écran quand il y aurait tant de choses à faire pour aider nos élèves à mieux vivre en ce lieu, à comprendre les règles, à subir les conséquences d'une transgression facétieuse, à partager un temps de dialogue pour avancer sur le chemin de la rédemption. Mais Kafka règne en maître absolu, l'administratif est premier, le pédagogique doit se faire tout petit !


    Rassurez-vous, tout n'est pas terminé et nos chères familles ne sont pas prêtes encore à venir chercher cette feuille, imprimée recto-verso  qui faillit avoir raison de ma raison. Il reste encore quelques appréciations perdues qui doivent me revenir par les miracles de la toile. Il y a encore la cérémonie du conseil de classe qui me donne l'occasion de conclure ce maudit document par quelques phrases bien senties.


    C'est là le seul plaisir que je reconnais à cette étrange cérémonie scolaire. Chaque fois que j'en ai eu l'occasion, j'ai aimé ciseler l'épilogue directorial, l'appréciation générale et le bouquet final fait de roses et d'épines, de douces fleurs bien vites caduques et de graines si longues à germer. Je m'offre le plaisir de la plume en acceptant de perdre un peu de temps avant de que céder une fois encore à la dictature du clavier.


    Bulletinnement vôtre

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