Partager l'article ! C'est fini ! Le bilan des Carnutes aux Cathares: Il n'y a que le dernier pas qui coûte. La marche dans le rétroviseur. ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
Il n'y a que le dernier pas qui coûte.
La marche dans le rétroviseur.
Depuis que j'ai franchi le dernier pas qui m'a conduit jusqu'au stadium d'Albi, nombreux sont ceux qui m'ont interrogé sur le
but recherché. Ainsi, je devrais répondre que j'ai atteint mes objectifs, rempli ma feuille de route et comblé le questionnement intérieur.
Dans ce monde gouverné par les gestionnaires, il faut pouvoir satisfaire aux obligations de rentabilité, aux visions cartésiennes de nos concitoyens. J'ai beau répondre que je ne suis pas plus
avancé et que ces 630 kilomètres ne m'ont pas permis de comprendre ce qui m'avait mis en chemin, l'attente est forte et la déception d'autant plus grande.
Le geste gratuit n'est plus de ce monde. Il faut admettre que de gratuit, il est loin de mériter le titre tant l'expédition me fut onéreuse : hôtels, chambres d'hôtes et petits restaurants ne se
privant guère de détrousser ma bourse.
Je voulais découvrir ma France, ce pays intérieur qui se vide de ses gens. J'y trouvé quelques phares sublimes, des êtres lumineux qui ont éclairé ma démarche. J'ai croisé davantage hélas, de
sombres passants qui fuyaient mon regard. La peur de l'autre a fait son œuvre malfaisante, les gens se cachent en leur demeure et tremblent devant celui qu'ils ne connaissent pas.
L'automobiliste ne ralentit pas quand il me croise, le passant ne renvoie pas mon salut, l'habitant refuse parfois de me donner à boire et presque toujours de m'ouvrir sa porte. La télévision a
semé la terreur dans les esprits des pauvres gens : « Avec tout ce qu'on voit, monsieur, on a bien raison de se méfier de tout ! »
L'hospitalité est devenue fond de commerce, espoir illusoire de promotion sociale, de gains formidables. Partout s'ouvrent des chambres d'hôtes qui guettent le passant pour leur proposer des prix
supérieurs à nos petits hôtels. Ceux-là sont de moins en moins nombreux au cœur du pays, les nouvelles directives européennes rêvent de ne voir que des grands groupes sur tout le territoire,
proposant des produits aseptisés et standardisés pour être certain d'avoir le confort Canal plus.
On devine ainsi la volonté farouche de tout transformer en source de revenu. L'homme de passage perd son statut de semblable pour ne devenir qu'une vache à lait, un filon qu'il faut exploiter
jusqu'au dernier denier.
Dans cet univers impitoyable gouverné par le dieu Argent, j'ai pourtant découvert des trésors sublimes qui m'ont exonéré de toutes mes peines, toutes mes désillusions. Ce sont eux qui justifient
la peine que je me suis infligée. J'espère que de votre petite lucarne, vous avez bénéficié de leur aura magnifique !
Vous fûtes aussi ma raison de persévérer, le rendez-vous quotidien qui me redonnait forces et courage. J'avais dans mes souliers quelques amis inconnus qui ont tracé la route à mes côtés tout le
long du chemin. Un petit mot chaque soir, un encouragement, un émerveillement, un poème ou un conseil. De petits rien qui dans ma grande solitude furent des trésors merveilleux.
Et puis il y avait ces deux billets quotidiens, ce récit qu'il fallait vous livrer. La recherche de l'angle d'attaque, la formule qui fait mouche, l'anecdote qui peut être développée. En
marchant, de longues heures durant, je refaisais dans ma tête ces textes que je vous devais.
Étrange pratique épistolaire, discipline d'écriture qui au bout du conte que je vous ai livré, est sans doute la véritable signification de ma route ! Vous avez été mes guides et mes amis,
j'espère que vous le resterez longtemps encore.
Lettrouvertement vôtre
Ainsi s'achève votre feuilleton de l'été. Merci à ceux qui ont pris le temps de me donner la main sur ce long chemin de pas et de mots.
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