Partager l'article ! Ça me coûte un bras ...: Jacky, le Gabonais de Loire. ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
Jacky, le Gabonais de Loire.
Jacky, de la classe 58 a une double vie à plus d'un titre d'ailleurs. Je l'ai croisé au Domanial, chez l'ami Jo-Robert. Immédiatement, j'ai compris que l'homme voulait en savoir plus sur ce marcheur des temps pluvieux, ce garçon qui avance au rythme de l'homme qui marche.
Jacky, c'est tout le contraire, il roule, il prend à bras le corps la vie pour en faire un mouvement perpétuel. Il s'accorde simplement quatre heures de sommeil, le reste du temps, il travaille, il parle, il s'occupe des gens. Jacky n'arrête pas !
L'homme a un garage qu'il mène avec un compagnon. Il y travaille le jour. La nuit, quand les autres dorment du sommeil de ceux qui doivent récupérer de leur journée de labeur, Jacky devient chauffeur routier. Il circule ainsi sur les routes de France avant que de revenir au petit matin réparer les véhicules qui ne roulent plus.
Jacky trouve le temps d'élever des moutons pour faire la fête avec les amis. Il lui faut partager, être entouré, vivre à pleines dents cette seconde vie qu'il a décidé de partager avec Clarisse, une belle Gabonaise ! Elle était serveuse chez Jo-Robert et logiquement Jacky tomba sous le charme de sa gazelle.
Nous sommes en 2005, Jacky et Clarisse partagent le peu de temps que leurs activités chronophages leur laissent. Ils vivent des jours heureux quoiqu'un peu agités quand soudain tout bascule. Nous sommes en 2008, Clarisse comprend bien vite que le nouveau pouvoir Français ne plaisante pas avec les principes humanitaires, elle est expulsée et Jacky se retrouve seul et inconsolable.
Il fait le siège de son député, un parlementaire UMP qui ne semble pas partager les idées de son patron dans ce domaine. L'homme lui explique ce qu'il faut faire pour retrouver sa belle. Jacky ne se fait pas prier et file au Gabon épouser la dame le 17 décembre 2008. « Et je peux t'assurer que ce n'est pas un mariage blanc ! » ajoute-t-il fier de sa réplique.
Au Gabon, il tombe sous le charme d'un pays où, il me l'assure, il ira vivre sa retraite. « C'est magnifique, tu verrais les paysages ! La région de Franceville est une pure merveille, c'est là que je finirai mes jours ». Il est adopté par une famille à laquelle, depuis, il ne cesse d'envoyer des cadeaux : « Ça me coûte un bras, mais ça me fait plaisir ! »
Depuis Jacky aurait tout pour être heureux mais il y a quelque chose qui le chiffonne. Clarisse a deux enfants au pays. Ils sont grands mais ils ont besoin de leur mère. Ils veulent venir travailler et vivre en France. Alors, il est retourné voir son député préféré. Le conseil n'a pas changé.
Jacky a tout organisé. Les enfants vont bientôt venir au pays. Le Garçon, 22 ans a déjà un travail chez un ami. La fille poursuivra ses études ici. Elle veut faire du commerce. Jacky me sort une fois encore sa phrase ritournelle : « Ça me coûte un bras mais j'y arriverai ! Ils vivront en France auprès de nous. Je ne compte pas, pour moi, ce sont mes enfants ... »
Je ne puis vous en dire plus. Jacky a un plan, il a tout organisé, il est certain d'arriver à ses fins. Il est obstiné le bougre comme ce jour de pluie où il a décrété que je n'aurais pas à marcher et qu'il me conduirait à destination. Il fallait obéir au risque de le fâcher. Le temps d'un petit trajet, il m'a confié son histoire, m'a donné son numéro de téléphone, m'a fait promettre de l'appeler à mon arrivée pour avoir des nouvelles de ses enfants du Gabon.
Jacky ne fait pas de politique, ne milite à rien, n'a pas de conviction particulière. Il travaille et veut vivre entouré des siens. Jacky agit comme il vit, sans chercher de signification profonde à ses actions. Il est ainsi. Il aime sa Clarisse !
Garsbonnement vôtre
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