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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Carnaval au quartier

Ré - Percussions !

 


Carnaval pluvieux, carnavaleux heureux ! La météorologie a cette formidable capacité de tirer la couverture à elle dès qu'il s'agit d'organiser quelque chose en plein air. Et ce jeudi matin, elle se montra chagrine et pleurnicheuse dans une semaine dédiée au soleil et à la douceur printanière. Il y a des jours, où douter de la providence devient une évidence !

Depuis quinze jours nous préparions cette sortie chapeautée au cœur d'une zone qui préfère habituellement la capuche et le voile, aux fiers couvre-chefs bigarrés. Rubans et clochettes, colifichets, babioles multicolores paraient chapeaux de paille et de feutre, akubras et chéchias, clémentines et panamas, sombréros et galurins, bonnets et casquettes.

 

Nous avions transformé en percussions ce qui nous tombait sous des baguettes toutes plus hétéroclites les unes que les autres. Boîtes de conserve, casseroles, bidons, gamelles et faitouts firent l'affaire plutôt mal que bien. Pour une fois, ça résonnait sérieusement dans ce collège quand l'atelier percussions préparait son défilé.

Frapper en rythme quand on a pris l'habitude de ne jamais s'écouter ne fut pas une mince affaire, des rythmes simples et entêtants pour frapper la cadence et le pas chaloupé. Apprendre à suivre les indications du pitre de service, le pupitre en chef de cet orchestre improvisé. Il y avait les tambours du Bronx, maintenant il y a les gamelles d'Argos.

 

Notre Jason était l'ami Guy, animateur musical, fondateur d'Artempo et complice du scribouillard qui vous tire par l'oreille. Élèves en difficulté et nouveaux arrivants sur le territoire, accueillis dans une classe de francisation apprirent à se connaître pour partager les conseils du maître de musique.

Deux chansonnettes simples pour accompagner notre batterie de cuisines collectives et individuelles, et vogue la galère, Jason entraînera ses Argonautes pour de nouvelles aventures.

 

Il fallut accepter la terrible concurrence d'une troupe professionnelle de percussions. Le petit peuple peut s'amuser mais il a besoin qu'on le prenne par la main et qu'on lui mâche le travail. Nous étions un peu ridicules avec nos instruments sortis plus sûrement d'une déchetterie que d'un conservatoire.

Ceux-là avaient le mérite de ne pas trahir le tempo même s'ils empruntaient parfois des lignes mélodiques à vous emberlificoter. D'autres réussirent parfois à anéantir quatre studieuses répétitions. Le pétanqueur local est toujours prompt à l'animation. Le plus sage s'était équipé d'une guitare dépourvue de cordes, évitant fausses notes et coups tordus. Les moins discrets avaient le tambour en bandoulière. Mais le rythme est un cousin beaucoup plus lointain que le Pastis pour celui qui taquine habituellement le cochonnet.

 


Nous fîmes contre mauvaise fortune, bon et grand chœur, plus bruyant que mélodieux, plus arythmique que coordonné. À ce petit jeu, la tachycardie nous guettait à chaque coin de rue. Nous résistâmes aux difficultés diverses et réussîmes même à contraindre les Fangio du bouchon et du tambour réunis, à bien plus de modération.

Nous eûmes ce bonheur fou, malgré la pluie, de trouver un quartier où toutes les familles étaient dehors. Ce que seul le marché réussit à faire chaque vendredi matin, le Carnaval le fit encore plus spectaculairement. Enfants et parents, bébés et grand-mères, amis et voisins avaient préféré la rue à la fenêtre, le sourire à l'indifférence, le bonheur à cette désespérance qui leur colle souvent aux basques. Un monde cosmopolite et en harmonie. Un rêve, un instant de magie !

Chapeau monsieur Carnaval. Même en plein Carême, vous redonnez des couleurs  à la vie !

Percussionnement vôtre.

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