Partager l'article ! Carte postale Suisse: Clichés sur les alpages … ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
Clichés sur les alpages …
Un train à crémaillère vint nous conduire au pied de l'aventure randonneuse. Nul besoin, en ce pays si sage d'automobile, la prévoyance ou le conservatisme ont permis de ne point mettre au rebut les vieilles solutions du temps jadis quand le rail allait à une allure tranquille. La Suisse n'a pas condamné son réseau intérieur sur l'autel des contraintes économiques et du désir de rentabilité immédiate. Nous avançons dans un décor de rêve sans apporter notre part de CO2, que du bonheur !
Les circuits sont balisés, fléchés, entretenus. Les panneaux s'ajoutent aux signes cabalistiques sans crainte de la redondance. L'égarement n'est pas de mise en ces lieux. Seule la vache allaitante peut provoquer quelque émoi chez le citadin explorateur de contrées par lui inconnue. Il y a foule qui déambule : chamarrée, hétéroclite, polyglotte, sympathique, … La marche fait des adeptes dans toutes les couches d'une société debout.
La vache est la maîtresse des alpages. Elle nous le fait savoir par le tintement de ses clochettes. C'est elle qui travaille à l'entretien des prochaines pistes et les touristes lui doivent respect et considération. Quelques traces fraîches valent bien les immenses services qu'elle rend. Ceux qui font le nez à ce menu désagrément trouveront bien un golf aseptisé un peu plus bas pour jouir d'une nature recomposée aux besoins des hommes.
Première surprise, de taille celle-ci, point de représentante de la race bovine à la robe violette. Nous aurait-on menti à longueur de publicité ? Je m'enquiers de la chose, une charmante fermière d'altitude renvoie l'image aux voisins autrichiens. Ici la bête à corne est brune, grise, blanche ou noire. Les laitières se font rares (nous y reviendront) au profit des races à viande qui demandent bien moins de présence.
Ce qui surprend l'estivant français, c'est le respect de la nature et l'amour de leur pays qui habitent tous les citoyens de cet état fier et indépendant. Le drapeau flotte au vent de chaque chalet, les oriflammes des cantons décorent les façades. L'ordre, la propreté, l'esthétisme sont élevés ici au rang d'institution nationale. Le papier gras n'a pas sa place dans le décor … Les chalets sont tous habillés de cuivre : faitage, gouttière, cheminée. Pas de folie cleptomane pour revendre au prix fort le précieux métal. Le respect de la propriété se passe également de clôture.
Sur les chemins, les langues se mêlent, s'entre-mêlent. Cela n'empêche pourtant pas quelques mots gentils en français pour répondre à notre « Bonjour ». Chacun dispose de suffisamment de vocabulaire dans la langue romane pour répondre à une question des touristes qu'on est d'ailleurs ravi de voir ici (le fait n'est pas si fréquent ). Le multilinguisme est naturel, il ne porte pas en lui les raisons de la scission comme chez nos amis Belges. Il est au contraire le ferment d'une tolérance qu'on perçoit partout et d'une gentillesse qu'on apprécie à chaque pas.
Les vignes poussent à flan de montagne. Le vigneron défie l'équilibre sur des pentes invraisemblables. Des crémaillères, là encore, viennent aider l'homme dans sa labeur. Le vin se fait bon, il profite des efforts considérables des professionnels et des amoureux des cépages locaux. Le Chasselas n'est pas qu'un raisin de table et donne un blanc amusant, rond, fruité, légèrement piquant qui est un vrai plaisir. Les autres vins nous surprennent tout autant. Attention, un pays viticole se réveille !
Seules les étiquettes affolent le pauvre français. Rien ne lui est abordable à moins d'appartenir à cette élite économique qui ne se refuse jamais rien. Nous comprenons ici que notre pays est rentré dans le rang des pays modestes et que nos petits salaires hexagonaux ne nous permettent pas de rivaliser. J'apprends qu'un instituteur débute ici à 4 000 francs suisses. Les classes moyennes sont encore respectées ce qui n'est plus le cas chez nous depuis bien longtemps.
L'Euro est une fiction, le touriste se réveille avec la certitude qu'on l'a berné. Il déplore la modestie de ses moyens. Il se dépêchera de rentrer dans son pays qu'une la presse Helvète fort cher (10 CHF) raille à longueur de colonnes. Elle se gausse surtout d'un petit homme qui chez nous est encensé par une presse servile. Les gens sont si mesquins !
Touristiquement vôtre.
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