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Ma Fille Liger

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La Fille Ligère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

A sa naissance on lui fit

Un berceau d'une gerbe de joncs

Elle aurait grandi au Puy

Avant de rejoindre des garçons

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Ils étaient tous marins

Cœurs gros et mœurs légères

Ils suivirent son chemin

Jusqu'à sa tribu Liger

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

En été elle se prélasse

Alanguie, elle prend tout son temps

C'est sans fin qu'elle rêvasse

S'endormant le long de ses bancs

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Et en automne, elle forcit

Elle redevient fréquentable

Mais si elle reste dans son lit

C'est pour se faire plus aimable

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Et en hiver elle s'emporte

En roulant sa colère

Tout en se faisant plus accorte

À tous les marins en galère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

C'est au printemps elle se lâche

Débordant de toutes parts

C'est alors qu'elle se fâche

Et nous refuse le départ

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Elle n'est jamais aussi belle

Qu'en notre soleil levant

Lorsque la brume l'éveille

À ses petits matins naissants.

 

 

C'est une Loire volage

Qui roucoule dans son lit

C'est un fleuve visage

Qui coule sans soucis.

 

 

Ligèrement vôtre

IGP6422

Lundi 18 juillet 2011 1 18 /07 /Juil /2011 06:46
- Publié dans : Des Carnutes aux Cathares - Communauté : Le grand n'importe quoi !

Ma Loire embastillée !

Je laissai Yvolina en ce petit matin. Je filai à l'anglaise pour ne pas déranger Christiane et José que je savais fatigués. Il pleuvait depuis le milieu de la nuit. Je partis le ventre vide, espérant trouver un bar ou une boulangerie sur ma route. J'empruntai la levée de la Loire, le chemin de halage qui ici, retrouvait droit de berge.

 


 

La pluie se mit à tomber plus drue et pour la première fois du parcours, je dus enfiler ma cape. Je ne parvins pas à la mettre convenablement, je devais avoir l'allure d'un épouvantail sur la route. Il me fallut le secours de Jean, 74 ans (les retraités se lèvent tôt pour croire longtemps encore que l'avenir leur appartient ). Il sortit malgré le mauvais temps et ne se fit pas prier pour donner un coup de main afin que j'ai silhouette moins grotesque.

 


 

Jean eut un voile dans les yeux. Ma cape est militaire. L'expérience de l'an dernier m'a fait comprendre que celles que l'on trouve dans les grands magasins franchisés, spécialistes du Sport, ne valent pas tripette quand le ciel se fâche. Il me dit spontanément qu'il avait passé, perdu, enseveli vingt quatre mois de son existence à la guerre d'Algérie et que jamais, il ne se défaisait des images terribles qui défilaient dans sa tête. Éva Joly a sans doute raison, laissons les parades guerrières en dehors de nos fêtes !

 


 

Je repris la route et d'un bon pas, je ne tardai pas à me retrouver au pied du mur. Je n'ai pas le coup de main du maçon, encore moins l'envie de voir ma Loire embastillée. Je redoutais cet instant, il se confirma qu'il me laissa une étrange sensation. En aval, une Loire exsangue, misérable mais vivante. En amont, un lac majestueux certes, mais si commun à tous ses semblables, immenses étendues pleines de trop de retenue !

 


 

Je découvris par la même occasion mes premiers dénivelés. Pour un coup d'essai, ce fut un coup de maître. Du pied du barrage au panorama du Belvédère, la pente fut rude ; le ventre vide et le sac sur le dos. J'arrivai affamé, mouillé et encapuchonné dans un estaminet qui affichait sur sa devanture : «  Vous recevoir est un plaisir ! ». J'ouvris la porte et trouvai quatre personnes attablées devant un somptueux petit déjeuner.

 


 

Ils me refusèrent le droit de commander un repas. La chose n'était pas prévue dans la définition de leur cahier des charges. Dame Edith, fort aimable, reine de la cuisse de grenouille, ne voulait pas en démordre : «  Vous n'avez qu'à aller plus loin. Circulez, vous ne mangerez rien ici, le matin ! ». Je ne me fis pas prier et je fuis bien vite ce lieu dépourvu d'humanité. Si vous passez par là, je vous en prie, évitez le restaurant du Belvédère. Ces gens n'ont pas de cœur !

 


 

Vous n'aurez qu'à vous arrêter deux kilomètres plus loin au Domanial. Si vous dites que vous venez de la part du marcheur d'Orléans, je ne doute pas que Jo-Robert vous offre l'apéritif. L'accueil fut chaleureux, amical, merveilleux. On me servit assiette de charcuterie, pomme de terre et œuf pour redonner vigueur et courage à celui qui avait essuyé ce qu'il considéra être un affront fait à la profession culinaire.

 


 

Colette, la soubrette aux yeux noisettes m'apprit avec grand plaisir qu'elle était allée à l'École des Cordiers lorsqu'elle était enfant, là même où mes enfants firent leurs premiers pas scolaires. D'une famille de cinq filles, elle avait vécu à deux pas de chez moi. Je sais, le monde donne parfois l'impression de n'être pas grand mais mettez-vous à la marche et vous verrez que c'est inexact !

 


 

Jo-Robert le patron vint trinquer avec moi. J'eus droit à un petit verre de Côte du Rhône, excellent pour le moral. Il me narra l'histoire de son grand-père polonais qui, pour fuir la misère, vint travailler à la mine à Saint-Étienne. Bien vite, le polonais trouva française à son goût. Pour sortir du tunnel, il ouvrit guinguette pour faire le monde danser. C'est là que Raymond, le père de mon conteur, tournait la manivelle du limonaire toute la durée du bal des mal-mariés.

 


 

Je pense que la gouaille de Jo-Robert est un héritage de cette époque. L'homme se mettrait en quatre pour rendre service. L'aventure du petit déjeuner refusé par ses collègues (méritent-ils ce substantif ?) l'avait mis en rogne. J'aurais bien posé mon baluchon en cet endroit mais je n'avais marché que trois heures … Je fis encore la connaissance de Brigitte, l'épouse du tavernier chaleureux et de Jacky, qui refera son apparition plus tard. Je repris la route le ventre plein et le cœur un peu gros de laisser des gens aussi hospitaliers.

 


 

La route n'en finissait pas de monter, la pluie de descendre et la Loire de se prendre pour un grand lac des montagnes. J'étais parti depuis une petite heure quand Jacky refit son apparition. « Il pleut, tu ne vas pas continuer à te mouiller comme ça. Monte ! ». L'invite tenait lieu d'injonction, l'homme voulait rendre service. Il me conduisit dans un petit troquet à l'ancienne. Tout le monde s'y serrait la main, quatre anciens étaient attablés, le verre de blanc devant eux. Il ne manquait que les cartes et le tapis de belote. Ils étaient vraiment placés pour le jeu.

 


 

Puis Jacky décréta qu'il allait me poser plus loin dans un village où je trouverais un hôtel. Il me raconta sa vie, qui mérite un billet. Nous nous arrêtâmes pour lui permettre d'achever son histoire. L'homme est généreux, le tutoiement facile, la cœur sur la main et l'expression étrange pour attester de la chose: «  T'as qu'à voir, ça me coute un bras ! Mais je m'en fiche ! ».

 


 

C'est à Balbigny qu'il me posa, me dérobant ainsi une dizaine de kilomètres. Que le Dieu des marcheurs me les pardonne. C'est un peu plus loin que je fis halte à la ferme du Tilleul. Mais ceci sera aussi une autre histoire …

 


 

Contrastement vôtre.

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