Partager l'article ! Ce n'est pas tous les jours Fête !: La chaîne au pied. Il est bien tôt en ce petit matin d'après r ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
La chaîne au pied.
Il est bien tôt en ce petit matin d'après réveillon. La maison est vide, les convives restés ici par prudence dorment du sommeil du juste. La nuit fut courte
surtout pour Daniel qui est parti aux mâtines en son étable. Ses cinquante vaches allaitantes ne tolèrent ni jour chômé ni repos dominical. Elles ne supportent pas le congé maladie non plus.
La chaîne qui entrave leurs cous est au pied de celui qui chaque jour que Dieu fait ,se lève pour nourrir, appailler, soigner, surveiller, libérer les veaux et
apporter ce savoir faire qui lui vaut un label : « Veau sous la mère ».
Daniel aime son métier, il l'a choisi pour rester en ce pays qui l'a vu grandir, ce pays où l'agriculture reste une force vive d'un département qui ne veut pas de
cette désertification qui gagne tant d'autres régions de notre pays. Vivre sur le plateau du Ségala c'est faire un pacte avec le froid, la neige, le sol acide, les pâturages en pente,
l'incertitude des prix et les vicissitudes des organismes de contrôle.
Il se croit maître en son exploitation, il n'est que le valet de ferme de quelques administrateurs de Bruxelles qui imposent, décident, réglementent, taxent,
interdisent, récompensent selon des critères qui échappent souvent à la logique ou à la clarté. Il faut faire avec, les bêtes ne tolèrent ni mouvement d'humeur ni grève sur le tas de
fumier.
Daniel en cette nouvelle année compte comme tous les français de nos âges les jours qui lui restent à faire avant la retraite. S'il est encore jeune pour ce calcul
c'est qu'il voit autour de lui des plus chanceux qui profitent de statuts particuliers ou de conditions favorables pour échapper au triste quotidien du travail imposé.
Daniel enrage mais il remonte sur son tracteur. Daniel maudit celui qui a éloigné cette douce perspective et compte les jours : 6 578 fois encore, il va retourner à
l'étable, faire matin et soir les mêmes gestes, seul dans la pénombre avec des bêtes à corne pour uniques compagnes de labeur.
Au début, il disait que chaque fois, c'était différent, qu'il y avait un détail qui changeait, qu'il fallait trouver une astuce différente ou observer plus
attentivement telle ou telle bête.
Aujourd'hui la monotonie le guette, il rêve de grands espaces, de la possibilité de ne pas se lever tous les matins sans exception à six-heures trente. Il doit
passer ce cap délicat, assumer l'injustice qui est la règle commune dans notre pays. Il devrait le savoir lui qui s'honore d'appartenir à la Confédération Paysanne quand il est bien plus facile
d'être un mouton suiveur de la terrible FNSEA. Il n'est pas dupe que les aides, les primes, les avantages vont toujours aux riches céréaliers des plaines fertiles et que les éleveurs des zones
plus ingrates sont souvent les dindons de la farce de la politique agricole.
Cela il le sait mais il ne parvient pas à convaincre ses voisins qui par tradition se laissent gouverner contre leurs intérêts. C'est bien partout la même chose
constate Daniel qui ne se fait pas non plus d'illusions sur la politique nationale. Alors, il enfile son bleu, remet ses bottes et va veiller sur ses bêtes, voir grandir des veaux qui donneront
une viande si bonne et que je vous incite à préférer si vous manger encore un peu de protéines animales aux produits douteux et lointains que nous impose une mondialisation absurde et
néfaste.
Le combat de la qualité et du local lui redonne de l'énergie. Il retrousse sa cotte, empoigne la fourche qu'il a parfois brandi de colère et se bat avec une
nouvelle énergie pour les 6 577 navettes à l'étable qui lui reste à faire. En attendant, il revient un peu las et je partage avec lui un petit café équitable en lui livrant le maigre fruit de mon
labeur.
Inlassablement vôtre.
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