Partager l'article ! Ces couleurs qui ne se mêlent pas.: À ces marcheurs opiniâtres ... D'aussi longtemps qu'il m'en so ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
À ces marcheurs opiniâtres ...
D'aussi longtemps qu'il m'en souvienne, je n'ai jamais goûté ces longs serpents bigarrés qui déambulent dans les rues de nos villes au rythme de phrases toutes faites, à la
poésie douteuse et à la scansion si peu mélodieuse.
Mon vieux fonds de misanthropie, s'il me permet de coucher quelques billets acides, m'interdit de naviguer à mon aise dans une foule qui revendique une colère légitime que je
partage mais que j'exprime différemment.
En ce premier mai d'exaspération, j'ai souhaité mettre mes actes en conformité avec mes écrits et me suis approché de cette place de Loire où se rassemblaient toutes les
composantes de notre colère locale.

L'attente me fut agréable ; conversations amicales, poignées de main chaleureuses, saluts discrets d'une connivence qui fait du bien, petit brin de muguet et tract intégré.
Puis, la partie clanique repris le dessus. Les drapeaux se déroulaient et se rassemblaient dans un souci de cohérence chromatique. L'entre-soi est une règle qu'il faut respecter par les
truchements de ces couleurs identificatrices.
Le rouge se distingue plus que partout ailleurs. Il se décline dans toutes ses composantes plurielles. Il se pare de sigles ou de symboles forts qui se suffisent à eux-mêmes.
Il se joue des différentes nuances de la palette et s'essaie aussi à l'orange. Le bleu fait un peu tache. Une recherche d'originalité qui marque une indépendance de vue. Les drapeaux semblent
plus récents … Une minuscule tache verte atteste qu'une idée qui fait son chemin n'emprunte pas nécessairement le chemin du défilé classique.

L'oriflamme vole au vent de Galerne. À Cenabum on n'aime rien autant que brandir l'étendard : un atavisme local que je ne partagerai jamais. Même dans un stade, cet affichage
des couleurs m'insupporte. Tout ce petit monde s'organise sous la sympathique onction des forces de l'ordre républicain.
Le cortège s'ébroue, les incontournables sonos se règlent et déversent déjà des décibels qui compenseront les absents qu'on ne compte plus. Les couleurs s'avancent en paquets
homogènes. Elles prennent soin de maintenir un espace de sureté entre elles avec des banderoles : parapets idéologiques. Il faut se garder de cette unité qui diluerait les différences !

Le P.S., certain que prochainement tout ce petit monde finira par le rejoindre pour porter l'estocade finale, ferme la marche. Il démontre une curieuse conception du
rapprochement !
Les animateurs patentés sortent leurs fiches pour entamer la danse des microphones. Les slogans du jour sont scandés sur des rythmes peu différents de ceux de nos stades. Ce
« Tous Ensemble – Tous Ensemble ! » pourrait parfaitement venir d'une association dissoute.

Le serpent est parti à un train de déambulateur. Je n'ai pu me résoudre à partager sa lente reptation urbaine. Je n'ai pas de couleurs à brandir ni l'envie de répéter quelques
stances si maladroites dans la forme. C'est trop sage, c'est trop policé, c'est trop organisé. C'est sans doute anachronique ; je ne vois pas beaucoup de jeunes dans cette manifestation
rituelle.
La foule demeure une barrière infranchissable, je m'en retourne à mon clavier déverser ma bile et mon amertume de ne pas me reconnaître dans cette forme de contestation
pourtant si utile à en croire ceux que j'ai croisés. Il faudrait pourtant que ce monde change au plus vite !
Agoraphobiquement vôtre
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