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Le monde selon C'est Nabum

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Ma Fille Liger

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La Fille Ligère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

A sa naissance on lui fit

Un berceau d'une gerbe de joncs

Elle aurait grandi au Puy

Avant de rejoindre des garçons

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Ils étaient tous marins

Cœurs gros et mœurs légères

Ils suivirent son chemin

Jusqu'à sa tribu Liger

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

En été elle se prélasse

Alanguie, elle prend tout son temps

C'est sans fin qu'elle rêvasse

S'endormant le long de ses bancs

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Et en automne, elle forcit

Elle redevient fréquentable

Mais si elle reste dans son lit

C'est pour se faire plus aimable

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Et en hiver elle s'emporte

En roulant sa colère

Tout en se faisant plus accorte

À tous les marins en galère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

C'est au printemps elle se lâche

Débordant de toutes parts

C'est alors qu'elle se fâche

Et nous refuse le départ

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Elle n'est jamais aussi belle

Qu'en notre soleil levant

Lorsque la brume l'éveille

À ses petits matins naissants.

 

 

C'est une Loire volage

Qui roucoule dans son lit

C'est un fleuve visage

Qui coule sans soucis.

 

 

Ligèrement vôtre

IGP6422

Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 06:53
- Publié dans : A la lumière d'une chandelle.

De notre envoyé spécial on zone mal embouchée ...

 

 

Je vous écris d'un lieu où j'ai été envoyé en mission. Je partage le quotidien de quelques autres membres d'une force spéciale, abandonnée de ses chefs, oubliée du monde, méprisée et démunie. Le terrain sur lequel nous exerçons ce combat d'arrière garde pour la défense des valeurs d'une civilisation qui semble renoncer à elle-même, est tout proche de chez vous. Pourtant, par surdité ou aveuglement, vous n'entendez pas le drame qui hourde tranquillement dans l'indifférence générale.

 

Cette zone de conflit ordinaire se nomme collège. Chaque jour, des combats violents s'y déroulent. Sans causes ni raisons, les belligérants s'opposent et s'affrontent à coups d'invectives, d'injures et de jurons. Les mots tuent lentement, les mots blessent toujours. Les mots n'ont plus l'usage qu'en firent autrefois des humains qui se pensaient civilisés.

 

Ici, à tout propos, à tout instant (ou peu s'en faut) une rafale ou un tir isolé surprend le gardien de la langue. Ne cherchez pas de prétexte, souvent le tir est spontané, irréfléchi, naturel. C'est une nouvelle manière de ponctuer son propos, une tournure agréable du discours, un petit enjolivement personnel.

 

« Fils de pute » est le missile préféré de ces snipers du vocabulaire. Point n'est besoin de contrariété ou de colère pour sortir ce charmant point d'exclamation qui ponctue la plupart de leurs commentaires. L'intonation n'est pas équivoque, on devine la volonté d'apostropher, de convaincre l'auditeur. C'est la forme la plus banale de la courtoisie du moment.

 

« Je m'en bats les couilles » connait un formidable succès qui dépasse de très loin le cadre strictement sexué de la formule. Indifféremment garçons et filles nous gratifient de cette délicate remarque pour montrer leur dédain quand les forces de l'ordre langagier cherche à corriger leurs dérapages. Ne pas s'en offusquer est la manière de ne pas déclencher un nouveau tir de barrage, plus violent cette fois.

 

« Sale mytho ! » est une riposte habituelle, délicate et brève. Elle atteste d'une connaissance parfaite du vocabulaire psychiatrique. Nous sommes au cœur du rituel sans conviction. Un tic  de langage, une virgule qu'ils glissent devant toute remarque corrective. Celui-ci a le mérite de s'adresser directement à sa cible quand le « Il est ouf ! » préfère la cantonade.

 

Les pauvres soldats de la langue martyrisée subissent chaque jour ces agressions qu'il n'est plus possible de qualifier d'injures. D'ailleurs au commissariat, si par extraordinaire, un adulte allait se plaindre, ce n'est qu'une main courante qu'on accepterait de lui faire. Il en faut bien plus pour obtenir la qualification d'injure faite à personne ayant autorité.

 

Je vous dispense d'autres horreurs qui parsèment la langue fleurie de nos chers bambins. Pas une minute (ne pensez pas qu'il ne s'agit ici que d'une formule de style où ne tombe une formule imagée, une métaphore immonde, un propos fangeux. De leurs bouches, les mots sales et puants sortent bien plus souvent que les phrases ciselées.

 

Ils ne font plus aucune distinction entre le grossier et le normal, le vulgaire et le convenable, l'injure et le propos acceptable. Ils sont nourris de ce flot de mots qui puent, qui viennent des entrailles d'une société qui ne maîtrise plus ses sphincters. C'est le quotidien de nos collèges, de nos rues et d'une partie de notre jeunesse.

 

J'aimerai entendre nos candidats évoquer ce drame, proposer des résolutions collectives pour endiguer le fléau. Les jeunes ne peuvent se construire en usant en permanence d'un langage excrémentiel. Si les fleurs peuvent pousser dans le fumier, rien de bon ne sortira de celui-ci, je puis vous l'assurer. Penchons-nous enfin sur ce drame que beaucoup d'entre vous feignent de ne point savoir. Nous en sommes tous responsables !

 

Langage-excrémentiellement leur.

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