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Ma Fille Liger

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La Fille Ligère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

A sa naissance on lui fit

Un berceau d'une gerbe de joncs

Elle aurait grandi au Puy

Avant de rejoindre des garçons

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Ils étaient tous marins

Cœurs gros et mœurs légères

Ils suivirent son chemin

Jusqu'à sa tribu Liger

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

En été elle se prélasse

Alanguie, elle prend tout son temps

C'est sans fin qu'elle rêvasse

S'endormant le long de ses bancs

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Et en automne, elle forcit

Elle redevient fréquentable

Mais si elle reste dans son lit

C'est pour se faire plus aimable

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Et en hiver elle s'emporte

En roulant sa colère

Tout en se faisant plus accorte

À tous les marins en galère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

C'est au printemps elle se lâche

Débordant de toutes parts

C'est alors qu'elle se fâche

Et nous refuse le départ

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Elle n'est jamais aussi belle

Qu'en notre soleil levant

Lorsque la brume l'éveille

À ses petits matins naissants.

 

 

C'est une Loire volage

Qui roucoule dans son lit

C'est un fleuve visage

Qui coule sans soucis.

 

 

Ligèrement vôtre

IGP6422

Mercredi 15 juin 2011 3 15 /06 /Juin /2011 06:24
- Publié dans : Fable - Communauté : Secrets d'école

Dernière marche avant l'échafaud.




Elle est arrivée toute penaude avec son père et sa mère. Ses parents sont désolés de se retrouver là, ils viennent de comprendre depuis peu que leur gentille petite fille a grandi, a pris un mauvais virage sans qu'ils s'en rendent compte. Ils ne sont pourtant pas trop inquiets, une conversation téléphonique les avait rassérénés, il s'agit de faire le point, de comprendre et de repartir d'un meilleur pied !

Madame aborde franchement les choses, ne biaise pas, elle reconnaît que sa fille est sortie du cadre sans qu'elle s'en soit rendu compte. C'est la convocation à cette réunion qui a déclenché la prise de conscience, un début de dialogue par le truchement d'une grande sœur. Monsieur avoue que le dialogue est rompu, que sa fille se réfugie dans sa chambre, son mutisme et ses maudits appareils qui ne donnent plus de place à la vie de famille : l'ordinateur et le téléphone.

Les échanges sont courtois, les professeurs disent leur surprise de la métamorphose de l'élève si gentille en une méchante petite peste qui fait souffrir une ancienne camarade et une professeur qu'elle appréciait l'an passé. Chacun leur tour, sans animosité, ils révèlent à la famille ébahie, les tourments que leur fille a fait subir à celle qui est trop grande et un peu forte. On ne se pardonne rien à cet âge et quand le coup de vipère vient d'une ancienne camarade, la douleur est insupportable. 

C'est qu'une autre a pris la place, une nouvelle arrivée, une plus à l'aise, un peu plus délurée. Il faut lui complaire, rentrer dans son jeu, s'en faire apprécier au prix de mots qui brûlent, de mots qui blessent. Petit à petit, insidieusement le pli est pris, les moqueries, les vilains surnoms, les rires destructeurs, les messes basses qui vous mettent les nerfs en pelote.

Tout cela a failli tourner mal. Les adultes ne peuvent pas tout voir. Ils percevaient un malaise diffus, ils voyaient une jeune fille s'isoler, s'enfoncer, dépérir mais sans rien vouloir céder. Plusieurs entretiens avec une mère inquiète devant l'enfermement mental de sa file ne permirent pas de tirer l'écheveau des liens entre les camarades. C'est un dessin assassin, un graffiti qui veut faire mal qui servit de détonateur et de révélateur.

Une pièce à conviction, les langues qui se délient, le mécanisme mis à jour, la lumière qui se fait et les mots enfin pour dire la gravité. Une mère qui accepte de poser une main courante pour donner le poids de la faute, les élèves comprennent enfin vers quoi leur petit jeu maléfique allait conduire leur coreligionnaire.

Mais comprendre n'est pas apprendre. Il faut du temps et se brûler encore avant que de se rendre à la sagesse. Toujours pour satisfaire la nouvelle amie, pour lui donner des preuves de sa nouvelle capacité à transgresser, une algarade devient rixe entre filles. Les coups pleuvent, une plus jeune est blessée et une nouvelle famille s'indigne.

La coupe est pleine, la trop gentille a maintenant le masque de la méchante. Il faut affirmer que la ligne jaune est franchie, que la prochaine incartade provoquera la sortie de route. La commission de vie scolaire est le dernier espace de dialogue avant le fameux conseil de discipline. C'est l'instant que nous vivons, c'est l'ultime main tendue avant que les dos se tournent pour toujours dans cet établissement scolaire.

Nous espérons tous qu'elle aura compris. Que ses paroles d'excuses, ses engagements et ses regrets seront sincères. Monsieur se confond en excuses, il fait le tour de chaque participant pour renouveler son acte de contrition. Madame semble plus sereine et rassurée, elle veut faire confiance aux uns et à sa fille. Celle-ci reste le front buté, on la devine encore mélangée, il faut que la raison fasse son chemin. J'espère que nous n'avons pas perdu notre soirée même si elle était purement gratuite.

Rédempteurement vôtre
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