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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Conduite attristée.

Le chauffeur soutier.
À Patricia, reine de tous les transports...


    Une équipe de Rugby confie son destin une fois sur deux à un tiers que l'on charge de mener à bon port une bande sauvage et dépravée. Le sieur reçoit cette délicate mission comme une sanction décrétée par son patron en remerciement de ses bons et loyaux services.

    À son arrivée sur le tarmac local, on devine que notre homme (on confie rarement cette responsabilité à une femme dans nos compagnies autoroutières et c'est une erreur notoire ) fait grise mine. Il n'apprécie pas la corvée du jour, c'est une évidence !
    D'abord, il faut ouvrir toutes les soutes. C'est qu'ils en ont du bazar à transporter ces gugus. Des sacs aux formes les plus douteuses, des glacières, des pharmacie, des bouteilles de toutes natures, des maillots, des ballons et des plateaux repas. C'est plein à craquer, c'est mal rangé et ça va revenir plein de terre et de boue.

    Puis il faut, dès le départ subir les caprices de ces petits messieurs. Retard à l'allumage, guerre permanente aux fumeurs irrespectueux, bataille perdue d'avance pour les ceintures et les déplacements en cours de route. Un chargement rebelle, braillard, vulgaire et impécunieux.

    Le voyage aller est la formalité la moins pénible de la journée si ce n'était la fin du parcours. Jamais ils ne viennent avec un plan précis, une adresse correcte. Le chauffeur devra tourner dans des banlieues tristes à la recherche d'un terrain de Rugby qu'aucun habitant ne peut indiquer. Il est vrai qu'un chauffeur motivé eut préparé son itinéraire avec le professionnalisme qui sied à cette corporation lorsqu'elle transporte un groupe de troisième âge si prompt à donner la pièce !
    Ici, rien de tout ça. Ils beuglent mais restent bourse liée. Rien à espérer de ces lascars qui vont tout laisser à la buvette. Parlons-en d'ailleurs de ce lieu maudit où le temps s'arrête. Déjà qu'il a fallu passer l'après-midi à regarder ces brutes épaisses et maladroites s'époumoner après un ballon qui n'est pas même rond. Puis il faut les attendre alors qu'ils s'abreuvent plus longuement que le chameau qui reconstitue ses réserves …

    Et quand enfin, ils daignent répondre favorablement aux innombrables coups de klaxon coléreux, ils arrivent les uns après les autres dans un état qui menace gravement celui de la moquette et la quiétude du retour. Jamais ce voyage ne peut se faire d'une traite. Leurs vessies ne se prennent jamais pour des citernes. Toutes les demi-heures, une rangée d'homme debout, dos à la route, braguettes ouvertes, abandonnent à la terre ce que la bière leur avait confié.
    Entre deux arrêts, ils chantent, pardon ils beuglent comme des veaux comme conduit à l'abattoir. Je n'ai jamais entendu de veaux agonisants mais je les espère plus mélodieux que ces abrutis par les coups (ceux qu'ils ont pris et ceux qu'ils ont bus !).

    Quand on les dépose enfin, ils mettent un temps infini à sortir leurs carcasses (de boucherie ) d'un habitacle qui tient alors plus de la décharge publique que d'un moyen de transport moderne, collectif et  salubre. Il faudra alors des heures à manier l'aspirateur, la chiffonnette et parfois la serpillière pour redonner aspect humain à l'autocar qui reprendra du service au petit matin en compagnie d'hommes ordinaires et transportables.

    Ainsi pensent beaucoup de nos rois du volant, ces archanges de l'échangeur, ces princes des ronds points, ces virtuoses du demi-tour et de la marche à recule. Ils sont aimables du bout au fond et s'étonnent d'une réciproque qui n'est que justice immanente.
    Heureusement, des clubs font souvent le choix d'un chauffeur unique qui comprend alors beaucoup mieux le fonctionnement de cette grande communauté, un peu rustre d'apparence mais si tendre quand on la prend dans le sens du poil.

    Autocarcollectivement vôtre.

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