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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Confession affligeante !

Indigestion et déraison.




La dernière ligne droite de l'année tient bien davantage de la courbe à vrai dire. Tout est prétexte à cholestérol et seule la balance se réjouit de cette avalanche de kilocalories. De la boîte de chocolats qui s'offre à votre manque de volonté, à la bouteille qui se débouche pour trinquer aux vacances, à Noël ou à la prochaine année, du foie gras qui s'étale délicatement au vin chaud qui s'avale benoîtement, la mise en bouche ne fait jamais relâche !

Je cède avec une mauvaise conscience de façade à tous les mets et breuvage qui viennent danser sous mes yeux, qui se font bien plus ronds que mon ventre s'aplanit … La bedaine se démène, la ceinture s'aventure et les joues s'empourprent ou se coupent de rose.

De Marché de Noël en pot éponyme, du repas du rugby à l'arbre de nos géants, le coude se lève à tout propos et l'étau se resserre sur mes prochaines analyses médicales. Plus les voyants passent au rouge, plus je me laisse aller au verre. Enfer et damnation du gourmand, les fêtes de fin d'années auraient-elles un parfum damné ?

Je supporte avec courage ce chemin de foie. Le gras me double, le vin m'attache, l'huître me perle aux lèvres et la bûche m'enflamme. J'avale, j'enfourne, j'ingurgite, je bâfre, j'entasse avec une régularité de maître hors norme. Je joue carte de crédit sur table avec ma santé, mon cœur et ma mauvaise conscience.

Ailleurs, d'autres assistent à cette profusion indécente avec un ventre éternellement creux. Qu'importe, l'injonction sociétale s'impose à nous. Par solidarité avec le martyre du canard gavé, je revendique ma part de cirrhose. Il y a sans doute des causes plus nobles pour l'humanité souffrante mais l'estomac à ses raisons que la raison ignore.

Maître queux, la cuisine devient alors mon instrument de torture. Je mijote à petit feu ce supplice qui me fait frémir de plaisir. Un doigt de perversion, une rasade de sadisme, c'est derrière les fourneaux que je pactise avec le diable. Dans un marché de dupe, je lui ai vendu mon appareil digestif, je n'avais plus d'âme en rayon !

Je deviens moi-même la dinde truffée de marrons. Je pousse l'indigestion à me faire presque chapon, préférant la table aux plaisirs sensuels. Quand je veux détrousser une belle poulette, c'est le four le plus complet, la panne méritée, le bide intégral ! Je suis puni par où j'ai péché …

Maux de tête, maux de ventre, je vis un calvaire. J'en redemande pourtant dès que la plus petite occasion fait le lardon. L'hiver vaut bien quelques graisses, je stocke avec méticulosité cette couche protectrice qui me garantira de tout sauf des mots de cœur.

Gargantua sur ma table de déjeuner, Pantagruel est mon compagnon. Je cède à toutes les sollicitations, je trinque à toutes occasions, j'ose toutes les dégustations, je réponds à la moindre invitation. Je suis le convive idéal, le gourmet intégral, l'hôte agréable. La bouche pleine, je ne dis du mal de personne !

Quinze jour sacrifiés au Dieu bombance. J'abandonne la polémique, le préfère la barrique, je délaisse la pamphlet, je me donne au soufflet, je laisse ce billet, je file à mon civet.

Si vous avez un coin de table vide, une chaise un peu solide, beaucoup de patience et du bon vin, n'hésitez pas, faites moi signe ! Je vous dégagerai de toute responsabilité si ce dernier repas sonne l'heure de mon trépas !

Pantagruéliquement vôtre

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