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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Coup de projecteur sur le spectacle (sur) vivant.

Loin du tube cathodique.

    Il y a des soirs de grand bonheur que seul le spectacle vivant peut offrir à ces étranges citoyens qui refusent d'offrir des espaces de leur si précieux cerveau aux marchands de soupe de notre société médiatique.

    Sur la scène, point d'animateurs obséquieux, d'étoiles imaginaires en tournée de promotion, de personnes célèbres vues à la télévision, de femmes vitrines presque dévêtues pour attirer l'œil et réveiller des consciences nécessairement libidineuses. Non point de cette vacuité que nous servent toutes nos chaînes de télévision à un public captif qui s'emmerde devant tant de conneries …
    Ceux qui ont encore l'envie de sortir, d'entrer dans les salles de spectacle vivant, se moquent des blondes de platine, dédaignent les vers de pacotilles, ignorent ces spectacles infantiles. Ils vont au hasard d'une programmation de confiance, découvrir des artistes, des vrais, des gens pleins de ce talent qui ne se fabrique pas à partir d'une plastique plantureuse.

    En Orléans, l'association ABCD défend la chanson française de qualité, cette espèce en voie de disparition programmée, ce terreau de la contestation, ce ferment de l'ultra gauche ou des anarcho-syndicalistes, ce générateur de réflexion malsaine.

    Ce soir-là, la salle des arts et de la musique, un nom à faire fuir le public cible de Coca-Cola, proposait deux spectacles de qualité. Boris Vian était à l'honneur en première partie. Ses chansons rares, ses aphorismes désopilants, ses réflexions acerbes étaient joués, chantés, magnifiés par un quatuor local à l'immense talent. Puis un chanteur Belge Andalou au nom imprononçable nous entraîna dans son univers délicat nimbé d'une musique céleste.

    Deux belles dames en rouge, un diablotin rouquin et un pianiste coquin enchantèrent la salle et honorèrent la mémoire du grand Boris. Une création, une confirmation de talents qui ne demanderaient qu'à prendre leur envol plus loin encore.

    La première dame se moque d'elle-même, d'un  talent immense qu'elle semble ne pas prendre au sérieux. Elle joue de la mimique et de la complicité avec le public pour mettre une distance étrange entre le mystère de sa voix et l'humour qui doit l'en préserver. La seconde se fait friponne pour donner un contrepoint à sa camarade. Elle domine son sujet, elle fascine ceux qui deviennent ses sujets captifs. Le clown blanc qui leur offre la réplique feint de ne pas être chanteur. Il se joue du public comme de son organe pour nous bluffer sans y toucher. Le pianiste lunaire, décalé et déplacé ajoute sa virtuosité à la mécanique brillante de ses trois compagnons. Des talents à l'état pur, du bonheur dans la plus grande simplicité de la perfection.
    Zed Van Traumat prend la suite avec la même humilité de ceux qui ne veulent pas afficher leur talent. Sur la pointe de ses pieds nus, cet échassier chanteur va passer la soirée à déployer ses ailes pour nous emporter dans son univers magnifique. Il vole sur des mots qu'il a ciselés, entouré par quatre magiciens d'une musique qui vous envoûte. Le saxophoniste décline un univers parallèle, le guitariste dissimule sa virtuosité derrière une économie de gestes, le batteur a renoncé à la percussion pour enfanter une autre ligne mélodique et le contrebassiste discret joue une partition qui échappe à la rythmique sclérosante de la basse.

    Neuf joyaux du spectacle vivant s'étaient promis d'emmener les spectateurs d'un soir au pays des merveilles. Ici, ce n'est pas derrière le miroir plat et bleuté qu'ils nous ont transporté. De la scène si proche, ils nous ont pris par la main et le cœur pour une multitude de mondes intérieurs, de voyages imaginaires, d'éclats de rire et poésie, de conte de Lewis Carol et Charles Perrault et de tous les autres faiseurs de rêves.

    Pierre et son équipe en sont émus aux larmes, les spectateurs tout autant …

    Miraculeusement vôtre.

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