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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Dans le secret des lieux.

La sortie aux champignons.



S'il est une sortie qui demande discrétion et prudence, chance ou astuce, c'est bien la sortie aux champignons. Il faut tout d'abord bénéficier des circonstances favorables, attendre que la météo soit clémente après un petit arrosage délicat pour humidifier les sous-bois. Ce concours de circonstances n'est pas nécessairement en phase avec votre emploi du temps, vos jours de congés ou vos sacro-saint weekend.


Quand par un chance immense tous les impondérables extérieurs sont réunis, il faut se colter à la complexité de la topologie et du secret des coins. C'est alors que débute le plus grand mystère. Partout dans le pays des gens vont dans les bois, un panier dans la main. Aucun ne vous avouera trouver le précieux cèpe, la merveilleuse girolle, le sublime lactaire délicieux, la renommée trompette de la mort.


Où vont-ils donc tous ces arracheurs de dents qui mentent sans honte sur les raisons de leurs escapades sylvestres ou sur l'issue de celles-ci. Personne ne trouve mais tous se cachent au moment de pénétrer dans le bois, jouent de détours et de feintes pour se garer plus loin. La voiture ne doit pas trahir la mine aux trésors de la mycologie.


Terrible est alors la situation du jovial vacancier qui se lance à la recherche de tuyau pour aller trouver sa pitance dans les bois. Le garde-forestier rit sous cape : « Oui, il y a des champignons en ce moment mais vous savez, ça ne m'intéresse pas ! » Circulez, il n'y a rien à trouver dans notre forêt domaniale.


Il doit se lancer à l'aventure, chercher les indices de la présence des lamelles ou des mousses. Il se munit d'une carte IGN, cherche dans la toponymie quelques pistes laissées par la tradition locale. Il observe les courbes de niveau pour espérer trouver l'Eldorado. En désespoir de cause, il devra aller à l'aveugle dans des bois inconnus, tailler la route et les sentiers, franchir des fossés ou des petits ponts, la tête dans les faitages pour chercher l'essence propice à sa quête.


Ce n'est pas le nez en l'air que l'on fait bonne cueillette, il doit se résigner à fureter au plus près du sol. Il tourne, vire, va où son instinct le mène pour finalement se perdre en conjecture et même en chemin. Il a alors bonne mine, le panier vide et sa boussole interne parfaitement déréglée. Il compte alors sur son ouïe pour retrouver le bruit de la circulation routière, retrouver route et indication.


Si par bonheur il ne s'égare pas, il devra affronter ronces et épines, fossé traitre et zone humide insidieuse. Il est parti à l'aventure, le terme correspond parfaitement à ce qu'il est en train de vivre. Il se tord une cheville, se pique, s'égratigne pour finalement ne jamais cueillir quoi que ce soit. Il se sent humilié mais heureux d'avoir finalement retrouver sa voiture.


Mais le pire est à venir, il rentre dans sa résidence et découvre à deux pas de chez lui, des autochtones radieux sortant de derrière ce petit bois miséreux, des sacs pleins à en être scandaleux, d'autant plus que ces braves gens ne penseront jamais à lui céder une toute petite part de leur formidable butin.


Il va, en désespoir de cause visiter le supermarché du coin. Il hésite un instant au rayon des surgelés devant un paquet de cèpes. Mais sa dignité lui commande de ne point céder à cette facilité. Il change de menu et va payer ses maigres achats à la caisse. Là, c'est le coup de grâce, la caissière lui raconte la passion champignon de son mari, qu'il arpente toutes les forêts du coin en compagnie de son fils mais que jamais, au grand jamais, il n'enseignera un de ces précieux secrets. Décidément, les champignons, ce n'est vraiment par pour lui !


Bredouillement vôtre.

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