Partager l'article ! De l'art de bien Twitter.: La contrainte formelle. Toujours en retard des wagons de ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
La contrainte formelle.
Toujours en retard des wagons de la modernité, j'ai découvert il y a peu le bonheur du petit message concis que j'adresse à la sagacité de mes contemporains branchés. Il parait qu'on le désigne par le doux vocable de « réseau social », bel euphémisme, pour cette pratique plus asociale que fédératrice à laquelle je m'adonne dans le secret d'un pseudonyme protecteur.
Il y a à boire, à manger et plus encore à vomir dans ce média de la pensée contrainte. Le tout côtoie le n'importe quoi, la publicité ou la promotion personnelle y fait florès, chacun s'exprime et les grandes idées se brisent souvent au mur d'une expression formelle très restrictive. Le seuil des 140 caractères impose de condenser au maximum le message et d'offrir au monde médusé le meilleur d'une fragrance épurée.
Le plus souvent hélas, ce sont propos pestilentiels, grossièretés de mal embouchés, propos grivois ou simples messages personnels parfaitement déplacés. La brièveté du contenu entraîne les malotrus vers des sommets de médiocrité quand la quintessence devrait bien au contraire être un Graal à portée de clavier.
J'aime à jouer de cette limite fixée, à jongler avec la phrase, à ciseler les mots, à modifier la syntaxe pour rentrer dans les clous. J'ai grand plaisir à réussir cette écriture à rebours et parvenir à mes fins (et mon point final) quand le compteur affiche « 0 ». C'est un art qui mérite qu'on s'y arrête, qui donne à la pensée fluidité et pertinence. Au contraire d'ici où mes billets peuvent parfois trainer en longueur, il me faut user d'une langue tranchante et incisive.
Le stock limité impose également de ne point se tromper de forme. La maxime, le discours, l'explication oiseuse n'ont pas l'heur de plaire dans ce média de l'instantané. Il faut frapper vite et fort, user d'une précision chirurgicale et d'un ton qui vous distinguera de la masse clavardeuse. L'efficacité impose quelques ingrédients dont je perçois progressivement les tendances.
L'acide, le piquant, le vachard, l'ironique et le dérisoire sont les composantes qui s'imposent et peuvent assurer à votre message un petit succès momentané. Il aura alors le bonheur de l'écho, du ricochet sur la vague. Repris par un semblable, il ira fleurir les écrans d'autres sujets écriveurs de l'éphémère. Il sera repris, lu et parfois commenté.
Petit Poucet qui sème des minuscules cailloux dans les chaussures des puissants, je n'aime rien tant que de voir se propager le bon mot, la tournure drolatique qui transforme ceux qui se prennent pour des gens si sérieux en pantins dérisoires. J'espère ainsi leur offrir ce reflet fort exact de ce qu'ils sont en dépit de tous les efforts consentis pour n'en rien laisser paraître !
Irriter tout en amusant, agacer pour alerter, moquer pour souligner, piquer pour les punir un peu, pincer pour réveiller, le rire est l'arme ultime qui reste à notre disposition pour donner quelques coups minuscules à nos bandits majuscules. Je m'interroge parfois sur l'utilité de cet espace dérisoire, je me berce d'illusions tout autant. Pourtant, le bonheur de l'artisan doit s'apparenter à cette pratique minutieuse, à cet art du condensé que j'apprécie maintenant tout autant que mon billet quotidien.
Alors, quand les trois coups de l'heure juste résonnent à mon transistor, je me glisse sur Twitter, l'oreille à l'affût de l'information qui pourra subir transformation déplaisante, interprétation déplacée, ironie méprisante. Un mot de travers, une pensée de côté, une comparaison assassine, une déformation malicieuse, … et le petit message se forme et se contraint à l'impératif fixé par les cent quarante caractères, blancs et ponctuations compris. C'est un vrai bonheur d'esthète !
Réseausocialement vôtre.
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