Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

De l'opacité en Général et de l'informatique en Particulier

L'intrusion numérique.




Nous vivons une époque formidable qui ne cesse de nous apporter son lot quotidien de régression de l'espace de liberté, son potentiel inépuisable de contraintes, soucis et pesanteurs, toutes marqués du sceau des cristaux liquides !

L'ordinateur se fait progressivement ordonnateur de nos existences, contrôleur de nos actions, épieurs de nos loisirs, rapporteur de nos opinions, délateur zélé au service d'un puissance publique qui s'efface de plus en plus derrière les écrans de contrôle.

Celui qui devait émanciper a annihilé toutes formes de liberté. Rien n'échappe à son œil inquisiteur et l'immense mémoire de la bête constitue un éternel dossier à charge. L'individu n'a pas cet espace secret qui le préservait du regard public. Le domicile est investi au même titre que la rue, l'école, l'hôpital, la banque, les commerces, l'entreprise et bientôt tout le reste.

Nous sommes suivis à la trace comme des moutons gardés par des bergers irascibles et impitoyables. Nulle muselière ne viendra jamais entraver leurs dents acérées. Nulle indulgence à attendre de ces bêtes bardées de puces inquisitrices. La toile s'est répandue sur nos vies, elle couvre tout d'une opacité troublante.

Le temps de la science-fiction est arrivé. La pensée virtuelle a pris le contrôle des hommes et des systèmes. Tout est ingéré de façon basique dans des cerveaux exempts du moindre risque d'Alzheimer. L'oubli n'est plus permis, la mémoire éternelle, la trace permanente, c'est du moins ce qu'affirment les contempteurs de cette bête hybride.

Je te fiche, tu me fiches tout sauf la paix. Il se fiche de moi et de tous mes contemporains. La vérité sa fiche, le mensonge cent fiches, le passé en fiches, l'avenir en loques. Plus de possibilité d'échapper à ce fichage de gueule, délit de sale ou de mauvaise gueule de l'emploi. L'image comme les mots se numérisent et se transforment en codes barreaux de nos illusions de liberté.

L'école est le premier camp retranché de cette collection « anthropoméfiche » qui ne laisse rien passer. Date, lieu poids de naissance. Parents, frères, sœurs et petite amie, diplôme, classe fréquentée et manipulateurs rencontrés. Comportement en société, en association, en difficulté. Réactions face à l'échec, à l'autorité, à la sanction. Compétences multiples, socle du commun des mortels de ce nouvel âge cybernétique.

La suite c'est qu'on vous plie à ces fines observations du fond de votre être. Compte en banque, carte de crédit, familles, voyages, suivent de près cette mise en boîte de tous vos faits et gestes. L'informatique traque le moindre élément discordant. Le format chic, le format tic ou le format t'es pris au piège !

Et bientôt le vote sera électronique, poil à gratter les divergences. L'opacité souveraine, le déni de contrôle du citoyen ordinaire, l'impossible regard au cœur d'un réseau inextricable de câbles reliés à l'être suprême qui décidera de garder le pouvoir tant que son disque dure. Le virus démocratique en somme, le bug de la citoyenneté.

L'écran décidait déjà du sort réservé aux différents postulants, l'écran continuera sa sélection impitoyable pour ne retenir que le candidat parfait. Le bourrage des urnes n'aura plus besoin de chaussettes, quelques tuyaux percés, des connections établies et le tour sera dans le sac et l'élection dans la poche.

Big brother porte des talonnettes, c'est sans doute pourquoi il paraît si grand quand sa belle l'appelle « Ma puce ! ».

Numériquement vôtre

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article