Le gang des casquettes grises …
À tous ces supporters installés face à la tribune, le long de leur rambarde.
Le football a ses cohortes hooligans,
ces êtres merveilleux, le torse
nu, vociférant à longueur de rencontres, le dos tourné à la pelouse et un bras levé en un geste de sinistre mémoire. Si le rugby échappe encore à cette abomination, il nourrit en son sein
l'incroyable, la mirifique et non moins pittoresque Académie de la rambarde et du vin chaud réunis.
Peuplée de casquettes grises, de crânes déchevelés, de bérets basques ou de chapeaux de feutre, cette noble institution 'franchouillarde' concentre tous les chauds du bonnet, les
mauvaises têtes et les éternels cabochards !
Leur langue est fleurie, colorée de mille jurons et de quelques phrases bien senties qui fleurent la plus parfaite mauvaise foi, la plus rigoureuse subjectivité. Nos atrabilaires
se déchaînent à la moindre broutille, surtout si celle-ci émane de leur cible préféré : le prince du sifflet à roulette !
Monsieur l'arbitre est pour eux une éternelle source d'inventivité, une mine de la
métaphore approximative et hâtive, un 'recycleur' du mot anodin, qui se transforme, sous les vieux de la rame, en une pépite assassine.
La réplique ou la saillie se moquent totalement de la syntaxe, de la vérité et de la règle. Plus elle est imagée, plus l'auditoire des semblables jubile. Le mot juste n'a pas sa
place dans cette académie. Seul le coup qui porte, le mot qui claque, la phrase qui touche, importent en dehors de toute véracité.
Nos académiciens viennent au stade depuis des années, occupent le même bout de rambarde, usé par leurs coudes et retrouvent les mêmes fidèles. À chaque match, ils sont
persuadés de venir seulement pour encourager les leurs mais bien vite les bonnes intentions dérapent et ils retombent dans cette diarrhée verbale qu'ils pratiquent en virtuoses.
Partout en France, la même réplique donne le signal de la curée. La partie n'a pas commencé depuis quelques minutes que surgit l'incontournable sentence « Depuis le début
! ». La voix est tonitruante, la montée dramatique parfaitement maîtrisée, la chute se traîne en une longue plainte finale.
C'est le signe de ralliement des experts du règlement à sens unique. Tous les coups sont permis, ils vont habiller monsieur l'arbitre pour plusieurs hivers rigoureux. Ils gardent
quelques provisions de malhonnêteté pour les deux porte-drapeaux de l'aventure. Les casquettes grises sont nés géomètres et surveillent avec une rare précision la sortie des ballons. Aucun juge ne
trouve grâce à leurs yeux et ils vitupèrent à chaque coup de botte.
Les jours d'insuccès pour leurs couleurs, un joueur adverse est honoré du titre de talon d'Achille du jour. Il est dénoncé à la moindre incartade. Quoiqu'il fasse, il récolte
lazzis et horions. Il plaque trop haut, agresse tous ceux d'en face, triche et se permet des gestes déplacés. On chante son numéro sur l'air des lampions …
Quand les défaites succèdent aux défaites, les académiciens, par dépit amoureux sans doute s'en prennent à l'un des leurs. Celui qui est assis dans la cahute récupère tous
les quolibets en stock. Ils ont de la réserve, une verve inépuisable et le pauvre bougre n'en sort pas vivant. Nos casquettes grises sont encore plus redoutables quand elles tirent sur un
corbillard !
Après ces torrents d'injures les jours de grand vin, de critiques acerbes, de crises de foie, nos casquettes grises se jurent de ne plus mettre les pieds en ces lieux où plus
rien n'est comme avant. Invariablement, ils seront présents au prochain match. Et si l'un d'eux manque à sa rambarde, tous se préoccupent de sa santé, à moins que ce ne soit plus sérieux encore
!
Affectueusement vôtre.
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