Partager l'article ! Des Carnutes aux Cathares à Aubusson 23: L'impossible jeu de piste. Pendant que la terre tourne sur la Tête. ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
L'impossible jeu de piste.
Pendant que la terre tourne sur la Tête.
Je marche seul, aujourd'hui durant des heures, totalement coupé de ce monde qui continue sa route sans moi. Quel ingrat ! Il me revient deci- delà d'étranges échos des humains. Ainsi je viens d'apprendre que le personnage le plus important de la planète fut, le temps d'un délire collectif universel, un dénommé Paul.
Paul, bien qu'il nage souvent entre deux eaux, a un avantage considérable sur moi, pauvre marcheur laborieux, il est doté de huit pieds ! Il appartient à la classe des céphalopodes, non pas parce -qu'il confond son cerveau et ses extrémités mais tout simplement parce qu'il est capable d'une copulation de plusieurs heures.
Il a défrayé la chronique comme disent les esprits qui ignorent tout du sens exact du verbe frayer. Paul ne serait pas satisfait s'il apprenait que nos amis journalistes remettaient en cause sa virilité. Mais là n'est pas l'essentiel pour mon nouveau collègue.
Je me rends compte que je vous égare autant que je me suis égaré en cette première semaine de marche. Nabum en mésopotamien, langue que je pratique couramment en tant que fils de tapissier, signifie : « Le devin ». Mon ami Paul a donc tenu la vedette en participant à l'immense farce des pronostics en ligne. Il est utile de préciser encore que ni le poulpe ni la pieuvre sa cousine ne s'attrapent ainsi …
Effectivement, huit heures de marche sous le soleil laissent des traces, même pour l'esprit le plus équilibré qu'il me soit permis de fréquenter : le mien ! La divagation me guette et la recherche impossible de ce GR fantôme confirme mes craintes.
Je divague de chemins fermés en fléchages qui se perdent. Pourtant à Bellegarde La Marche, un brave m'avertit : « Ne prenez pas le chemin, ils ne l'entretiennent plus et les paysans ferment les accès. Passez donc par la route d'Aubusson ! »
Je l'écoutai bien sagement mais une heure plus tard, j'en avais vraiment assez de ces routes départementales ! Je bifurquai vers Le Poirier pour retrouver trace de mes signes en rouge et blanc. Je les découvris après quelques enjambées de mieux. Je tins conciliabule avec un riverain du chemin pour savoir quelle option choisir. (Les deux chemins partaient dans la même direction, quel était celui qui mène à Aubusson ?)
Le voisin n'était pas adepte de la balade et ignorait où pouvait mener ce sentier qui débouchait sous sa fenêtre. Les gens ne sont pas curieux ! Après une lecture attentive de la carte, sans faire appel au jugement de mon ami Paul le Poulpe, je pris la seconde option de l'alternative.
La futaie, l'ombre, une pente caillouteuse, je retrouvai enfin les plaisirs de nos grandes randonnées. Cependant, le drame couvait. Trois chemins au lieu d'un, une barrière agricole et nulle trace à l'horizon, ni même sur les troncs d'arbres. Diable, la malédiction se poursuit !
Refusant de rebrousser chemin pour repasser tête basse devant le voisin ( on a sa dignité, même quand on n'est pas futé), je pris le parti de poursuivre à la carte, toujours plus coûteux que de choisir le menu. Je croisai alors une jeune baroudeuse locale qui me confirma l'abandon progressif de l'entretien du chemin.
Ainsi, pendant que notre président déployait la théorie du complot pour justifier les affaires en cours, j'étais réellement victime d'une sombre machination, d'une publicité mensongère, d'un détournement de la vérité fléchée. Le libraire de La Licorne à Aubusson, grand marcheur en sa région confirma le fait et me promit qu'entre Aubusson et Rocamadour, le sérieux serait enfin au rendez-vous. L'avenir me le dira ….
Poulpement vôtre
Je parts dans l'inconnu et ne prévois pas de destination pour ce 14 juillet.
La fête nationale réveillera-telle l'esprit fraternel ?
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