Partager l'article ! Des Carnutes aux Cathares à Beaulieu s/Dordogne en Corrèze: Le pays où les gens me parlent. Change ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
Le pays où les gens me parlent.
Changement de mentalité.
Il suffit parfois de changer de latitude pour que la vie se transforme radicalement. Hier encore, j'ai croisé des gens de fort peu : cet automobiliste, au dessus d'Aubazine, dans sa Mercedes blanche, qui ne s'arrêta pas à ma hauteur alors que j'avais le genou en sang ; ces habitants d'une maison isolée qui cessèrent de bouger et de faire du bruit dans leur cuisine quand je leur réclamai de l'eau au milieu de nulle part, à l'heure où le soleil était à son zénith.
Ceux-là, je leur souhaite de ne jamais avoir besoin de demander un service ni de se regarder dans un miroir. Honte à eux pour le reste de leur existence !
Puis je suis arrivé à Meyssac et les gens se sont mis à me parler. Ce phénomène nouveau ne s'est pas interrompu lors de cette journée de marche. J'ai dû franchir une frontière invisible qui sépare des humanités différentes.
Il y eut d'abord ce monsieur étrange à l'élocution difficile qui, durant plus d'une demi-heure, me parla de tracteurs. C'est fou ce qu'il peut y avoir à dire sur ce sujet d'exception. J'avais dans ma besace quelques répliques et mots clefs pour relancer la machine. Quand il manquait de caler je lui sortais « Zétor ! », « Vierzon ! », « Rivière Casalis ! » « John Deer ! » et mon homme reprenait de plus belle pour évoquer souvenirs et anecdotes sur ces machines magnifiques.
Le Zétor qu'il n'était pas envisageable de mener sur une route à cause d'un défaut de boîte de vitesse auquel je n'ai rien compris. Le « Vierzon », la plus belle mécanique, mais dont un piston placé à l'horizontale rendait instable l'équilibre du premier rang des bottes de foin. Je vous laisse avec ces détails qui sont une invitation à la poésie pure …
Il y eut mon hôte de La Dame Blanche qui, au petit déjeuner, m'offrit en guise de reconstituant toute sa vie ou peu s'en faut. Une heure durant, j'ai pris des notes et vous délivrerai plus tard, ce parcours émouvant.
Il y eut encore ce premier personnage rencontré à la sortie du village. Il me dessina un plan pour que je prenne plus loin un fort joli chemin qui me soulagea grandement. Cycliste, il est de ces gens qui connaissent encore leur pays sans avoir recours à un GPS. Il me serra la main en me touchant l'avant-bras avec l'autre main, un signe fort pour celui à qui, la veille, on refusait de l'eau !
Dix minutes plus tard, le même en voiture arrivait à ma hauteur pour s'excuser de ne point m'avoir offert un café et me demander si j'avais besoin de quelque chose. Je le remerciai encore et suivis son plan d'une rare précision.
Plus loin, à la Croix de la chambre je fis signe à une automobiliste qui s'arrêta sans hésiter pour m'indiquer la bonne direction. Cette fois, c'est certain, je suis dans une autre France. J'entends mes premières cigales !
Je poursuivis mon chemin, le GR jouait les montagnes russes, je croisai encore des gens qui me parlèrent sans la moindre réserve. J'arrivai à Curemonte, merveilleux village trop peu connu et vécus alors ma première mésaventure de fléchage.
Je retrouvai mon chemin grâce à ma boussole pour ne plus la quitter deux bonnes heures durant. Il tournicotait, jouait les Zébulon d'une petite vallée à l'autre en me menant de chemin de charroi en piste de muletier, sans vraiment avancer.
Puis plus de flèches et une heure trente à marcher au jugé sur des routes muettes. J'ai dû tourner un peu et à Sionac quand je hélai une automobiliste pour lui demander le plus court chemin menant vers Beaulieu, elle se fit un plaisir de m'y conduire bien vite.
Autrefrancement vôtre
Mardi 20 juillet j'espère en Saint Céré trouver un maison d'accueil où je pourrai "Finir d'entrer !"
Sinon, une fois de plus, je traînerai ma solitude dans une maison ou un hôtel, un gite ou une auberge.
Pour m'éviter cela, faites-moi un petit signe de la main ou du clavier.
Merci à vous ...
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