Partager l'article ! Des Carnutes aux Cathares à Figeac dans le Lot: Un moral d'Assier. Une rencontre qui change la vie. ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
Un moral d'Assier.
Une rencontre qui change la vie.
En quittant le lieu de villégiature de ce bon Robert Hue, je ne savais pas encore que sur le chemin de Figeac, j'allais vers l'une des plus belles rencontres de ce voyage. Assier somnolait encore, seul un boulanger authentique, travaillant au feu de bois, prétendait au bonheur des hommes.
J'étais totalement seul dans cet hôtel que je quittai en laissant les clefs sous le volet de bois (surtout ne le répétez pas !) Le ciel venait de déverser sa colère matinale et une petite bruine raisonnable et bienfaisante allait accompagner mes pas.
Le mitron matinal donna à mon chemin un départ en fanfare. Je ne me rappelle pas avoir mangé aussi bonne chocolatine de mon existence pourtant gourmande et hélas, un peu replète. Un artisan qui sort du four pareille merveille mérite tout autant que nos stars suffisantes et inutiles, une médaille d'honneur au revers de son tablier. Si j'ajoute cette ficelle qui avait tout du pain d'antan, l'homme vaut le détour et le fruit de son labeur ma reconnaissance éternelle.
Quand l'estomac est satisfait, le pas est plus léger et les semelles taillent la route sans coup férir. J'avançais du pas du bienheureux qui s'en va chercher sa journée de repos. Moral au beau fixe et douleurs oubliées, le pèlerin de son propre chemin était aux anges laïcs.
Un automobiliste s'arrêta à ma hauteur pour me souhaiter bonne journée et bonne route. La chose est assez surprenante, elle allait pourtant se répéter une seconde fois, un village plus loin. Il me faut cependant apporter une nuance, le fait s'étant répété tant de fois le long de mon voyage qu'il ne cesse de m'interpeller.
Les touristes belges qui me souhaitèrent bonne route me demandèrent comme tant d'autres si j'étais sur le chemin de Compostelle. Je continue de ne point mentir et je réponds toujours que je trace mon propre chemin !
Le regard des gens qui jusque là s'éclairait d'une admiration sans nuance, s'éteint bien vite. Pas de question sur ma motivation personnelle, pas d'interrogation sur le trajet entrepris. Dans ce pays, il faut être conforme, la norme domine en toute circonstance. Le marcheur solitaire doit être pèlerin du fils de l'homme, je me contente d'être un simple témoin des hommes.
Le marcheur est estampillé « Voix du seigneur ! ». La voie intime n'a pas sa place dans la considération collective. L'injonction sociale gouverne tous nos comportements. Les vacances en Tunisie, puis celles en Thaïlande, le week-end chez Mickey ou dans les centres aquatiques, le chemin de la coquille ou bien de Stevenson.
Sortir des sentiers battus vous range dans la catégorie des différents, la pire qui soit, celle où l'on mêle avec le même mépris : le voyageur, l'étranger, l'autre, le fou ou l'innocent. À bien y regarder de plus près, tous ceux-là sont des dangers potentiels pour une France qu'on entretient à plaisir dans la peur d'elle-même !
Puis vint le village de « Lissac et Mouret », une petite boulangerie encore ; le marcheur doit s'alimenter, ultime présence commerçante en un village pourtant de plus de 1 000 âmes. Du monde qui discute dans ce dernier lieu social et madame la Maire qui regrette (bien moins que moi) l'absence de café.
Elle a gardé sous le coude sa licence IV afin de réimplanter la vie en son pays avant la fin de son mandat. Il lui faudra une idée pour permettre à l'établissement de subsister. Elle me promet d'y réfléchir.
Ainsi va la vie à deux pas de Figeac et le meilleur était à venir au détour d'un virage...
Misenbouchement vôtre.
Journée de repos à Figeac un peu nécessaire avec un joli coup de moins bien physique. Nuit agité et maladive. Je récupère et j'arrive tambour battant sur Albi.
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