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La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
Gueule de bois …
Nous en avons plein la bouche de ces mots qu'on gueule pour dire,
hurler, clamer, vociférer notre colère. Des mots qui accrochent, des mots qui soulagent, des mots qui irritent, des mots qu'on mérite. Les mots se bousculent à notre portillon intime. Ils sont
une mise en bouche pour un gueuleton final, une orgie de vérité, une exigence de clarté, une source miraculeuse.
Car les mots coulent de source. Ils ont longtemps cheminé dans nos consciences. Ils pesaient lourdement sur ce présent qu'on ne pouvait tolérer. Ils s'infiltraient par tous les pores de notre
peau, nous remplissaient d'amertume, d'indignation avalées, de révoltes étouffées. Puis un jour, le trop plein a explosé, la bonde a lâché et les flots ont jailli par cataractes impétueuses.
Les mots se sont alors inscrits en lettres de feu, en lettres de sang. Ils exprimaient nos souffrances, nos maux, nos malheurs. Ces années de silence, ces heures à supporter les mots des
autres, des mots sans épaisseur, des mots sans saveur, vos mots hémicycles, vos mots des palais méprisants. Ils étaient mots sans noirceur, sans valeur, sans odeur. D'eux ne coulaient nulle sève,
d'une langue pourtant, qu'on disait de bois.
Leurs échardes nous blessaient, leurs copeaux nous étouffaient, leurs résines nous collaient à une vérité factice, une démonstration artifice, une idéologie du vice. Nous étions les pantins
désarticulés des mots qui jaillissaient de vos gorges vaniteuses. Vous tiriez les ficelles,vous meniez le bal où jamais nous étions invités à danser. Simples spectateurs, nous nous
débattions bien malgré nous dans ce fatras de mots cossus que vous jetiez à nos bouches cousues !
Une rumeur nous est venue d'ailleurs, de contrées jusqu'alors bâillonnées.Des peuples mis sous le boisseau de dictateurs odieux se sont réveillés d'années de terreur en hurlant à la face de ces
monstres cupides : « Dégage ! ». Eux, ils n'avaient plus rien à perdre. Ils reprenaient l'appel à l'indignation qu'un vieux monsieur ici, avait lancé à l'amertume des gens simples. Ils
inventaient l'ordre de faire place nette et de laisser les peuples prendre en main leurs destins.
Maintenant, les grands hommes, chaque matin en se rasant, n'ont plus leur pouvoir comme unique préoccupation, Ce sont les murs qu'ils doivent raser, partir sur la pointe des pieds, faire leur
valise avant que leur tête ne roule dans une malle en osier. Les mots peuvent être coupants, nos mots, trop longtemps ravalés au fond de nos gorges, peuvent enfin trancher dans le vif !
Ici aussi, à trop s'être moqués de nous, de nous avoir abreuvé de mots creux, de phrases simplettes pour nous berner et nous mentir, ils ont mis en marche ce mouvement inexorable qui
abolira le pouvoir actuel, cette cinquième république accaparée par des professionnels du mensonge et de la démagogie.
Dehors parleurs sans talent, orateurs sans chaleur, phraseurs sans sincérité. Dehors, dégagez et laissez nous prendre en main notre destin. La société qui vous a engraissés nous a laissés sur la
paille. Vous vous êtes nourris sur la bête et aujourd'hui, la bête réclame son émancipation, sa liberté retrouvée et la fin du joug insupportable d'une parole confisquée.
De tous vos mots de bois, de cette langue sans racine que vous nous avez servie, nous préparons un immense bûcher. Nous mettrons le feu à vos vanités, votre statut à jamais perdu, votre cinquième
République de l'abus de pouvoir, du rejet de la différence, de l'irrespect des autres. Nous supprimerons les décorations, les honneurs, les rentes à vie, les immunités scabreuses, les
positions dominantes. Nous inventerons une nouvelle république, fraternelle, égalitaire, solidaire sans jamais plus aliéner notre liberté à des représentants honteux.
Déboisement vôtre.
Vidéo : déjà mise en ligne mais si nécessaire
F. LEPAGE - L'art de manier
la langue de bois par rikiai
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