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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Désespérance scolaire ordinaire

Le jeune « J... »


    « J... » n'aime pas l'école, il en a même franchement horreur. Il traîne sa misère et son agressivité dès qu'il franchit les portes de l'établissement. Oh, rassurez-vous, il ne vient pas souvent, il use de toutes les stratégies à sa disposition pour éviter cette souffrance insupportable. Il refuse toute règle, toute contrainte, il fuit tout ce qui peut lui paraître une obligation.

        « J... » n'a pas la vie facile, il l'a même franchement impossible. Il est de ces jeunes qu'un juge pour enfant a placé dans un foyer, bien trop loin d'un père qu'il idéalise forcément. Il ne peut admettre une mesure qui a sans doute été prise pour son bien, nous n'en savons rien et je ne sais pas s'il nous est utile de tout connaître …

        Ce que nous savons c'est l'impossibilité de garder « J... »  dans la classe. Il rend le cours impossible, refuse de respecter les règles communes de la classe ; des principes de vie collective qui demandent maintenant des trésors de patience et de conviction : dire bonjour en entrant dans la classe, quitter son manteau, attendre d'être invité à s'asseoir, sortir ses affaires, ne pas bavarder, ne pas se balancer sur sa chaise ….

        Tout cela est maintenant pour quelques enfants, une bataille de tous les instants. Pour « J... » , c'est un combat impossible. Il vous regarde avec son air de pauvre chien abandonné, sourit d'un air narquois et en fait à sa guise. Ni la douceur, ni la colère, ni les menaces, ni les sanctions ont une quelconque utilité, son problème n'est pas là.

        « J... »  veut retourner chez lui. Il imagine qu'en se faisant renvoyer, il obtiendra gain de cause, quittera le foyer où la violence verbale est le seul refuge qui reste à ces mômes. Plus rien n'a de prise sur lui, sa conviction est si ancrée qu'il ne change jamais de stratégie. Chaque fois qu'il vient, il pousse l'adulte et ses camarades jusqu'à l'exaspération pour obtenir son saint Graal !

        Finalement, quand « J... »  ne vient pas, adultes et élèves finissent par apprécier cette trêve. C'est même un sentiment de soulagement qui offre à tous une bouffée d'oxygène. Personne n'a très envie de lancer la procédure administrative pour signaler ses nombreuses absences même s'il faut le faire par acquis de conscience.

        « J... »  a réussi à se faire détester. La haine qui est sienne devient transmissible, la maladie est contagieuse. Il n'est pas possible de supporter ses sourires en coin, ses insultes, ses bruits de bouche si dédaigneux, ses tutoiements intempestifs ! Les plus solides se laissent envahir par le rejet. Il est le mauvais objet qu'il faut se refiler entre un foyer et un établissement scolaire sans espoir d'en tirer quelque chose.

        « J... »  s'ennuie à en mourir et nous ennuie à le maudire. C'est le cercle infernal des situations inextricables, c'est la ronde des travailleurs sociaux, parfaitement désarmés devant un cas sans issue. La raison, la douceur, la contrainte, la persuasion, les sanctions, la bienveillance, tout a échoué et tout échouera encore et encore.

        « J... » est plus fort que nous, il a tout perdu, dans sa lecture à fleur de sensibilité de sa situation, il n'a plus rien à perdre ! Ce sont ses camarades qui ont à perdre ! Des heures perdues à ne pouvoir travailler, des inquiétudes, des menaces, des coups reçus quand ils sont plus faibles. C'est une nouvelle épreuve qu'ils ont à subir, eux qui ne sont pas si solides !

        Que faire ? « J... »  met les adultes en échec. Il met le système en impuissance. Il met ses camarades en danger. Les bons esprits, les adeptes des méthodes radicales auront certainement des solutions sous une main ferme. Les tenants de l'angélisme, les bons apôtres, les naïfs iront de leur couplet sympathique. Et « J... »  n'en peut plus, il n'a que quatorze ans. Que pouvons-nous faire contre lui- même et sa folie destructrice ? Nous avons un métier si facile …

    Impuissancement sien.

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champion sylvain 15/12/2011 22:16


J'ai le même en classe mais il a 10 ans , même le pédo-psy a abandonné et ses parents sont cadres supérieurs.


Que faire ?

BR 16/12/2011 06:21



Sylvain


 


Garde le de côté, nous allons le récupérer !


Que faire ?


 


Ils ont compris qu'ils détiennent le véritble pouvoir et que leur obstruction met l'institution en échec.


Alors, nous écoutons amusés les beaux parleurs qui ne sont pas confrontés directement à ces mômmes. Les solutions, il n'y a a pas de faciles, de simples, de générales et les Yakas nous montrent
du doigt, pensant qu'il serait facile de règler le problème.


 


Rien n'est facile avec des enfants comme ceux-là et ils détruisent tout ce qui les entoure.


 


Bon courage à toi, une journée encore et un repos nécessaire quoiqu'en pensent les mêmes ...



BCT 13/12/2011 10:44


Pas de mot....

BR 13/12/2011 12:56



Pardon pour cette réponse bien trop courte et surprenante :


Pas même scolarophobe ?


 


J'ai cru avoir à faire avec un autre qui m'avait manqué de respect il y a peu en me traitant d'homophobe et j'ai renvoyé la balle avec humour.


Vous n'y êtes pour rien et n'avez pas du comprendre.


 


Désolé