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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Destin et destinée

Un ange passe …


Voilà bien complexe interrogation pour celui qui ne croit pas et se pense contraint d'éliminer de sa réflexion un des deux termes. Le destin, par sa puissance divine, nie la liberté de l'homme et le conduit au fatalisme et à l'acceptation de son sort. C'est écrit, c'est ainsi et nous n'y pouvons rien. Le très haut en a décidé ainsi, il faut l'accepter, se plier à ses désirs insondables.


Le cautère eut bien des avantages en des temps où l'individu n'avait que bien peu de marges de manœuvres pour s'extraire d'une condition qui lui était imposée dès sa naissance. Le destin avait bon dos, justifiait les inégalités les plus terribles, accréditait l'inéluctable. Il fallait plier l'échine, souffrir et ne jamais gémir. C'est son destin.


Les hommes ont combattu l'obscurantisme, ils ont cherché à se fabriquer une destinée qui faisait fi des lois du Seigneur. Certains se sont émancipés du joug d'une église, d'autres ont réclamé le droit à la libre pensée. Tous se sont donnés un libre arbitre et ont revendiqué le droit à tracer eux-mêmes leur destinée.


Belle et noble entreprise que voilà. L'homme pouvait infléchir son destin, rompre avec les injonctions de castes, briser les inégalités sociales, avancer librement sur un chemin ouvert à tous. Grand remue-ménage dans les hautes-sphères, certains prétendaient à jouir pleinement de leurs facultés pour tenir la place, sous prétexte qu'ils en étaient plus capables.


Vous devinez aisément le grand désordre que provoqua cette prétention démesurée qui s'octroyait le droit de répartir les hommes selon leurs mérites et non leur naissance. Il fallut alors couper quelques destinées, mettre à bas un ordre immuable pour que l'idée puisse trouver sa place au soleil. Les ennuis ne faisaient que commencer …


Sa destinée en main, l'individu dût bien vite se soucier de lui-même. Il avait grand combat à mener entre ses désirs et ses aspirations, ses besoins légitimes et ses envies inavouables. Ce que Dieu bornait par des explications simples et des lois intangibles, il fallut que l'homme à son tour eut à tergiverser avec sa conscience. Tout ne lui était pas possible et grand besoin était de fixer des limites pour se supporter les uns les autres.


La loi humaine suppléa la loi de Dieu. Ce fut l'occasion d'y introduire petites mesquineries et grandes duperies pour favoriser une nouvelle hiérarchie, entériner de nouvelles strates sociales, fabriquer de nouveaux privilèges. La société ne supporte décidément pas l'idée d'égalité. Elle se plait à singer la nature qui n'a jamais accordé la plus petite considération à cette notion si peu efficace dans l'optique de la survie des espèces.


Ce que le destin imposait et qu'il fallait subir sans rechigner, la destinée se l'octroyait pour certains ou en privait d'autres sous les coups de l'arbitraire et de la force, de l'iniquité et de l'argent. Le savoir avait vécu. Le libre-arbitre, héritage des lumières cessait de dominer l'espérance en des jours meilleurs pour chacun.


Le dieu argent impose aujourd'hui un destin de soumission et de misère à ceux qui ne lui font pas révérence. Il met à genoux les humbles, les renvoie à une destinée sans issue joyeuse, une vie de privation et de souffrance quand les thuriféraires de cette nouvelle foi jouissent sans entraves de tous les bienfaits de ce monde.


Le destin règne à nouveau en maître. Partout où l'arbitraire est le moteur des décisions humaines, il gouverne le devenir des valets et des maîtres. La destinée voit ses marges de manœuvres se limiter aux espoirs incertains. Elle guette le gros lot, attend le mirage impossible pour briser les chaines d'une vie laborieuse. L'argent est roi, il fait les princes et réduit ses esclaves, c'est notre destin. Brisons nos chaînes, rompons le lien avec ce diable monétaire et offrons nous une nouvelle destinée.


Ontologiquement vôtre.

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