Partager l'article ! Destinée sociale.: Lettre de fascination. Il est parfois des en ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
Il est parfois des environnements qui vous conduisent vers un choix
professionnel plutôt qu'un autre. Une prédisposition familiale en quelque sorte, fruit des engagements de ses parents, des parcours des ainés, d'une logique éducative, d'une certaine
conception de la société et des rapports humains.
Elle a le bonheur d'être née et d'avoir grandi parmi des parents pour qui le service public est encore une réalité incontournable, une mission sacrée au nom d'une laïcité élevée sur un piédestal.
Cette éducation l'a conduite à fréquenter une école primaire où les activités extra-scolaires étaient encadrées par ses enseignants et les parents d'élèves réunis autour d'une même
conviction populaire.
Elle a traîné ses guêtres dans les salons du livre, les classes nature, les actions caritatives, les animations culturelles. L'ouverture d'esprit et la curiosité aux autres étaient les moteurs de
ses activités. L'école était un petit havre de paix où la mixité sociale avait une réalité incontestable. Elle fut le ciment de ce qui l'a construite. Elle a été élevée au biberon de
l'empathie.
Juste en face de sa petite école primaire, un foyer accueillait des enfants placés. Elle y fut invitée régulièrement, elle partageait les fêtes auxquelles une bonne camarade la
conviait. Un premier contact avec un environnement éducatif qui était éclairé par des discussions qu'elle pouvait avoir avec son instituteur de père.
Lui, il n'a jamais pu se résoudre à cette seule étiquette. Il a enseigné dans des classes spécialisées, des ateliers relais, des classes relais, en prison et en institution. Il a travaillé en
collège, en IME, dans la rue et même une année dans une salle de cours installée dans une piscine. Il croit se définir comme un hussard noir de la République, instituteur Freinet, éducateur et un
peu assistant social alors qu'il n'est sans doute qu'un caractériel atrabilaire.
Il a d'ailleurs largement influencé le choix de son fils et de son autre fille. L'un est éducateur dans un centre de vie pour adultes dépendants, l'autre est infirmière. Dans la famille, le choix
de l'activité professionnelle tient davantage de la vocation que du désir de richesses matérielles. Servir n'est pas se servir !
Leur mère ne dépareille pas. Elle est fonctionnaire elle aussi. Elle s'occupe de la formation et de la réglementation autour des transports. Si elle a un emploi plus administratif, elle a eu de
nombreuses activités bénévoles au sein des parents d'élèves comme dans le monde de la musique. C'est ainsi qu'ils furent nourris au lait du service aux autres et du bénévolat.
Puis il y a l'environnement amical. Contrairement à la réputation du milieu, il n'est pas fait seulement d'enseignants bien au contraire. Ils allaient à la rencontre d'une assistante sociale,
d'une animatrice jeunes enfants, d'éducateurs spécialisés, d'instituteurs aussi. Des gens qui tous peu ou prou se vouaient au service des autres, organisaient des actions où chacun venait donner
un coup de main.
C'est ainsi qu'elle grandi, qu'elle est devenue animatrice de centre de vacances, que l'on lui a demandé d'assurer des formations aux CEMEA, qu'elle a accompagné des actions caritatives, qu'elle
a pris en charge des amis en difficulté.
Oh, loin d'elle l'envie de prétendre qu'elle a agi au nom d'un idéal utopique, elle a simplement regardé le monde qui l'entoure par le
prisme de cette vision bienveillante aux autres, ce désir pourtant si raisonnable de ne point accepter les injustices. Aujourd'hui, on lui demande une lettre de motivation, elle ne fait que
raconter son histoire avec le risque étrange d'être moquée pour tant de naïveté simple. L'avenir semble n'appartenir qu'aux loups jusqu'à ce qu'enfin les cœurs purs les boutent hors
d'ici.
Socialement vôtre.
Ce texte est une réponse aux quelques malotrus haineux qui ont dépassé les limites de la courtoisie lors de nos débats (si ce mot a un
sens pour ces gens) sur l'école. Le service public est un merveilleux héritage qu'il nous appartient de préserver, contre les loups d'abord !
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