Partager l'article ! Entre filet sans queue ni tête ...: Nous ne sommes plus à fête ! Aujourd'hui c'est ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
Nous ne sommes plus à fête !
Aujourd'hui c'est jour maigre, et pourtant ce n'est pas vendredi. Je me retourne sans cesse, à l'affût d'une sts fous et des
pêcheurs à la ligne. Je suis sur mes gardes à surveillerigmatisation de papier qui me mettrait à dos l'immense
confrérie de la moindre déclaration, la plus banale affirmation à la recherche du propos trop péremptoire pour être
honnête !
La journée s'annonce pénible pour l'honnête homme. Les faussaires envahissent les médias et les rues. La tempête verbale agite les flots médiatiques, le moindre entre-filet peut s'avérer piégeux,
tout aujourd'hui sera factice ou improbable...
Le grossier canular supplée en ce jeudi la caricature infâmante. Éric Besson est ravi, il traînera sans crainte son chalut pour effectuer sa razzia quotidienne sans se faire traiter de Félon à
tête de fouine. La farce est préférée à la charge citoyenne, le rire gras et parfois immonde à l'humour fécond.
Le faux-semblant règne sans partage. Nicolas sort grandi de son dîner chaleureux avec son ami Barak, Rachida se retrouve à
pied, le préfet du Loiret remplace Éric Besson, Martine et Ségolène partent ensemble en vacances à Cuba, les caisses de l'état débordent d'excédents, le nombre des chômeurs en France n'a jamais
été aussi sincère, le bouclier fiscal est aboli et nous allons très bientôt sortir de cette abominable crise …
Les fous sont à l'honneur. Curieusement, ce sont les mêmes têtes d'affiche que le restant de l'année qui tiennent ce rôle. Les humbles, les sans grade, les anonymes sont toujours réduits à la
fonction du mouton bêlant en cette journée du poisson. Jadis, la régulation par l'absurde, la dérision, l'insolence, l'impertinence ou l'aliénation feinte servait d'exutoire indispensable.
Maintenant, le premier avril nous sert son arrivage de poissons pas frais. Le village gaulois ne se fiche plus ces peignées monumentales, l'humour dispose de ses histrions officiels qui manient
la blague salace, la farce cocasse, le rire gras. Les humoristes qui dérangent, ceux qui veulent transformer ce monde ont quitté la scène. La ceinture est une norme plus accessible que le cerveau
!
Quand, en 1564, le bon Charles IX retira au premier avril l'honneur d'ouvrir l'année, on se mit à s'offrir des aliments pour
fêter la fin du carême. La farce était cette viande dont on avait été tant privé. Bientôt, le peuple réactiva la catharcie collective de la blague, de la mise à bas des rangs sociaux. La fête des
fous revenait au premier plan après une mise à l'écart imposée par l'église.
Aujourd'hui, il n'y a plus de friture sur la ligne. Le peuple ne dispose pas de la parole. Il est tout juste bon à ouvrir grand ses ouïes pour se prendre aux filets des plus puissants.
« Venez place du Hareng, on vous donnera de l'argent ! » « Allez rue Poissonnière, on vous fera des misères … »
On s'y précipite, on s'y étripe, la police s'en mêle et l'ordre revient au galop …
Le temps n'est plus à la rupture du contrat, ne serait-ce que pour une journée. Tout est régulé, dirigé, encadré, organisé, surtout les fêtes populaires. Le nez rouge, peut-être, le costume
pourquoi pas, le poisson dans le dos, à la limite ; mais gardez-vous de la plus petite initiative en dehors du programme officiel. Vous ne devez être que spectateur attentif et passif. N'allez
point chanter avec vos semblables, d'ailleurs, nous n'avons plus aucun répertoire collectif. N'allez point moquer vos élus, vos chefs, vos supérieurs, les représentants de l'ordre veillent
scrupuleusement à son maintien.
Alors en ce premier avril, on va vous servir une ou deux bonnes blagues anodines qui ne feront ni réfléchir ni remettre en
cause cet intenable ordre établi. La France s'emmerde, mais elle le fait sérieusement, avec application et déférence. La farce irrévérencieuse et le rire salvateur n'ont plus leur place ici.
Coluchement vôtre
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