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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Et la semaine de la presse à l'école ?

Pas pour eux ...

Trop loin pour si peu

 

La semaine dernière a eu lieu l'opération nationale sur la presse à l'école. Curieusement, je n'ai pas vu l'ombre d'un quotidien, ni le plus petit hebdomadaire. Il faut dire que j'enseigne dans un établissement à l'écart de son collège d'affectation, une distance de 1 200 mètres : un gouffre pour ceux qui n'ont pas accès au centre de documentation et d'information, aux locaux neufs et aux progrès que le conseil général du Loiret a généreusement offert aux uns tout en ne le proposant pas aux autres.

 

Il en ira de la presse comme du reste. À nos élèves de Segpa les murs dégradés, la peinture qui s'écaille, les fuites et les rideaux qui ne se ferment plus (certains depuis près de neuf ans), l'absence de liaison informatique dans les classes. Alors, traiter de l'actualité quand la presse se désintéresse souverainement de cette discrimination ordinaire, je ne vois pas pourquoi.

 

Aller au CDI ne leur est pas interdit mais il faut près de quinze minutes de marche pour se rendre au collège flambant neuf, réservé aux élèves ordinaires, pas ceux qui ont, mon dieu que c'est insupportable, des difficultés scolaires. Pas de ça dans un établissement du Centre ville, ma bonne dame, il se peut que leur problème soit transmissible. Il faudra aussi penser au retour ce qui ne laisserait que moins de trente minutes pour travailler sur la presse, comme tous les élèves de France.

 

J'ai déjà essayé de signaler ce fait inacceptable. J'avais, en son temps, sollicité un homme que je pensais intègre, un sénateur afin qu'il saisisse la Haute Autorité de lutte contre les discriminations, pour modifier quand il en était encore temps le dessein de refaire à neuf le collège sans y prévoir place totale et entière pour cette petite verrue si proche et si lointaine.

 

Il m'éconduisit fort poliment du reste, proposant simplement de me soutenir dans ma démarche sans vouloir la faire à ma place. Il savait bien le coquin, que seule une victime (ce qui n'était pas mon cas) peut faire cette démarche à moins que ce ne fut un parlementaire (ce qui était le sien). Par la suite, j'ai voulu lui signifier sa responsabilité dans ce que je considère comme une forfaiture officielle, il m'a menacé des foudres de la justice !

 

Alors, les années passent, les élèves ordinaires sont dans un collège moderne et parfaitement équipé quand les nôtres vivent de plus en plus mal cette relégation ordinaire. Le sentiment est insidieux, la sensation de ne pas être traité à part égale de plus en plus exprimée par ceux que le président du Conseil Général et les siens ont traités en parias du département.

 

Bien sûr je prends prétexte de cette activité manquée pour écrire un nouveau billet, chercher à rompre le silence que le journal local se fait un malin plaisir à ne pas déranger. La véritable raison de ce nouvel appel au secours est hélas bien plus tangible. En six mois, quatre élèves sur quatre-vingts ont eu l'honneur de passer devant le conseil de discipline pour des faits graves.

 

Je vois dans cette fuite en avant de l'indiscipline, une marque inconsciente de ce rejet, une expression du sentiment de relégation qui monte insidieusement parmi eux. Puisqu'on les considère moins que les autres, ils se conduisent beaucoup moins bien encore, caricatures d'eux-mêmes et des représentations qu'on leur accorde si promptement parmi les jeunes ordinaires.

 

Oh, loin de moi la volonté de réduire la responsabilité des adultes chargés d'encadrer ces élèves. Elle existe à coup sûr et nous devrions aussi nous interroger sur nos pratiques qui ont conduit à ce taux anormal de mise à l'index d'enfants qui ne vont pas bien. En plus de trente années de carrière, je n'ai jamais connu pareil taux d'échec.

 

Certains élèves me disent qu'ils se conduisent ainsi parce qu'ils se sentent exclus, qu'ils ne sont pas sous le regard modérateur de leurs pairs, qu'ils vivent mal la dégradation constante de leur lieu de travail. C'est possible même si cela n'excuse rien. Alors, une fois encore, au risque de réprimandes dont je me moque bien, je dénonce l'inacceptable d'une relégation voulue par les politiques locaux.

Solidairement leur

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Kakashi 30/03/2012 19:15


Bonsoir Nabum,


Ma compagne viens de me dire que des professeurs chargés du regroupement d'adaptation titulaire de je ne sais plus quel diplôme (les abrévations et moi, ça fait deux) que vous devez avoir pour
vous occuper d'une classe en segpa, se retrouvaient sans classe à cause des restrictions budgétaires (je resume car pas le temps de faire plus long).


C'est à dire que les élèves en difficulté , ben le gouvernement Sarkosyste s'en contrefiche.


C'est marche ou crève.


C'est une véritiable honte !


 


Bonne soirée à vous.


 

C'est Nabum 31/03/2012 07:40



KaKashi


 


Vous exagérez, le gouvernenment ne s'en fiche pas, il compte simplement les mettre au boulot des 14 ans comme enfants à tout faire d'un patronat qui n'aime rien tant qu'exploiter une masse
docile.


Les effets d'annonce sur l'éducation sont si loin de la réalité qu'il vaut mieux en rire. Tout en mensonge et on l'accepte sans hurler.


Pire, il va encore passer si le peuple finit par le croire