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Ma Fille Liger

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La Fille Ligère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

A sa naissance on lui fit

Un berceau d'une gerbe de joncs

Elle aurait grandi au Puy

Avant de rejoindre des garçons

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Ils étaient tous marins

Cœurs gros et mœurs légères

Ils suivirent son chemin

Jusqu'à sa tribu Liger

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

En été elle se prélasse

Alanguie, elle prend tout son temps

C'est sans fin qu'elle rêvasse

S'endormant le long de ses bancs

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Et en automne, elle forcit

Elle redevient fréquentable

Mais si elle reste dans son lit

C'est pour se faire plus aimable

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Et en hiver elle s'emporte

En roulant sa colère

Tout en se faisant plus accorte

À tous les marins en galère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

C'est au printemps elle se lâche

Débordant de toutes parts

C'est alors qu'elle se fâche

Et nous refuse le départ

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Elle n'est jamais aussi belle

Qu'en notre soleil levant

Lorsque la brume l'éveille

À ses petits matins naissants.

 

 

C'est une Loire volage

Qui roucoule dans son lit

C'est un fleuve visage

Qui coule sans soucis.

 

 

Ligèrement vôtre

IGP6422

Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 07:17
- Publié dans : A la lumière d'une chandelle. - Communauté : Secrets d'école
Lucides mais pénibles !


   Le conseil de classe est un cérémonial auquel je ne trouve guère d'utilité. Tout est joué avant et la petite réunion d'une noble assemblée ne change pas grand chose au destin du bulletin. Par contre, il est un moment important, précédant la grand messe qui a, lui, toute mon adhésion et permet d'accorder un temps utile à la réflexion des élèves sur leur parcours.

   C'est la réunion de préparation du conseil de classe qui offre ce luxe nécessaire de prendre une heure avec les élèves pour réfléchir à ce qui se passe dans cette étrange communauté humaine que l'on nomme classe. Pour favoriser l'intervention ultérieure des délégués lors de leur prise de parole devant l'aréopage professoral, j'aime à structurer la séance par un petit questionnaire où la prise de parole est individuelle, cadrée et notée.


   Nous avons fait un premier bilan. Le premier trimestre s'achève, les lignes de force et de faiblesse se dégagent. Chacun peut avoir un œil raisonnable sur son propre parcours. Il s'agit tout d'abord de s'auto-évaluer, de juger en premier lieu son travail et d'affirmer un point de vue devant camarades et professeur principal.

   Point de surprise, les matières préférées sont également celles où l'élève obtient ses meilleurs résultats. La langue, en Segpa, reste la pierre d'achoppement. Les enfants en difficultés se retournent souvent vers les enseignements qu'ils considèrent comme moins scolaires. Les mathématiques et les matières scientifiques sont plébiscitées. Le Français hérite de la portion congrue …

   Curieusement, quand il s'agit de définir la matière où les efforts de chacun ne sont pas suffisants, c'est l'anglais qui gagne le pompon. C'est une corvée pour ces élèves déjà en butte  à la langue française et qui ne perçoivent pas l'utilité d'une seconde langue. Les méthodes sont elles aussi remises en cause, la langue vivante est un pensum d'autant plus insurmontable que beaucoup ont déjà totalement décroché.

    Puis ils évaluent leurs progrès et sans doute pour me faire plaisir, ils citent le Français parce qu'on ne travaille pas de la même manière qu'avant. C'est gentil, pourvu que ce soit sincère. La suite attestera de leur honnêteté. Je leur demande ce qui entrave leur travail, ce qui les gène vraiment pour aller plus avant dans la reconquête des savoirs.

   Le Bruit des autres, les perturbateurs patentés sont montrés du doigt parfois par ceux-là même qui se font remarquer. Oui, il n'est pas aisé d'apprendre et de se concentrer dans le tumulte et les bavardages incessants, ils le reconnaissent bien volontiers. Tout en disant cela pourtant, il en est encore, incapables de tenir en place, qui font taper leur table et ne cessent de de prendre intempestivement la parole !

    Alors quand je leur demande quand le travail serein est-il le moins accessible, ils avouent que c'est à l'oral parce qu'ils ne savent pas écouter et respecter la parole de l'autre et en atelier où la liberté plus grande de se mouvoir devient vite jolie pétaudière. Ils sont conscients des limites qu'ils se créent eux-mêmes et quand vient l'heure des reproches, ils servent d'abord les perturbateurs à une écrasante majorité. Ils pointent aussi la violence latente, verbale ou physique qui semble maintenant faire partie du décor mais qu'ils admettent insupportable !


    Puis vient ce qui fâche vraiment. Ils évoquent tous un sentiment de dégradation de par l'état déplorable de l'établissement, l'absence de travaux d'entretien depuis leur arrivée en ce lieu (ils sont en quatrième). Ils sont révoltés de vivre dans un taudis quand leurs camarades " normaux" (comme ils disent) sont dans des locaux neufs. Le mot de discrimination, pourtant bien complexe pour eux, est cité 6 fois. Ne le répétez pas à nos responsables, ils m'accuseraient de faire bien vilaine et déloyale propagande !

   Puis, la réunion se termine par les plaintes qu'il faudrait faire remonter aux adultes, aux autres professeurs ainsi qu'à votre serviteur. Nous usons à dessein du pluriel et de l'anonymat pour éviter le règlement de compte. Mais je devine qu'il y a matière à griefs personnels. Je ne suis pas là pour ça, je veux simplement qu'ils sachent mettre des mots derrière leurs reproches et leurs attentes. Ils réclament tous de la considération, qu'on leur parle convenablement et qu'on cesse de tenir des propos trop abrupts, trop cassants, trop humiliants même lorsqu'ils abusent un peu de la patience du pauvre professeur.

   Ils veulent être entendus et aidés. Ils ne demandent pas, il me semble, un laxisme qu'ils n'apprécient pas, contrairement à ce que l'on peut bien en dire. Ils veulent de la fermeté et des repères dans le respect de leur petite personne. Ils sont dix à demander de la considération, le mot est lâché puis repris en chœur. Ce n'est pas parce qu'un élève vous ennuie, qu'il s'agite ou qu'il perturbe le cours qu'il accepte humiliation et mots qui blessent. Il attend au contraire l'inverse de ce qu'il donne à voir. Ce jour-là, ils m'en faisaient la remarque.

    Que faire de tout ça ? Un modeste billet qui ne servira pas à grand chose, un texte que je leur donnerai à lire pour comprendre la distance qu'il peut y avoir grâce aux mots qu'on assemble. En tout cas, un appel que j'ai entendu et que je vous transmets ici, pour peu que nous en ayez, vous aussi, usage !

   Respectueusement leur.

 

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