Partager l'article ! Exercice imposé !: La passion moins évidente … Interview Olivier Magne envoyé p ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
La passion moins évidente …
Une conférence ovale à la maison des sports organisée conjointement par les comités du Loiret et du Centre. Est-ce le poids des ans ou plus élégamment, le renouvellement des
cadres, mais je ne connais pas la moitié des membres de cette docte assemblée. Le monde ovale a d'ailleurs subi une petite révolution qui m'avait échappée : sept femmes sont venues écouter la
bonne parole technique. Elles apportent une touche de charme à ce qui naguère n'étaient que de vilains rassemblements machistes et braillards !
Seuls nos amis cravatés n'ont pas changé. Le temps ne semble pas avoir de prise sur eux à moins que ce ne soit le renouvellement démocratique qui ne soit pas assuré. Mais je
m'égare et risque d'être encore taxé de mauvais esprit, ce qui n'est jamais tout à fait faux !
Comme il se doit dans le monde sportif lorsque nous sommes exonérés de la rigueur du corps arbitral, la conférence ne débute pas à l'heure prévue. Un organisateur s'empresse de
nous expliquer qu'un retard indépendant de sa volonté est à déplorer. Comme nous le subodorions tous, nos amis les conférenciers arriveront en retard et se feront attendre comme des vedettes du
spectacle ou des dirigeants fédéraux.
L'attente se meuble d'apartés. Les conversations se font ovales comme il se doit. La blessure de l'un, le résultat de l'autre, le parcours du combattant en formation, la quête
des billets pour le prochain France-Écosse, les nouvelles de nos sélections de jeunes. Je reste à l'écart de cette agitation verbale, le billet prend déjà forme alors que les vedettes ne sont pas
encore arrivées.
La demi-heure réglementaire écoulée, nos hommes arrivent étincelants dans leurs beaux survêtements officiels, bardés d'un coq et d'une bande tricolore. Quelques
applaudissements polis pour oublier l'attente et saluer l'entrée d'un ancien international aux 86 sélections. Il est flanqué du Directeur Technique national adjoint et d'un comparse qui se fera
parfaitement oublier.
On déploie le grand écran, on installe le vidéo projecteur outil indispensable à toute intervention de nos hommes de la science rugbystique. Je crains qu'on nous serve l'une de
ces incontournables animations qui fait le tour de tous les stages que j'ai pu fréquenter. Mon inquiétude sera fondée, la conférence aura un goût de réchauffé.
C'est le DTN adjoint qui ouvre le bal pour donner un peu de solennité à l'exercice imposé qui va suivre. Je retrouve sa posture embarrassée, cette gène à s'exprimer en public
qui l'a toujours desservi alors qu'il a sans doute des convictions fortes et des compétences certaines. Une timidité qui n'est pas habituel en pays d'Ovalie et qui le pousse à bien vite donner la
parole à plus à l'aise que lui.
L'ancien international est lui bien plus à l'aise. Il est adossé à la table, il se montre décontracté, sa parole est claire, il semble parfaitement au fait de son affaire.
Pourtant bien vite, la présentation se limitera à une relecture de l'écran agrémentée de quelques commentaires. Nous resterons à la surface des choses, ce doit bien être assez pour le public qui
est là.
Il est vrai que tout près de moi, un garçon que je n'apprécie guère, un de ces jeunes cadres qui ne respectent rien et n'ont jamais montré grand chose a sorti l'ordinateur pour
se donner l'air d'avoir l'air. Je me demande ce qu'il peut bien noter à moins qu'il ne compte servir in-extenso la même soupe à une formation prochaine. Les mots s'enchaînent, les slogans bien
gentils, les évidences incontournables que nous sert un discours fédéral qui n'a pas changé depuis des lustres.
Il y a bien loin de ce discours policé et purement théorique avec l'incroyable complexité de notre sport. Les repères sont connus, chacun les a intégrés et pourtant la mise en
œuvre pose toujours d'incroyables difficultés quand il faut se colleter à la réalité de nos terrains amateurs.
C'est sans doute cet écart entre le joli discours de salon et la réalité prosaïque de nos pelouses que nous espérions. Les dés étaient sans doute pipés, l'assistance bien loin
de la passion qui était notre dans nos soirées d'entraîneur à Super-Besse. D'ailleurs, l'exposé bien vite bouclé, la parole est offerte à l'assistance pour un débat technique qui peine à prendre
corps et qui ne trouvera jamais son âme !
Seul, mon chauffeur d'un soir se lance dans une question à sa façon. Comme le joueur qu'il est encore, il a une légère propension à la gourmandise. La question se fait longue
démonstration. La passion pointe enfin le bout de ses émotions, il a dans la voix les trémolos de ceux qui savent tenir une séance. C'est le moment enfin de trouver un peu de chaleur dans les
réponses de nos spécialistes qui se mettent au diapason avant que de retomber dans la léthargie qu'impose cette assistance trop convenable.
Les vieux grognards ne sont pas dupes. Ils sortiront de la salle avec la certitude qu'on s'est joué d'eux. La commande a été remplie, gentiment, rapidement. Nos instances ont
rempli leur obligation de formation continue. Quelques éducateurs en recherche de professionnalisation par le Rugby sont venus chercher une attestation supplémentaire. Tout ça est trop lisse,
trop terne pour que je m'y sente à ma place.
Je n'ai pas aimé ce discours ampoulé, vide de passion, d'emphase et d'excès. Le rugby pourtant doit être bien plus que cette gentille théorie d'échiquier au rabais. La
complexité de notre sport ne peut se satisfaire de ce train-train sans originalité ni richesse. Il est davantage fait de la force et de la faiblesse des hommes, de leurs compétences et de leurs
impossibilités, de leurs volontés et de leurs refus. Des trahisons et des égoïsmes, des difficultés liés à la météo et des impondérables, de la pression ou de la peur.
Rien de tout ça n'a été évoqué. Tout devait tenir dans ce bel arrangement de mots bien choisis, cette belle mécanique dialectique vide et soporifique. Je suis rentré avec la
déception chevillée au cœur et un billet qui va encore me faire quelques amis !
Franchement vôtre.
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