Partager l'article ! Exposition à la pinacothèque: Du tachisme au Nihilisme Madame est la fille d'un grand collectionneur d'art. Elle a voulu fa ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
Du tachisme au Nihilisme
Madame est la fille d'un grand collectionneur d'art. Elle a voulu faire de sa vie un exposition permanente, une œuvre en mouvement. Elle s'est énamourée pour un
petit artiste, un peintre à la spatule ou au pistolet, un spécialiste du nu, le féminin surtout.
Les succès ont constitué leur lot habituel. Au fil des années, des expositions ou des rétrospectives, Monsieur s'est fait un nom qui n'était pas celui de Madame. Il a gravi un à un les échelons
de la renommée. Sa cote est montée en flèche sur le marché de l'art.
Longtemps, il s'est contenté du marché intérieur. La France était son jardin, il y trouvait ses muses, il exprimait à merveille son immense talent. Il s'exposait parfois dans quelques alcôves
obscures, mais jamais rien ne transpirait de ses maladresses tenues secrètes.
Il s'est fait un nom dans la nature morte. Il peignait avec passion des pièces, des lingots, des valeurs monétaires. Il avait choisi de se faire le pinceau de la finance. Il donnait à cette
froide matière des couleurs chaudes, des reflets éclatants, des ombres très noires aussi !
Il se fit un nom au-delà de nos frontières. On le réclamait à corps et à cris au Métropolitan de New-York. Il allait prendre son envol, devenir le peintre de l'opulence mondiale. C'est du moins
ce qu'il espérait quand il découvrit bien vite que les pots étaient vides, que l'inspiration lui manquait pour redonner des couleurs argentées à la planète entière.
Il prit alors quelques libertés avec ses collaboratrices. Des primautés diront ceux qui n'apprécient pas son art, fait de petites touches délicates, de jets fulgurants, de traits pénétrants, de
tâches innocentes. Il n'en perdait pas de vue son grand œuvre. Son nom brillait au firmament de la réussite planétaire.
Madame le couvait de son regard bleu Gauguin. Elle organisait la carrière de l'artiste. Dissimulait au grand public les frasques de son double maudit. C'était l'homme de lumière qu'il fallait
mettre en avant. Cet immense talent qui pourrait un jour, conquérir le Grand Palais rien que pour lui, se faire prophète en son pays, maître des lieux et des cœurs.
Madame rêvait de ce grand dessein national. Un saut de puce par l'Amérique pour revenir en pleine gloire à Paris, capitale éternelle de l'Art, ville des lumières. Elle avait tant d'énergie
qu'elle frémissait à l'approche de cette ambition qui deviendrait bientôt réalité. Tous les marchands d'Art de la Capitale prévoyait un retour triomphant.
Hélas, la belle aventure s'effondra pour une bagatelle, une broutille ancillaire. Son homme eut l'idée de se faire une croûte à la va vite, Un petit tableau sans importance, une amusette
d'artiste sur une moquette. Quelle étrange idée ! Bien vite, lui qui pensait prendre l'air, la besogne accomplie, se retrouva au trou, pris comme une queue de rat !
Les experts internationaux se précipitèrent pour identifier la croute, la tâche à son honneur. Ce tableau réalisé à la hâte au sortir de la douche. Le modèle prétendait qu'elle fut contrainte de
tenir ce rôle dont elle se serait bien passée. Le maître, du haut de sa renommée étincelante, clamait sa bonne foi, personne ne peut résister à son talent !
Ce fut la chute. Le Grand Palais devint un pauvre prétoire. L'exposition n'était plus que le triste étalage de faits misérables. Pourtant, il continuait à faire la couverture, à la tirer à lui
quand il s'en passait si bien. Madame continue de le croire, de le soutenir, de mettre son immense fortune en jeu pour laver cette tâche qui trône au milieu d'un tableau jusque là si plein de
promesses ! Alors, pour le blanchir, elle n'hésitera pas à noircir le tableau ! Que c'est beau l'Art ...
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