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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Fable des hautes sphères

Le cabri, les agnelles et le mouton noir ....



Dans le monde animal, plus la bête est petite, plus elle se sent en danger, plus elle fait grand bruit à distance respectable du danger qui la menace. Dans la jungle politique, il y a parfois des parades de guerre qui s'accompagnent de rodomontades précoces, de barrissements multiples, d'effets de manches ou de cornes. Puis, plus rien ne se passe vraiment à l'heure de l'affrontement et le petit animal craintif prend la poudre d'escampette.

La faune n'a sans doute plus de secret pour le maître de l'Élysée, il a singé l'animal farouche, le petit mammifère acculé par une conjecture des plus défavorables. Il a alors forcé la voix, gueulé à qui voulait bien l'écouter « Remaniement, Remaniement, Remaniement ! » comme un cabri devant la bête du Gévaudan.

Les spécialistes ont suivi les soubresauts d'une attaque hypothétique. Quand aurait-elle lieu ? Quelles en seraient les victimes ? Qui se ferait avaler tout cru ? Qui survivrait à l'assaut ? Le cabri, bien malin ne se mettant nullement au premier rang, la chose est suffisamment rare pour l'en féliciter,  envoya sous les crocs de la bête médiatique les agneaux et les agnelles.

Il fit surtout donner les agnelles. Ayant maintenant chaussure à son pied à la maison, il se débarrassa des petits escarpins exotiques qui n'avaient plus d'usage et depuis longtemps plus de raison d'être. Exit les chèvres noires et brunes, elles retourneront danser dans leurs montagnes respectives.

Il se passa tout autant des espèces voisines, transfuges d'une autre bergerie ou faux frères d'un troupeau rival. Quand le combat menace, il est préférable d'être du même sang, les moutons douteux, les caprins à cinq pattes ou les laines rose pâle n'avaient plus de raison de paître en territoire hostile.

Mais c'est le bouc de tête que le cabri malin avait décidé de changer. La bête l'agaçait prodigieusement, elle prenait une autorité certaine sur tout le troupeau et avait même bonne réputation auprès de la faune avoisinante.

Il avait depuis longtemps promis à un mouton échevelé, un animal curieux et imprévisible la première place de la troupe. C'était lui, à n'en pas douter qui irait affronter le loup et faire cadeau de son corps à la France. La chose était certaine, le mouton du nord prendrait les rênes et les fêtes de Noël se passeraient le mieux du monde.

Hélas, le cabri changea de décision quand il sentit venir du fond de la vallée des vents contraires et tourbillonnants. Il laissa le vieux porteur de clochette finir sa longue transhumance. Voilà un chef de file qui ne lui fait guère d'ombre et porte bien le poids de toutes les cornes dont il veut bien se charger.

Dans l'affaire, l'agitation ne fit vraiment qu'une pauvre et malheureuse victime. Le valeureux mouton noir, celui qui couvrait en tout temps l'arrière de la troupe, qui assura la retraite bien des fois dans la tourmente et le mauvais temps fut abandonné aux lynx et autres bêtes de lois qui exigeaient une victime pour complaire à l'appétit des charognards.

Le cabri continue de sauter, de faire le beau à côté de son agnelle italienne. Il s'est doté d'un troupeau plus bêlant que jamais. Le loup attendra 2012 pour dévorer la troupe qui s'est regroupée en ordre de bataille, en éliminant tous ceux qui n'étaient pas de la même laine qu'elles....


Fabulistement vôtre.

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