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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Faut-il brûler Jeanne d'Arc ?

L'éternel recommencement.


 

Une fois encore, une fois de plus, la ville d'Orléans se pare de ses plus beaux atours pour célébrer son héroïne, sa raison d'exister encore aux yeux des nations, son porte drapeau, son oriflamme. Le passé toujours convoqué pour enfermer le présent dans une mystification permanente.

Mais de quelle Jeanne d'Arc vous faites-vous les héritiers ? Qui donc est cette petite bergère, devenue par la volonté de délires auditifs, un chef de guerre redoutable le temps d'une campagne glorieuse, une indestructible combattante de l'impossible, une pieuse et chaste jouvencelle, une sublime martyre de l'ignoble anglais et des sbires bourguignons ?

Comment dans une France féodale, une simple bergère eut pu se voir confier une armée de nobles et forcément preux chevaliers à l'exception notable de Gilles de Rais ? Pourquoi, la bataille d'Orléans gagnée, le roi oint en sa cathédrale de Reims, fut-elle abandonnée par ceux qu'elle aurait rétabli dans leur droit divin ? Qui donc avait intérêt à la faire taire, à la faire passer pour sorcière et à la tuer sur le bûcher des vanités de cette époque ?
 
Dans ce fatras de gloire et d'interrogations, d'abandons et de manipulations, de mensonges et de falsifications, quelle figure retenez-vous ? Celle qui vous arrange, cela va sans l'écrire et surtout il vaut mieux ne pas le dire. La Sainte que l'église mit bien plus vite sur un bûcher que dans son calendrier ? Le chef de guerre qui bouta l'Anglois de notre seule ville ? La pucelle, seule image conforme à vos yeux pour une jeune fille convenable ? La bergère qui se fit entendre des grands du royaume ?

J'ai l'impression que vous n'en savez rien vous même ! Quel symbole bien commode que l'on mijote à petits feux et que l'on accommode à toutes les sauces du temps ! Il faut réconcilier l'église et l'état, faire un rempart de foi hypocrite devant la montée sur notre sol d'une autre religion. SOS Jeanne, elle arrive à point nommé pour célébrer l'union du sabre, du goupillon et de toutes les notabilités locales, de monsieur le maire à monseigneur l'évêque et toute la smala !

Vous voulez célébrer la France éternelle, la France vaillante qui ne baisse jamais la garde, toujours victorieuse dans vos livres d'histoire amnésiques ? Ayez le bon réflexe : SOS Jeanne ! Vous allez renverser les pronostics, devenir David pour terrasser l'immonde Goliath, charger fièrement devant un adversaire supérieur en nombre et remporter le plus beau des combats !

 
Vous vénérez le drapeau, la patrie, la race pure qui exècre le mélange, le sang impur qui abreuve pourtant nos pauvres chromosomes. Vite, Jeanne vient à notre secours. Héroïne française venue d'une Lorraine qui ne parlait même pas la langue, c'est de la main de l'ignoble Anglais qu'elle meurt en pleine lumière. Vous oubliez bien vite les trahisons autochtones, les complicités sur le sol pas encore national. Vous défilez derrière elle en chantant la Marseillaise !

Vous rêvez d'un pays de l'Ordre, de la famille et du travail. Jeanne répond immédiatement à vos attentes. Elle symbolise cette France éternelle qui va enfanter sans jamais faire la bête à deux dos, des milliers de petites jouvencelles modèles, futures mères de famille exemplaires craignant Dieu, l'Homme et la loi. Le conte de fée magnifique arrive opportunément à votre secours quand le pays est en crise, qu'il est occupé par des armées étrangères ou qu'il est sous la menace de pensées révolutionnaires.

Vous avez tous une petite Jeanne dans le cœur. Vous êtes tous près à la brûler si l'occasion se présente. Vous défilez au pas de celui qui parle le plus fort. Vous brandissez le drapeau de circonstance et applaudissez les grands, les forts, les puissants. Vous êtes confits en dévotion, vous êtes soumis et pleutres. En d'autres temps, c'est vous qui auriez porté le fagot sur la place en Rouen !

 

Ne changez rien, vous êtes des moutons heureux, vous avez trouvé votre bergère. Qu'importe si elle ne ressemble pas vraiment à ce que fut celle qui se nommait Jehanne !

Johanniquement vôtre

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