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Le monde selon C'est Nabum

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Ma Fille Liger

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La Fille Ligère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

A sa naissance on lui fit

Un berceau d'une gerbe de joncs

Elle aurait grandi au Puy

Avant de rejoindre des garçons

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Ils étaient tous marins

Cœurs gros et mœurs légères

Ils suivirent son chemin

Jusqu'à sa tribu Liger

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

En été elle se prélasse

Alanguie, elle prend tout son temps

C'est sans fin qu'elle rêvasse

S'endormant le long de ses bancs

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Et en automne, elle forcit

Elle redevient fréquentable

Mais si elle reste dans son lit

C'est pour se faire plus aimable

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Et en hiver elle s'emporte

En roulant sa colère

Tout en se faisant plus accorte

À tous les marins en galère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

C'est au printemps elle se lâche

Débordant de toutes parts

C'est alors qu'elle se fâche

Et nous refuse le départ

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Elle n'est jamais aussi belle

Qu'en notre soleil levant

Lorsque la brume l'éveille

À ses petits matins naissants.

 

 

C'est une Loire volage

Qui roucoule dans son lit

C'est un fleuve visage

Qui coule sans soucis.

 

 

Ligèrement vôtre

IGP6422

Mercredi 21 septembre 2011 3 21 /09 /Sep /2011 06:32
- Publié dans : Des Carnutes aux Cathares - Communauté : Le grand n'importe quoi !

Orléans enfin, se tourne vers son fleuve.

 



Ils sont citadins, on grandit dans les rues et les cités en regardant de fort loin ce ruban bleu qui coupe notre ville en deux. De la Loire, ils ignorent à peu près tout, n'ont plus appris à l'école qu'elle prenait naissance au Mont Gerbier de Jonc, ne savent pas plus qu'elle poursuit sa route vers Nantes et Saint Nazaire pour se perdre dans l'Océan Atlantique.

Ils grandiront sans y avoir trempé le petit orteil, la peur tenace des grands leur a inculqué que le fleuve était dangereux. La prudence et la méconnaissance ont contraint d'interdire la baignade quand dans le même temps, les stations d'épurations ont rendu son onde fréquentable. Mais apprendre le lit complexe de la dame, comprendre ses changements d'humeur, découvrir les pièges qu'elle propose serait apprentissage trop long à ces enfants du bitume.

Pour leurs parents et plus tard pour eux, s'ils restent ici, la barrière aqueuse est un barrage infranchissable. Quatre ponts seulement leur autorisent le passage et chacun comprend que la chose est délicate quand il faut patienter longuement pour franchir le pas. Aux heures de pointe, les autos font la queue et rares sont les passagers qui jettent un œil aux flots d'en dessous.



Longtemps ses abords furent abandonnés à la reine automobile. Vaste parking désordonné, les quais étaient ignorés de tous, abandonnés à ce rôle subalterne. Nul ne leur prêtait attention sauf si la colère du fleuve, bien rare, il faut l'avouer, contraignait les usagers à trouver autre emplacement moins mouillé pour leur chère voiture.

Un maire a changé la donne, a souhaité que la ville se tourne enfin vers celle à qui elle tournait le dos. S'il a commis quelques maladresses, son action vaut qu'on la salue. Les orléanais ont enfin ouverts les yeux et constaté que la Loire en majesté, coulait à leurs pieds. Il fallait leur rappeler que la fille Liger a façonné l'histoire des lieux, quand, en ses heures de gloire, elle était le nœud marchand du royaume de France.

De vilains garçons aux mœurs un peu rudes, cherchaient alors à dompter les fantaisies de la belle à bord de bateaux en bois. Le moteur n'avait pas encore fait son apparition et la force des bras, des chevaux ou bien celle du vent faisait alors l'affaire. Sur les quais, l'agitation était extrême, sur l'eau les trains de fûtreaux, les gabarres et les toues montaient ou descendaient le fleuve.

Il y avait danger à chaque franchissement de pont, la navigation n'était pas toujours possible, le vent contraire et les flots parfois hostiles. La ville vivait du souffle violent d'une vie marine, les affaires allaient bon train et les tavernes ne désemplissaient pas. Gare aux demoiselles d'Orléans, tous ces hommes aventureux, boucle à l'oreille et front fier, avait le sourire facile et les mains bien lestes. Rares étaient alors celles qui restaient pucelles !



C'est de cette histoire pleine de vie et de fantaisie, de drames et de bonheurs certains que nous devons entretenir le souvenir et l'héritage. Des gars à la grande goule arpentent les quais, la guitare à la main et la chanson à gorge déployée. D'autres gonflent le torse sur leurs bateaux de bois pour faire risette à la foule piétonnière. La Loire se fait belle, elle renait de cette agitation navale et pour la circonstance a même remis quelques joues avec les pluies récentes.

Les enfants vont découvrir ce qui fut jadis, la vie de la cité. Pour attirer le chaland : celui qui tape de la semelle sur les pavés disjoints, un programme de festivités à vous couper le souffle et l'envie de regarder la télévision est proposé à la foule toujours plus nombreuse. La Loire n'est alors plus que prétexte à d'autres performances culturelles.

Qu'importe, si toute cette agitation donne la main aux béotiens de ce dernier fleuve sauvage pour leur ouvrir enfin l'envie de découvrir et d'aimer cette Loire majestueuse, le plus beau de tous nos trésors. Nous la chérissons tant et nous aimerions partager ce bonheur avec tous ceux qui viendront attirés par la curiosité, un ami ou bien guidés par un professeur arpenteur de ses rives.

Programmatiquement vôtre.

 


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