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Le monde selon C'est Nabum

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Ma Fille Liger

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La Fille Ligère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

A sa naissance on lui fit

Un berceau d'une gerbe de joncs

Elle aurait grandi au Puy

Avant de rejoindre des garçons

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Ils étaient tous marins

Cœurs gros et mœurs légères

Ils suivirent son chemin

Jusqu'à sa tribu Liger

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

En été elle se prélasse

Alanguie, elle prend tout son temps

C'est sans fin qu'elle rêvasse

S'endormant le long de ses bancs

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Et en automne, elle forcit

Elle redevient fréquentable

Mais si elle reste dans son lit

C'est pour se faire plus aimable

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Et en hiver elle s'emporte

En roulant sa colère

Tout en se faisant plus accorte

À tous les marins en galère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

C'est au printemps elle se lâche

Débordant de toutes parts

C'est alors qu'elle se fâche

Et nous refuse le départ

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Elle n'est jamais aussi belle

Qu'en notre soleil levant

Lorsque la brume l'éveille

À ses petits matins naissants.

 

 

C'est une Loire volage

Qui roucoule dans son lit

C'est un fleuve visage

Qui coule sans soucis.

 

 

Ligèrement vôtre

IGP6422

Dimanche 18 septembre 2011 7 18 /09 /Sep /2011 08:19
- Publié dans : A la lumière d'une chandelle. - Communauté : Le grand n'importe quoi !
Parcours d'enfants privilégiés.




Dans un berceau de joncs !


    La Loire païenne nous baptisa, les forêts nous élevèrent au-dessus des contingences. Enfants du Val, de Sologne et de la forêt d'Orléans, nous avons grandi sous la houlette bienveillante d'une Nature radieuse qui surveillait nos escapades bucoliques.

    Nous nous sommes nourris de la friture de goujon et des écrevisses d'alors, des pêches des étangs et des gibiers d'une Sologne qui n'était pas encore un labyrinthe de barbelés. Nous ramassions les champignons au Nord comme au Sud de cette frontière bleue. La lépiote s'élevait bien droite le long des rives, le cèpe abondait dans les chênaies et les girolles préféraient la lande.

    Nous nous sommes réunis en joyeuses bandes insouciantes autour de feux de bois que nul ne pensait à interdire. Nous plumions une volaille élevée en plein air et rôtie de la même façon. Nous l'accompagnions de châtaignes qui donnaient à ces pique-niques des airs de festins.

    Nous découvrîmes les promesses et les premiers émois dans la discrétion d'une garrigue, sous le couvert d'un taillis,dans le secret d'un île. Nous offrions à la Loire consolatrice, les premiers chagrins, en roulant en solitaire sur une levée réparatrice.

    Nous avons dormi sur le sable d'une plage isolée. Des guitares incertaines accompagnaient de quelques accords, les succès de Graeme Allwrigt ou de Maxime Le Forestier que nous chantions jusqu'à ce que le sommeil nous emporte vers la magnificence d'un soleil levant.

    Nous avons grandi et perdu de vue cette Loire pour quelques infidélités qui nous éparpillèrent dans tout le pays et bien plus loin encore. Nous étions de la tribu Ligère et avions des semelles de vent à nos 'patogas'. Beaucoup sont devenus moniteurs, éducateurs, instituteurs ou animateurs pour transmettre ce goût de la pleine nature aux générations futures.

    Nous avons échoué dans ce passage de témoin parce que l'étrange lucarne qui grandissait devint plus distrayante que nos ballades champêtres. Nous avons également baissé pavillon dans la lutte que nous menâmes aux hideuses centrales qui vinrent défigurer notre Loire. Le combat était inégal et il n'est pas raisonnable d'avoir raison trop !

    Beaucoup ont fait leur vie d'adulte loin de la douceur du Val. L'ascenseur social fonctionnait encore et chacun prenait une direction que de bonnes études avaient définie. Ils n'en gardent pas moins une douce nostalgie au cœur !

    Ceux qui sont restés ont longtemps survécu au matérialisme envahissant. Ils s'en allaient, solitaires et incompris, goûter aux charmes oubliés de la levée ou de la forêt. Puis, ils se sont retrouvés quelques uns d'abord puis un peu plus nombreux au fil du temps, autour de la mémoire d'une marine de Loire.

    Ils se sont racontés l'amour du fleuve, de ses hôtes et des alentours. Ils se sont retrouvés autour de bonnes bouteilles du pays, d'une ripaille qui n'est pas honteuse, de la fête et des danses qui font tourner les têtes et les jupons.

    Les plus adroits ont retrouvé l'art d'assembler les planches de sapin, de sélectionner un mât sur pied et de tresser la corde de chanvre. Ils ont donné naissance à des bateaux de bois qui, gonflés d'orgueil sous le venet d'ouest, remontent le courant d'une société qui file à sa perte en entraînant les générations futures et tout notre environnement.

    Ils se sont dressés une nouvelle fois devant cette appropriation effrénée de ce qui ne peut que se partager et se transmettre.
   
    Ontologiquement vôtre.




Ce texte a déja été publié, il s'inscrit dans le lancement de la préparation du Festival de Loire où Nabum lira publiquement les extraits ligériens de ses textes dans le stand des voiles de Loire.

à Bientôt au bord de l'eau.
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