Partager l'article ! Finalement leur: L'enjeu vaut bien quelques chandelles ! ...
La Fille Ligère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
A sa naissance on lui fit
Un berceau d'une gerbe de joncs
Elle aurait grandi au Puy
Avant de rejoindre des garçons
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Ils étaient tous marins
Cœurs gros et mœurs légères
Ils suivirent son chemin
Jusqu'à sa tribu Liger
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
En été elle se prélasse
Alanguie, elle prend tout son temps
C'est sans fin qu'elle rêvasse
S'endormant le long de ses bancs
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en automne, elle forcit
Elle redevient fréquentable
Mais si elle reste dans son lit
C'est pour se faire plus aimable
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Et en hiver elle s'emporte
En roulant sa colère
Tout en se faisant plus accorte
À tous les marins en galère
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
C'est au printemps elle se lâche
Débordant de toutes parts
C'est alors qu'elle se fâche
Et nous refuse le départ
C'est une fille sauvage
Qui vous conduit dans son lit
C'est une femme rivage
Qui s'écoule à l'infini
Elle n'est jamais aussi belle
Qu'en notre soleil levant
Lorsque la brume l'éveille
À ses petits matins naissants.
C'est une Loire volage
Qui roucoule dans son lit
C'est un fleuve visage
Qui coule sans soucis.
Ligèrement vôtre
L'enjeu vaut
bien quelques
chandelles !
L'équipe de France de Rugby est en Finale de son championnat du monde. Voilà bien la seule certitude que nous ayons dans ce domaine si subjectif qu'est le sport. Tout peut être écrit sur cette
aventure (quoique j'hésite à utiliser ce mot). Toutes les attitudes émergent alors des commentaires et des analyses, des enthousiasmes patriotiques et des critiques techniques.
Car, une des équipes les moins brillantes de cette compétition aura l'honneur de disputer le dernier match. C'est ainsi, des observateurs étrangers prétendent même que c'est l'équipe qui produit
le moins de jeu qui a empoché le ticket gagnant. Mais, le rugby n'est pas un jeu de hasard, d'autres qualités peuvent conduire au succès. La défense, la solidité des hommes, l'organisation dans
les phases de conquête, le réalisme ou la discipline (sur le terrain seulement) sont autant de facteurs qui viennent s'ajouter au jeu de mouvement.
Mais, nous resterons éternellement gaulois, la crête rouge de plaisir, de colère, de confusion selon les circonstances et le sens du vent. Chacun ne dispose d'ailleurs pas de la même façon de
voir Éole à sa porte. Il y a les pragmatiques à tous prix, ceux qui vivent l'évènement au seul prisme du résultat final. Ceux-là se moque des circonstances, du contenu, de la manière. Qu'importe
les coups de pouce du destin, la maladresse et la naïveté de l'adversaire et le coup de biscotte de monsieur l'arbitre, ils font résonner les klaxonnes et beuglent en boucle : « On a gagné, on a
gagné ! ».
Ils ont l'enthousiasme facile pour se satisfaire de la seule conclusion qui vaut ; la victoire. Rien ne peut atténuer leur plaisir primaire, ils ne se préoccupent d'ailleurs de sport que lors des
succès. Ils sont rarement fidèles supporters dans la tourmente d'une saison difficile. Ils peuvent aussi rendre un seul homme responsable de la défaite et hurlent souvent contre ce pauvre arbitre
quand leurs couleurs sont en berne.
Il y a les insatisfaits perpétuels, les esthètes insatiables qui recherchent l'inaccessible étoile. Ils rêvent le jeu et voudraient vivre éveillés leur bonheur de mouvement permanent. Ils
réclament le résultat et la manière, le succès et le spectacle. C'est un peu le beurre et l'argent du beurre, jamais contents tout à fait, ils sont toujours entre deux déceptions. J'avoue être un
peu du nombre.
Alors, quand les joueurs de l'équipe de France lèvent les mains au terme d'un match d'une rare tristesse offensive, les esthètes se désolent de la perte d'identité de notre Rugby. Le champagne ne
coule plus à flot et le cuir ne chante plus sur le pré tricolore. Les censeurs se plaignent, réclament plus, veulent vibrer et se régaler. Ils passent vite pour des pisse-froids ou des
rabat-joies aux yeux des premiers si prompts à se satisfaire des miettes.
Le rugby est un jeu épique. C'est ainsi que je le vois. Il a besoin de héros, de tension, de tragédies et de gestes sublimes. Il lui faut du sang, des larmes, des rires, des exclamation, des
coups de cœur. C'est l'intrusion dans l'épopée. Alors, depuis le début de la compétition, je ne puis me satisfaire de cette gestion de boutiquier, de cette absence d'ambition offensive, de ce
manque d'éclats chevaleresques ( à l'exception de la première mi-temps contre les Anglais ). C'est ainsi et la finale dans l'ennui répété me serait souffrance supplémentaire et qu'il y aura grand
risque d'y être ridicule à moins qu'ils ne choisissent enfin d'être sublimes.
Nous allons espérer que le miracle aura lieu et que la victoire finale viendra par le jeu. C'est ainsi que l'on peut attendre ce rendez-vous, en se berçant d'illusions ou d'espoirs fous selon
l'état d'esprit du moment. Pour l'heure, c'est sans enthousiasme que je rends compte de la réussite du quinze de France. Elle n'est pas accompagné du jeu qui me fait vibrer, elle conforte la
fédération dans sa gouvernance qui est un modèle d'absurdité, elle ne remettra pas en cause une formation qui manifestement ne permet plus d'assurer les bases techniques du jeu de passes.
La qualification pour la finale est une belle fantaisie du sort. Elle ne changera rien à l'indigence de notre jeu et sera suffisante pour satisfaire le plus grand nombre des amateurs et la
totalité des sportifs d'occasion et de salon. Alors, vive l'équipe de France et silence dans les rangs !
Insatisfaitement leur.
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