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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

France, terre d'Accueil ?

Au pas de la porte …

Ainsi, il est établi qu'une personne dans la peine peut traverser plusieursfois un petit village français, qui plus est de culture vigneronne sans qu'une âme charitable lui ouvre sa porte. Certes, les conseils ou les renseignements sont légions, les sourires compatissants, sincères, mais le petit geste qui mettrait fin au problème en l'absence de chambre d'hôtel, ne vient à l'esprit de personne.

Tout avait bien commencé. Un changement de rive pour respecter les conseils reçus. Un bout de levée puis l'inévitable canal. À la première écluse, un vieux monsieur assis sur une chaise pliante de camping, il regarde passer le chaland, celui-ci le salue et la conversation s'engage.

 


 

Marius a 86 printemps. Derrière ses chicots, un sourire si éclatant qu'il n'est pas questions de lui attribuer une autre saison. Natif de Neuvy sur Loire, il a vécu sur le port. Il se prétend marinier à la bourde et la rame, connait la Loire et affirme péremptoire que la sécheresse d'aujourd'hui n'est rien par rapport à celle de 1947. Je me garde bien de le contredire ...

 


 

Marius pratique comme notre Pierre d'hier. Au petit matin il remplit quelques bidons de 20 litres, ni vu ni connu, va que je t'embrouille, pour arroser son potager. Il se défini « arcandier » jovial et gai luron, un peu à la manière de Noël Noël dans les « Vieux de la Vieille », son film référence. Il se fait éloquent lui aussi quand il faut pourfendre la Loire à vélo. « Une vaste fumisterie de politique qui n'ont jamais mis les pieds ici ». Il serait grand temps que nos conseillers généraux se préoccupent un peu de l'opinion des gens !

 


 

Je le laisse à un éclat de rire et file à regret vers Saint Sature. Chemin d'eau sans grande originalité. Je vais à l'office du tourisme de l'endroit pour m'entendre dire par une hôtesse manifestement peu sportive : « Comment s'infliger autant de peine quand on peut faire autrement ? » Il est inutile de lui demander des conseils piétonniers, la dame préfère de loin l'automobile !

 


 

C'est un vieux monsieur à la canne tremblante, au pas hésitant, aux sandalettes de cuir avec chaussettes grises qui m'expliqua le trajet, connaissant les distances et le temps nécessaire. Il a du être marcheur l'ami Robert, mais le corps ne suit plus. Il fête aujourd'hui ses quatre-vingt sept ans.

 


 

Je retourne à ma rive droite initiale pour enfin longer d'un peu loin notre dame Loire. En marchant, je repense à une pancarte lue à Chatillon : « La Loire est capricieuse ! », voilà un adjectif qui sonne faux pour notre fleuve sauvage, je ferai billet sur ce sujet. Cela fait cinq heures que je marche, je manque de réserves alimentaires.

 


 

Je fais un crochet salutaire vers le petit village de Tracy sur Loire. Viollette m'entrouve sa porte pour accorder bidon d'eau à ma grande soif. Dans un autre mouvement généreux, elle m'offre une banane et referme vite. Elle doit avoir peur et je n'ai pas belle allure. René, juste à côté, est vêtu de blanc, c'est lui qui m'apprend le nom de ma ravitailleuse. Il rénove une petite maison, un coup de cœur pour ce petit village de dix-huit feux.

 


 

Il me fait visiter son petit paradis à la campagne, lui qui réside en région parisienne. Tous les week-end, il vient goûter à ce calme qu'il a choisi. Sa femme viendra le rejoindre le mois prochain avec les petits enfants. Pêche, balade en vélo, forêt, visites : un programme de bienheureux.

 


 

Je poursuis la route qui commence à traîner en longueur. Il y a parfois des moments où l'on se reconnaît pas. Aux Loges, c'est la fête au vin de Pouilly. Les caves sont ouvertes. Je réclame un bidon d'eau à ma plus grande honte. Pas de dégustation, la crampe traîtresse veille !

 


 

Quatorze heures et un peu plus j'arrive à Pouilly, village désert ou presque. Je ne trouve pas chambre à ma fatigue. Personne ne sait me conseiller. Enfin, par moi même, j'arrive sur une belle maison bourgeoise portant le panneau : « Gite de France ». Sylvie, l'hôtesse n'est pas insensible à ma détresse, appelle sa collègue de la Pouillyzotte. Celle-ci arrive en voiture chercher un client fourbu. Six jours de marche pour seulement 160 kilomètres.

 


 

Repoussoirement leur

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Le ch'timi 17/07/2011 19:16



Cher Bernard,


 




Lettre au temps qui passe



Ce matin dans son miroir elle a rencontré une inconnue : des cheveux blancs,des faux plis et
des taches des mains au front ; elle ne s'est pas reconnue.


Qui est cette personne ? Qu'a-t-elle fait de sa vie ? A-t-elle fait preuve de courage, de
bienveillance, d'aménité, d'amertume, de séverité ? A-t-elle eu des exploits : parcourir le globe en un temps record, fait don de son temps et de son argent, chanté pour la bonne cause ?
A-t-on vanté ses louanges : confidente, sincère, loyale, brave, chaleureuse, acceuillante ? Ou bien, a-t-on étalé ses méfaits : ingratitude, perversité, avarice, ambition démesurée,
cadavres, morts inexpliqués ? A-t-elle reçu autant qu'elle a donné ? A-t-elle eu des espoirs, des regrets ? A-t-elle aimé, haï ? L'a-t-on aimé, haï ?Que va-t-il rester d'elle ? Qui pour se
souvenir d'elle, pour la pleurer, ne pas l'oublier ?


Le temps qui la dépasse laisse planer le mystère. La vieillesse n'est pas une tare, la mort
n'est pas un adversaire.


Il faut un temps pour tout : naître et grandir, apprendre, s'interroger, comprendre si c'est
possible. Parfois tomber pour mieux se relever. Ecouter, s'épancher, se blottir. Aimer, se lasser, se désunir. Continuer, recommencer, changer. S'envoler, s'enflammer, s'évader. Et
s'étendre et s'éteindre. Rejoindre cet ailleurs qui promet des jours meilleurs.


Mais elle n'en est pas encore là. Peut-être ce soir, peut-être demain. Les cancans, les
rumeurs, ses bienfaits, ses erreurs semblent avoir de beaux jours. Elle a tant à faire en mieux, en pire, en bien. Son reflet n'est pas prêt, il s'habitue à peine aux chemins qui se
dessinent tout au long de sa peau, à cette chevelure de neige qui résiste aux saisons. Aux douleurs qui s'installent, à ses yeux fatigués, aux noms usagés dont on l'interpellent elle ne
préfère pas penser. Elle continue sa route eu rythme de sa canne, cette nouvelle amie qui la suit partout.


Elle ne veut plus réfléchir au présent qui s'éloigne lentement. Le passé la rappelle comme
si c'était hier. Le futur, c'était il y a longtemps quand, dans son miroir, son teint n'avait pas d'âge et reflétait son âme.



Maman38


 


 amitiés


Patrick






BR 17/07/2011 20:03



Patrick


Suis-je celui qui prend le temps de chanter les louanges des gens que je croise ?


C'est ce que je m'emploie de réaliser durant ce périple.


trouver des gens qui méritent de laisser une trace et de trouver modestement une parcelle de leur âme.


 


Bonne soirée à vous Patrick